Que pensent les étudiants en médecine de l'Intelligence artificielle et de son impact sur le métier de radiologue ?

Que pensent les étudiants en médecine et les médecins radiologues en exercice de l'IA ? Comment s'informent-t-ils de l'impact de l'IA sur leur futur exercice professionnel ? Nous présentons dans ce billet trois publications récentes de 2018 montrant comment les étudiants en médecine et les médecins européens (allemands), canadiens et américains perçoivent aujourd'hui ces sujets. 

Pinto Dos Santos D, Giese D, Brodehl S, Chon SH, Staab W, Kleinert R, Maintz D, Baeßler B. Medical students' attitude towards artificial intelligence: a multicentre survey. Eur Radiol. 2018 Jul 6. doi: 10.1007/s00330-018-5601-1.

OBJECTIF

Evaluer l'opinion des étudiants allemands en premier cycle d'études médicales de l'impact de l'IA sur leur choix éventuel de la spécialité de radiologie.

METHODES

Un questionnaire accessible sur le Web a été construit avec l’application SurveyMonkey, Il a été envoyé aux étudiants de trois facultés de médecine allemandes (Cologne, Göttingen, Mainz). Ce questionnaire cherchait à évaluer le niveau de connaissance des étudiants sur l'IA et leur vision de son impact sur leur choix de la spécialité de radiologie.

RESULTATS

Un total de 263 étudiants (166 femmes, 94 hommes, âge médian 23 ans) a répondu au questionnaire. 52% étaient conscients du débat actuel de l’impact de l'IA sur la radiologie et 68% ont déclaré qu’ils étaient ignorants des technologies Impliquées dans l'IA. Ceux qui ont répondu en connaissance de cause convenaient que l’IA permettait de mieux analyser les images (83%), mais que le diagnostic radiologique ne pouvait en aucune manière être définitif avec l'IA (56%). La majorité reconnaissait que l’IA était une avancée médicale majeure (77%) et rendait plus attractive la spécialité de radiologie (86%), Une grande majorité (83%) déclarait être en désaccord avec l’opinion véhiculée par les médias que l’IA allait remplacer l’exercice du métier de radiologue. Les deux tiers convenaient que l’IA devait être enseignée dans le cursus des études médicales (71%). Dans une sous-analyse le groupe des hommes  était plus confiant sur les avantages de l’IA et moins craintif vis-à-vis de ces technologies.

CONCLUSIONS

Contrairement aux informations données par les médias, les étudiants de premier cycle des études médicales ont une opinion positive et confiante sur le développement de l’IA en radiologie. Ils sont conscients du potentiel de l’IA dans le nouvel exercice de la radiologie. Ils ne sont pas inquiets sur l'évolution de cette spécialité. Ils souhaitent que l’IA et ses applications soient enseignées au cours de leurs études.

 

Gong B, Nugent JP, Guest W, Parker W, Chang PJ, Khosa F, Nicolaou S. Influence of Artificial Intelligence on Canadian Medical Students' Preference for Radiology Specialty: A National Survey Study.Acad Radiol. 2018 Nov 11. pii: S1076-6332(18)30471-9. doi: 10.1016/j.acra.2018.10.007.

OBJECTIF

Cette étude a examiné la perception qu'avaient les étudiants en médecine canadiens de l'impact de l'IA sur la radiologie et l'influence éventuelle de cet impact sur leur choix pour la spécialité de radiologie.

METHODES

En mars 2018, un sondage en ligne, anonyme, a été réalisé auprès des étudiants des 17 facultés de médecine canadiennes.

RESULTATS

Sur les 322 étudiants qui ont répondu, 70 (21,7%) ont considéré la radiologie comme leur premier choix de spécialité et 133 (41,3%) mettait la radiologie parmi les trois premiers choix. Seule une minorité (29,3%) des répondants ont estimé que l'IA remplacerait les radiologues dans un avenir proche, mais une majorité (67,7%) pensait que l'IA réduirait le besoin en médecins radiologues. Même parmi les répondants de premier choix, 48,6% étaient d'accord pour dire que l'IA suscitait de l'anxiété sur l'avenir de la spécialité de radiologie. De plus, un sixième des répondants qui auraient pu classer la radiologie en premier choix ne l'ont finalement pas fait en raison de l'inquiétude suscitée par l'IA. Une expérience antérieure importante de radiologie et une grande confiance dans la compréhension de l'IA montraient une diminution du niveau d'anxiété. Les étudiants intéressés par ce sujet ont apprécié les opinions des radiologistes locaux, des conférences de radiologie et des journaux scientifiques. Les étudiants étaient aussi très intéressés par les opinions d'experts de l'IA.

CONCLUSIONS

L'inquiétude liée au "déplacement" (et non au "remplacement") des radiologues par l'IA décourageait de nombreux étudiants en médecine dans le choix de la spécialité de radiologie. La communauté des radiologues devrait s'attacher à mieux informer les étudiants en médecine de l'impact potentiel de l'IA afin que la radiologie soit perçue comme un choix de carrière avec une bonne viabilité à long terme.

 

Collado-Mesa F, Alvarez E, Arheart K. The Role of Artificial Intelligence in Diagnostic Radiology: A Survey at a Single Radiology Residency Training Program. J Am Coll Radiol. 2018 Feb 21. pii: S1546-1440(17)31666-6. doi: 10.1016/j.jacr.2017.12.021

OBJECTIF

Les progrès de l'intelligence artificielle appliquée à la radiologie devraient avoir un impact majeur sur l'exercice de cette spécialité médicale. Dans le but d’établir une base de référence sur laquelle fonder un programme éducatif, une enquête a été conduite auprès d'un groupe de 104 stagiaires et de radiologues participant à un programme de développement médical continu.

METHODES

Un questionnaire anonyme a été distribué. Des comparaisons de données entre les groupes (stagiaires et les radiologues en exercice) ont été effectuées à l'aide d'une analyse Pearson χ 2 ou d'une analyse conforme au besoin. Les comparaisons ont été effectuées en utilisant le test de Wilcoxon Rank lorsque les données n'étaient pas normalement distribuées. Un niveau α de 0,05 a été choisi.

RESULTATS

Le taux de réponse global était de 66% (69 sur 104). Trente-six pour cent des répondeurs (n = 25) ont déclaré n'avoir jamais lu d'article scientifique médical sur l'intelligence artificielle au cours des 12 derniers mois. Vingt-neuf pour cent des répondeurs (n = 12) ont déclaré utiliser déjà des outils d'intelligence artificielle dans leur travail quotidien. Les stagiaires étaient plus susceptibles d'exprimer des doutes quant à savoir s'ils auraient poursuivi une carrière en radiologie s'ils avaient été informés de l'impact potentiel de l'intelligence artificielle sur la spécialité (P = 0,0254) au moment de leur choix. Ils étaient également plus susceptibles de planifier une meilleure connaissance du sujet (P = .0401).

CONCLUSIONS

Les radiologues américains en exercice qui ont participé à cette enquête ne semblent pas être intéressés par les articles scientifiques médicaux sur l'intelligence artificielle en radiologie, ou ils n'ont peut être pas le temps de les lire. Les stagiaires en radiologie sont davantage préoccupés par les implications que l'intelligence artificielle peut avoir sur leur futur travail et ils désirent apprendre davantage sur le sujet. Il parait nécessaire de développer des moyens pédagogiques pour aider les radiologues à jouer un rôle actif dans l'orientation, le développement et la mise en œuvre d' outils d'intelligence artificielle en radiologie diagnostique.

 

COMMENTAIRES Ces trois enquêtes qui viennent d'être publiées sont riches d'enseignement.

Que ce soit des étudiants européens (allemands), canadiens ou américains, tous font le constat que la formation aux technologies de l'IA doit désormais faire partie du cursus médical. Dans aucun de ces trois pays développés ce n'est le cas aujourd'hui. Quant aux radiologues en exercice interrogés, ils ne lisent pas les articles scientifiques, peut être par manque de temps. Il faut donc développer des moyens de formation adaptés à la situation d'exercice de la médecine. Il faut saluer l'initiative prise en France par la Société Française de Radiologie qui a pris ce sujet à bras le corps avec les syndicats de radiologues libéraux et hospitaliers (le G4) (l'image de ce billet).

L'autre enseignement de ces enquêtes est la volonté des jeunes générations de médecins de pratiquer une radiologie avec l'aide de l'IA, même s'ils sont un peu inquiets de l'avenir. Les informations médiatiques sur la possible disparition de cette spécialité médicale ne les ont pas convaincus. Ils sont persuadés, plus les européens que les américains du nord, que l'IA va susciter un intérêt nouveau vis à vis de la spécialité de radiologie.

Enfin, il transparait à travers ces 3 enquêtes un réel décalage entre les leaders d'opinion de l'IA qui annoncent la disparition de la spécialité et la jeune génération de médecins radiologues qui prend conscience bien sûr des risques sur la pérennité de cette spécialité médicale, mais qui garde une analyse très positive vis à vis de cette innovation. Elle peut créer de l'inquiétude chez certains au moment de leur choix de spécialité, mais la grande majorité ne s'en détourne pas et souhaite intégrer l'IA dans leur exercice futur, autrement dit maitriser qu'apporte l'IA au diagnostic radiologique. Les radiologues ont toujours été à la pointe de l'innovation médicale et ont toujours su la maitriser à leur avantage.

19 novembre 2018