Les GHT vont redonner du souffle à la télémédecine hospitalière

L'année 2016 sera donc l'année de naissance des Groupements hospitaliers de territoire (GHT). Ainsi l'a voulu le parlement français en validant l'article 107 de la loi de modernisation de la santé, retranscrite dans le code de la santé publique à l'article L.6132-1 : Le groupement hospitalier de territoire a pour objet de permettre aux établissements de mettre en œuvre une stratégie de prise en charge commune et graduée du patient, dans le but d'assurer une égalité d'accès à des soins sécurisés et de qualité. Il assure la rationalisation des modes de gestion par une mise en commun de fonctions ou par des transferts d'activités entre établissements. Dans chaque groupement, les établissements parties élaborent un projet médical partagé garantissant une offre de proximité ainsi que l'accès à une offre de référence et de recours. Le souffle GHT va être puissant puisque le Paris Healthcare Week qui reproupe Hôpital Expo, GérontoHandicap Expo et Health-IT Expo à la Porte de Versailles les 24-26 mai 2016 n'a pas moins de 15 conférences et tables rondes consacrées aux GHT !

Le rapport Hubert-Martineau de fin de mission a écrit la partition télémédecine que nous avons commentée dans un billet précédent ( voir dans la rubrique "On en parle" le billet "GHT et TLM"). Une évidence aujourd'hui: un projet médical partagé entre les établissements du GHT ne peut réellement fonctionner que s'il s'appuie sur des organisations professionnelles nouvelles, structurées par les pratiques de télémédecine, et un système d'information unique. 

Ne rêvons pas trop, ça ne sera pas si facile à mettre en place ! Mais reconnaissons que les établissements de santé français ne peuvent rater une nouvelle fois (l'échec du CHT de 2009) ce rendez-vous avec la médecine hospitalière moderne.

Pour les médecins hospitaliers, le levier d'une telle réforme organisationnelle est bien la possibilité donnée par les TICs de mutualiser les ressources médicales au sein d'un territoire de santé pour la permanence des soins. La médecine hospitalière est devenue tellement spécialisée qu'aucun établissement de santé n'a la possibilité aujourd'hui d'assurer seul la permanence de soins dans une spécialité donnée. La nouvelle génération de médecins exige des responsables institutionnels que cette contrainte de leur métier soit acceptable et n'altère pas leur vie privée. Le médecin des 19ème et 20ème siècles, dévoué corps et âme à ses patients et à son métier 24h sur 24, 7jours sur 7, fait partie des livres d'histoire.  

S'il y a un projet médical partagé, il y a bien évidemment le corollaire de la permanence des soins partagée. Et heureusement que le législateur n'a pas oublié d'associer aux GHT les autres établissements de soins privés ou associatifs, où se trouvent des médecins spécialistes qui pourront participer à la permanence des soins régionale dans une spécialité donnée. C'est ainsi qu'aux paragraphes IV, V, VI et VII de l'article L.6132-1, les hôpitaux des armées, les structures assurant une activité d'hospitalisation à domicile, les établissements ou structures médico-sociaux et les établissements de santé privés sont invités à passer des conventions ou à devenir des partenaires des GHT, notamment pour que le parcours de soins gradué au sein du territoire intègre tous les établissements de santé publics et privés.

Le télé-AVC est un beau modèle de mutualisation des ressources médicales. Il y a 10 ans, on a estimé à juste titre qu'un patient atteint d'un AVC devait être hospitalisé dans des unités spécialisées dans les maladies neuro-vasculaires (UNV). Des études cliniques scientifiques montraient que la mortalité et la morbidité étaient significativement améliorées. Toutefois, le traitement de l'AVC à la phase aiguë n'était pas équitable puisque tous les patients ne pouvaient rejoindre l'UNV dans un délai compatible avec la réalisation de la thrombolyse (moins de 4h30). Il fallait donc organiser cette phase thérapeutique à distance, dans les services d'urgence des établissements de proximité, avant que le patient  ne rejoigne l'UNV la plus proche de son domicile. Le télé-AVC fut proposé pour permettre la réalisation de cette thrombolyse dans le service d'urgences de l'établissement de proximité ( voir le billet télémédecine (4) dans la rubrique "Revue publications"). La permanence des soins en neurologie vasculaire peut devenir très lourde si l'UNV doit assurer seule le télé-AVC. La mutualisation des ressources médicales entre plusieurs UNV pour la permanence des soins a permis de lever certaines réticences médicales. Ce sont désormais des équipes de 10 à 15 neurologues vasculaires qui peuvent assurer la permanence régionale ou territoriale des soins en télé-AVC grace aux TICs. Le modèle du télé-AVC est un beau modèle organisationnel de télémédecine qui illustre l'intérêt d'une mutualisation des ressources médicales dans une spécialité donnée. Le neurologue vasculaire intervient dans les établissements périphériques par plusieurs pratiques de télémédecine : téléconsultation du patient présentant l'AVC pour établir le score du handicap, téléexpertise avec le médecin urgentiste, téléassistance lors de la réalisation de la fibrinolyse, télésurveillance après l'injection du fibrinolytique.

D'autres spécialités à ressources médicales limitées peuvent s'inspirer de ce modèle organisationnel. On pense en particulier à la diabétologie, la néphrologie, la psychiatrie, l'oncologie médicale, l'ophtalmologie, etc. Il y a bien évidemment des pré-requis techniques comme la qualité du réseau numérique. Mais l'essentiel réside dans l'organisation professionnelle. Le projet médical partagé devra proposer ces nouvelles organisations au sein de filières de soins.  Ce sont les pratiques de télémédecine qui permettent de mutualiser les ressources médicales au sein d'un territoire ou d'une région, voire d'une inter-région.

Oui, la réforme des GHT peut redonner du souffle à la télémédecine hospitalière !