La place de la pharmacie d'officine dans un territoire de soins numérique

Les territoires de soins numériques (TSN) sont en expérimentation dans 5 régions françaises (Aquitaine, Bourgogne, Ile de France, Rhône-Alpes, Réunion-Océan-Indien). Lancé en septembre 2014, le programme TSN bénéficie d'une enveloppe de 80 millions d'euros dans le cadre du programme investissements d'avenir (PIA). Ce programme vise à faire émerger, dans des territoires pilotes, des organisations innovantes de prise en charge des patients, renforcées par un bouquet de services intégrés et utilisés au quotidien par les professionnels et les patients. Il s'agit de tirer tous les bénéfices des nouvelles technologies de l'information et de la communication pour aider le patient à s'orienter dans le système de santé et pour renforcer la coordination entre les professionnels de santé.

Le pharmacien d'officine est un professionnel de santé incontournable au sein d'un parcours de soins territorial de patients atteints de maladies chroniques. Il assure la délivrance des traitements et en contrôle l'observance grâce au dossier pharmaceutique (DP) mis en place en septembre 2005 par la profession (Conseil national de l'Ordre des Pharmaciens). Ce DP est un formidable succès grâce à l'implication rapide de plusieurs milleirs de pharmaciens d'officine. Comme le rappelle Isabelle Adenot, Présidente du CNOP, le DP répond aux grands enjeux sanitaires actuels : le bon usage du médicament, la coordination entre professionnels de santé, le décloisonnement ville-hôpital, les gestions de crises sanitaires, les ruptures d'approvisionnement, l'amélioration de la couverture vaccinale...

Et si la pharmacie contribuait également à améliorer l'accès aux soins médicaux en étant un lieu d'accueil pour des téléconsultations médicales, notamment programmées, pour les personnes âgées et handicapées qui ont du mal à se déplacer chez leur médecin ? Dernier îlot de santé de proximité dans les zones rurales ou isolées où les médecins ne s'installent plus, la pharmacie d'officine pourrait jouer un rôle essentiel dans les nouvelles organisations portées par la télémédecine. Les nouvelles générations de médecins généralistes souhaitent travailler plus étroitement avec les pharmaciens d'officine.

Quoi de plus simple de demander à ces pharmacies d'officine d'offrir à leur clientèle des téléconsultations programmées avec leur médecin traitant, en alternance avec des consultations en face à face ? Les personnes âgées, souvent handicapées, vivant dans des zones rurales isolées ou dans les îles, accepteraient de pouvoir être suivis par télémédecine par leur médecin traitant en venant à la pharmacie sur convocation. La téléconsultation serait programmée par le pharmacien en accord avec le cabinet médical qui suit la patiente. De plus, le pharmacien , qui est souvent le confident des personnes âgées, pourrait participer à cette téléconsultation en informant le médecin de la tolérance et de l'observance des traitements prescrits. Il s'agirait d'offrir à ces personnes âgées plus de médecine en complément des consultations traditionnelles en face à face. Grâce aux téléconsultations, celles-ci pourraient être espacées.

La place des pharmacies d'officine viendrait en complément du développement de la télémédecine dans les structures médico-sociales, comme les EHPAD.

Le pharmacien d'officine sera également impliqué de plus en plus dans la délivrance d'objets connectés en santé ou de dispositifs médicaux utiles dans le télésuivi des patients atteints de maladies chroniques. De grands groupes pharmaceutiques investissent aujourd'hui dans des objets connectés qui permettent de mieux suivre certaines maladies chroniques et ainsi de prévenir les hospitalisations.

On perçoit bien, à l'ère numérique, quelle sera l'évolution du métier de pharmacien de proximité. Cette évolution pourra contribuer à retrouver un modèle économique qui permette de stopper la fermeture actuelle de nombreuses pharmacies d'officine, suite à la perte de leur partenariat habituel avec les médecins traitants de communes ou de cantons qui ne sont pas remplacés.

Que les territoires de soins numériques en cours d'expérimentation n'oublient pas d'intégrer les pharmaciens d'officine qui ont déjà montré leur savoir-faire avec la belle réussite du DP.