Google deviendra t-il un opérateur de soin ou restera t'il un offreur de santé ? ?

Nous avions pris l'habitude, avec la médecine du XXème siècle, de considérer qu'un offreur ou opérateur de soin ou de santé provenait nécessairement des structures ou des établissements identifiés comme strictement spécialisés dans le champ de la santé publique, auxquels étaient normalement rattachés les professionnels de santé.

L'ère numérique nous réserve déjà des surprises en voyant arriver sur le marché des offreurs de santé venant de l'industrie du numérique, avec des offres nombreuses d'objets connectés et d'applications mobiles de santé, voire même depuis peu de robots pour la santé. Les préoccupations initiales de ces industriels n'étaient pas toujours liées à la santé des personnes. Le vieillissement des populations crée de nouvelles perspectives de développement économique, appelée en France la Silver Economie. Ainsi Google, initialement identifié comme le moteur de recherche le plus puissant du Web, s'intéresse désormais à la santé des populations ! La santé ne représentait, en 2013, que 9% de ses investissements, elle représente aujourd'hui plus de 40% des investissements annuels. Cela veut donc dire que ce géant du Web a de grandes ambitions dans le champ de la santé publique.

Quelles sont donc ses ambitions ?

On peut déjà dire que Google est un offreur de santé depuis 2013, au sens où il veut contribuer au maintien du bien être des personnes, à la prévention des maladies et de leurs complications grâce aux objets connectés et diverses applications mobiles. L'objet connecté le plus médiatisé est certainement la lentille de contact qui mesure la glycémie d'une personne en continue. La communication a été parfaite, il y a déjà deux ans. Alors que ce produit n'est pas encore commercialisé, tout le monde a retenu qu'il serait utile aux patients diabétiques pour éviter les nombreuses scarifications digitales qui sont nécessaire aujourd'hui pour connaitre le niveau de la glycémie avant de s'injecter l'insuline.  Il y a aussi ce bracelet qui pourrait détecter, à un stade très en amont de la révélation clinique de la maladie, les premières cellules cancéreuses qui circulent dans le sang, et permettre ainsi une mise en route très précoce de la chimiothérapie ciblée sur ces premières cellules cancéreuses. Il y a bien d'autres applications et objets connectés qui sont pour l'instant dans le secret des laboratoires.

Mais Google peut-il devenir à terme un opérateur de soin ? Avec son ambition et son pouvoir de mieux connaitre les attentes des personnes dans le champ de la santé (la plateforme Google Fit), Google possède aujourd'hui des bases de données gigantesques sur la population mondiale et une puissance algorithmique jusque là jamais égalée, sauf peut être par IBM et son produit Watson. Avec cette puissance d'analyse, Google séduit les chercheurs de la planète entière qui veulent utiliser ses supers calculateurs pour améliorer la connaissance des maladies, leurs risques environnementaux et bien évidemment leurs liens avec le génome humain. La puissance d'analyse de ces "data" est impressionnante.

Google peut-il créer un lien de confiance suffisant avec une personne pour que celle-ci reçoive directement un diagnostic et une prescription de soinCette perspective ne peut être écartée dans un monde où près de 3 milliards de personnes ne peuvent avoir accès facilement à des opérateurs de soin, professionnels de santé ou établissements de soins, alors qu'ils ont accès à internet grâce à des smartphones ou à des tablettes dont l'acquisition est de plus en plus facile. En ayant une connaissance unique des personnes et des patients, Google peut acquérir la capacité de devenir un opérateur de soin qui s'adapte au comportement de la personne ou du patient. Il peut développer des programmes de soins personnalisés. Mais Google aura probablement plus de mal à s'implanter comme opérateur de soin dans les pays développés, comme le suggère l'échec de Google Health, service d'archivage des dossiers médicaux créé en 2008 aux USA et qui a fermé en 2012 faute d'utilisateurs. Google risque donc d'être confronté à une séduction certaine de la part des populations qui ont des difficultés d'accès à des opérateurs de soin, souvent les plus pauvres de la planète, et la recherche d'un modèle économique rentable et pérenne.

Si Google doit devenir un opérateur de soin, cela n'arrivera pas avant une dizaine d'années, mais c'est déjà presqu'aujourd'hui tant cette évolution est rapide. C'est le délai qu'il se donne pour approfondir ses recherches médicales actuelles. Après avoir offert ses services dans l'épidémie d'Ebola, il vient de s'investir dans l'épidémie du virus Zika afin d'aider les gouvernements à développer des programmes de prévention. Il met ainsi en place des outils de plus en plus performants pour devenir à terme un partenaire incontournable des autorités sanitaires dans les grandes urgences sanitaires de notre planète. Enfin, c'est aujourd'hui l'organisme de la planète qui dispose du plus important budget pour conduire des recherches médicales, ce qui explique le rapprochement des principales industries pharmaceutiques de ce géant très argenté.