Le printemps de la santé numérique en Tunisie

La Tunisie a la culture des révolutions réussies. Après le printemps arabe, voici le printemps de la santé numérique. Les 11 et 12 février 2016 s'est tenu à Hammamet le 1er Forum International de la Santé numérique organisé par la Société Tunisienne de Télémédecine et de e-santé, présidé par le Pr Aziz El Matri, en partenariat avec la société de télécommunications "Ooredoo". Le thème choisi, " la Tunisie face à la révolution numérique de la santé", illustre la volonté de ce pays d'entrer résolument dans l'ère du numérique afin de "permettre à tous les tunisiens, des villes et des campagnes, d'accéder à des soins de qualité", a rappelé le Ministre de la santé tunisien, M. Said El Aidi à l'ouverture du forum.

Les premières applications de la télémédecine en Tunisie datent de 1992. Il s'agissait de téléradiologie entre les hôpitaux de Gafsa et de Kebili pour le télédiagnostic, et entre l'hôpital d'enfants (H.Béchir Hamza) et l'hôpital La Timone de Marseille pour la téléexpertise.

Le projet porté par les pouvoirs publics tunisiens est d'une part, de permettre aux populations ne vivant pas en zone urbaine un accès à des soins médicaux de premier recours, d'autre part, d'offrir un parcours de soins gradué entre les différentes structures hospitalières compte tenu du manque de médecins spécialistes dans certains hôpitaux de la Tunisie. L'exemple le plus frappant est l'absence de médecins gynécologues-obstétriciens et de pédiatres dans certaines maternités hospitalières du sud-tunisien. Comme en France, l'installation médicale est libre et on retrouve la plupart des médecins spécialistes dans les grandes villes.

La Tunisie est organisée en pôles de santé par territoire. La filière de soins d'un pôle de santé comprend un CHU, des hôpitaux généraux, des hôpitaux locaux et des dispensaires. Les spécialistes se trouvent le plus souvent au niveau des CHU ou des plus gros hôpitaux généraux. Il y a une quinzaine de pôles de santé. Le projet intègre les médecins spécialistes des structures privées, le plus souvent localisées dans les grandes villes. La télémédecine peut structurer un parcours de soins gradué au sein de cette filière. Des téléconsultations spécialisées sont organisées entre les CHU ou les plus gros hôpitaux régionaux et d'autres hôpitaux régionaux ou locaux dépourvus de médecins spécialistes. De même, la télémédecine peut améliorer l'accès au premier recours médical en mettant en relation les dispensaires et les hôpitaux locaux.

Pour parvenir à ces objectifs, la Tunisie se donne les moyens d'un réseau numérique haut débit par fibre optique qui sera distribué sur tout le territoire. Ce programme est déjà engagé et sera terminé d'ici deux ans, selon Tunisie télécom.

Au plan juridique, une loi définissant la télémédecine et ses conditions de mise en oeuvre est en cours d'examen. Le CNOM tunisien à adopté les recommandations du CNOM français en matière d'exercice de la médecine en ligne. Le nouveau code de déontologie tunisien devrait être un décret en Conseil d'Etat, comme le code de déontologie français.

Les organismes représentant les usagers et les patients sont consultés et associés au nouveau programme de télémédecine.

La Tunisie fait face, comme tous les pays, au problème des maladies chroniques. Le diabète est particulièrement prévalent, avec près de 10% de la population touchée par cette maladie chronique, prévalence encore plus importante dans les villes où la prévalence de diabétiques serait proche des 20%. Le mode d'alimentation et la sédentarité seraient à l'origine de cette épidémie. Les complications dégénératives du diabète peuvent être illustrées par le fréquence de l'insuffisance rénale terminale. Près de la moitié des 10 000 patients dialysés en Tunisie (1000/million d'habitants) ont un diabète. C'est deux à trois fois plus élevé qu'en France.

Il existe en Tunisie des équipes de recherche clinique médicale de haut niveau, notamment dans le champ de la génomique et des Big Data. La Société Tunisienne de Télémédecine et de l'e-santé (STTe) oeuvre pour coordonner le développement du programme et assurer la formation des acteurs médicaux. Un partenariat a été conclu avec la Société Française de Télémédecine (SFT-antel). Conforté par la volonté récente des pouvoirs publics d'améliorer l'accès aux soins des populations tunisiennes, on peut véritablement dire que la révolution numérique de la santé est bien en marche en Tunisie.