Une enquête auprès d'une catégorie de la population française sur la télémédecine

Dans le cadre d'un partenariat entre la Société Française de Télémédecine (SFT-Antel), le Club de Réflexion sur l'Avenir de la Protection Sociale (CRAPS) et Intériale Mutuelle, une enquête vient d'être réalisée auprès de 13500 adhérents de cette mutuelle (10 000 vivant en métropole et 3504 vivant dans les DOM-TOM) pour évaluer leur connaissance des pratiques de la télémédecine. L'enquête s'est déroulée par e-mail entre les 5 et 19 octobre 2015.

L'échantillon retenu (774 métropolitains et 230 habitants des DOM-TOM) ne peut être considéré comme représentatif de la population française puisque la mutuelle s'adresse à certaines catégories socio-professionnelles (essentiellement des fonctionnaires de la Police, des Préfectures, du Ministère de l'Intérieur et des Agents territoriaux). Les échantillons ont été redressés sur les variables de sexe, âge et statut actif ou retraité.

Quatre objectifs de l'enquête étaient visés. Nous donnons ici les résultats les plus caractéristiques.

1) Situer le niveau de connaissance spontanée des répondants sur le sujet de la télémédecine.

En métropole, 72% des adhérents de cette mutuelle ont entendu parler de la télémédecine et seulement 21% en connaissent bien le concept. Pour les DOM-TOM, les chiffres sont légèrement inférieurs (64% et 19,9%).

Sur les pratiques elles-mêmes, définies dans le questionnaire (téléconsultation, téléconseil médical personnalisé et télésurveillance médicale), on observe que 60 à 65% des adhérents de métropole en avaient entendu parler et 50 à 56% de ceux des DOM-TOM. Entre 3,5 et 6% des répondants avaient déjà eu recours à l'une ou l'autre de ces trois pratiques de télémédecine.

2) Mesurer le taux de recours à la médecine d'urgence

 La première question posée était la suivante : "au cours de votre vie, avez vous déjà appelé le SAMU (le 15), pour obtenir un conseil en santé". L'objectif était d'évaluer dans cette population de fonctionnaires le besoin en "téléconseil médical personnalisé". 40 à 42% des  adhérents ont appelé le centre 15 au moins une fois au cours de leur vie. La fréquence des appels est quasi comparable en métropole et dans les DOM-TOM : 31 et 39% pour un seul appel, 51,4 et 55,4% pour 2 à 5 appels, 9,3% et 13,0% pour plus de 5 appels.

La deuxième question visait à connaitre la fréquence des venues aux urgences hospitalières : 40% des répondants se sont présentés aux urgences au moins une fois et 31,6% (métropole) à 43,6% (DOM-TOM) estiment qu'ils n'ont pas un accès facile à leur médecin. Le pourcentage d'insatisfaits est plus élevé dans les DOM-TOM.

3) Recueillir les perceptions des besoins de cette nouvelle pratique médicale

Les répondants des DOM-TOM manifestent une appétence plus grande à mieux connaitre la télémédecine que ceux de métropole (72,5% versus  45,8%). L'e-mail est plébiscité comme support d'information tant en métropole (65,8%) que dans les DOM-TOM (76,4%). Parmi les trois pratiques de télémédecine proposées, c'est la télésurveillance médicale au domicile qui l'emporte, tant en métropole (82%) que dans les DOM-TOM (89%), suivie du téléconseil médical personnalisé (65% et 77%) et de la téléconsultation (53% et 66%).

Le premier avantage perçu du téléconseil médical personnalisé est le gain de temps (53,4% et 70,2%), suivi de la possibilité de rester chez soi (35,2% et 43,5%). Le pourcentage de répondants qui ne souhaitent pas recourir au téléconseil est plus élevé en métropole (35%) que dans les DOM-TOM (23%). Le frein au téléconseil médical est la préférence des répondants pour le contact direct avec le médecin.

Les principaux atouts de la téléconsultation perçus par les répondants sont identiques à ceux du téléconseil médical : gain de temps (47,9% et 59,9%) et pouvoir rester chez soi (43,8% et 34,5%). Mais le nombre d'adhérents  qui ne souhaitent pas  recourir à la téléconsultation est plus important (47% en métropole et 34% dans les DOM-TOM). Les freins à la téléconsultation sont similaires à ceux du téléconseil médical.

Les 3 atouts attribués à la télésurveillance médicale sont le suivi entre 2 consultations habituelles (49,4% et 57,8%), le gain de temps (44,5% et 56,1%) et la réduction du nombre de déplacements (44,3% et 50,2%). Il y a une appétence plus grande pour la télésurveillance médicale dans les DOM-TOM. La télésurveillance médicale est la forme de télémédecine la plus acceptée (28% en métropole et 21% dans les DOM-TOM la rejettent). Le frein principal à la télésurveillance médicale est l'absence de contact direct avec le médecin.

Une majorité des répondants, plus nombreux dans les DOM-TOM, considère que la télémédecine s'adresse à tous (52,2% et 63,7%)

4) Evaluer la vision de l'utilisation de la télémédecine à l'avenir 

Au final, 66% des répondants de métropole et 84% de ceux des DOM-TOM seraient prêts à faire appel à la télémédecine pour eux-mêmes.

Près de la moitié des actifs seraient favorables à la mise en place de téléconsultations pour la visite médicale de reprise du travail, un majorité d'agents de la Police Nationale.

La moitié des actifs seraient favorables à la mise en place du téléconseil médical personnalisé sur le lieu même du travail.

67% des métropolitains et 76% des résidents des DOM-TOM seraient prêts à utiliser une plateforme de télémédecine, depuis leur domicile en priorité (45% et 61%), et ensuite hors du domicile (en vacances ou en déplacement). 

Résumé des principaux messages de cette enquête

L’impact  d’une information  sur cette nouvelle pratique médicale est plus fort chez les personnes  retraitées dont certaines sont  déjà atteintes de maladies chroniques (elles appellent plus souvent le centre 15).
L'intérêt pour la télémédecine est très nettement associé aux difficultés d'accéder à un médecin (manque de disponibilité ou difficulté géographique), notamment dans les DOM-TOM où le taux d'intérêt est le plus élevé (73%), 
Parmi les trois pratiques de télémédecine expliquées dans le questionnaire, c'est la télésurveillance médicale qui est la plus plébiscitée. Cela traduit un besoin d'être mieux suivi entre deux consultations habituelles. Pour les trois pratiques, les deux motivations principales sont le gain de temps et ne pas avoir de déplacement, la troisième motivation, être rassuré, est surtout pour le téléconseil médical. Mais il existe des freins et des craintes (perte de contact direct avec le médecin, dossier incomplet, insuffisance technique, etc.) qui montrent que les usagers tiennent à une qualité de la pratique médicale.
Autre donnée intéressante de l'enquête: les personnes isolées ou vulnérables ne souhaitent pas être stigmatisées et veulent que la télémédecine s'adresse à tous pour améliorer l'accès aux soins.