L'usage de la santé mobile pour aider les patients greffés du poumon à se prendre en charge

Il y a plus de 5000 greffes d'organes par an en France, les greffes de rein et de foie étant les plus fréquentes, avec respectivement 3100 et 1300 transplatations, les greffes pulmonaires et cardiaques étant respectivement de 310 et 330/an. 90000 greffes et dons d'organes sont réalisés chaque année dans le monde (données OMS).

La réussite sur le long terme d'une greffe d'organe est liée pour une grande part à l'observance du traitement anti-rejet. C'est notamment le cas chez les enfants greffés.

La santé connectée vient améliorer la surveillance du greffon et l'observance des traitements comme viennent de le démontrer deux études.

Première étude

Jiang Y1Sereika SM2Dabbs AD2Gestionnaire SM3EA Schlenk2.Acceptance and Use of Mobile Technology for Health Self-Monitoring in Lung Transplant Recipients. Appl Clin Inform. 2016 Jun 1;7(2):430-45. doi: 10.4338/ACI-2015-12-RA-0170. eCollection 2016.

  • 1 University of Michigan School of Nursing, 400 N Ingalls St., Ann Arbor, MI.
  • 2 École des sciences infirmières de l’Université de Pittsburgh, 3500 Victoria St., Pittsburgh, PA.
  • 3 École de médecine de l’Université de Pittsburgh, M-172 200 Meyran Ave, Pittsburgh, PA.

OBJECTIFS

Décrire l’acceptation et l’utilisation de la technologie Mobile Health pour une autosurveillance au cours de la première transplantation chez les receveurs d’une greffe de poumon. L’utilisation de la technologie est explorée au cours de la première année de greffe en recherchant des corrélations  dans les 2 premiers mois, dans la période de  2 à 6 mois, dans la période de 6 à 12 mois et dans la période totale de la première année de suivi de la greffe.

METHODES

L'analyse porte sur les données de 96 patients greffés qui ont accepté d'utiliser l'objet connecté Pocket PATH(®), qui est une application mobile sur smartphone, pour la surveillance quotidienne par autosurveillance. L'essai est contrôlé et randomisé. L'utilisation de cette application a été classée comme faible, modérée et élevée. Des modèles de probabilité proportionnelle pour la régression logistique ont été utilisées pour explorer les corrélations existantes avec l’utilisation de l'application.

RESULTATS

Les patients greffés pulmonaires ont montré une acceptation élevée pour l'usage de l'application mobile au début de l'étude. Cependant, cette acceptation n’a pas été associée à une utilisation effective pour la période totale des 12 mois (p = 0,45 ~ 0,96). L'usage effectif de l"application a diminué au cours des différents intervalles de temps étudiés (p < 0,001). L'acquisition d'une autonomie accrue a été associée à la probabilité accrue d’une utilisation plus élevée de l'appli chez les femmes (p = 0,03) et chez ceux qui étaient les moins satisfaits de la formation reçue (p = 0,02) au cours des 2 premiers mois. L'utilisation dans la période de 2 à 6 mois était associée à une plus grande satisfaction de la formation reçue pour l'usage de cet appli (RC = 3.37, p = 0,01) et à une plus courte durée d’hospitalisation après la réalisation de la greffe (RC = 0,98, p = 0,02). L'utilisation dans la période de 6 à 12 mois était associée à un âge plus avancé (ou = 1.05, p = 0,02), un meilleur contrôle du stress de la greffe (RC = 0,43, p = 0,02) et à un meilleur état physique (RC = 1.09, p = 0,01). Une utilisation plus élevée de l'appli à plus de 12 mois était également associée à des patients plus âgés (OR = 1.07, p = 0.0007), et un meilleur état physique (OR = 1.13, p = 0,001) ainsi qu'à une plus grande satisfaction avec la formation reçue pour l'usage de l'appli mobile (RC = 3.05, p = 0,02).

CONCLUSIONS

Les corrélations ne différaient pas de manière significative selon que l'usage de l"appli mobile se faisait sur le court et long terme dans l’autosurveillance des patients transplantés pulmonaires. Il est important pour les auteurs de suivre plus étroitement les patients qui ont eu une hospitalisation plus longue, qui ont un mauvais état physique et un stress de la greffe important. L'usage d'une appli mobile en autosurveillance doit se fonder sur une formation continue afin d’améliorer son utilisation à long terme.

Deuxième étude

DeVito Dabbs A1, Song MK2, Myers BA3, Li R4, Hawkins RP5, Pilewski JM6, Bermudez CA7, Aubrecht J1, Begey A1, Connolly M1, Alrawashdeh M1, Dew MA6. A Randomized Controlled Trial of a Mobile Health Intervention to Promote Self-Management After Lung Transplantation. Am J Transplant. 2016 Jul;16(7):2172-80. doi: 10.1111/ajt.13701. Epub 2016 Mar 14.

  • 1University of Pittsburgh, School of Nursing, Pittsburgh, PA.
  • 2School of Nursing, Emory, Atlanta, GA.
  • 3Carnegie Mellon University, School of Computer Sciences, Pittsburgh, PA.
  • 4The University of Texas, School of Public Health, Houston, TX.
  • 5University of Wisconsin, Journalism and Mass Communication, Madison, WI.
  • 6University of Pittsburgh, School of Medicine, Pittsburgh, PA.
  • 7University of Pennsylvania, School of Medicine, Philadelphia, PA.

CONTEXTE

Les patients receveurs d'une greff de poumon sont encouragés à leur sortie de l'hôpital à avoir une attitude de "self-management", (i) en acceptant le suivi de leurs propres indicateurs de santé, (ii) en dahérant au régime qui leur a été prescrit et (iii) en prenant eux-mêmes l'initiative de faire connaitre les indicateurs de suivi de greffe anormaux à la coordinatrice du centre de transplantation, lorsque la performance du traitement n’est pas optimale.

METHODE

Lorsque la sortie de l’hôpital est proche, deux groupes de patients sont randomisés parmi les 201 bénéficiaires de la greffe de poumon. Un premier groupe utilisera l’application mobile qui permet l'autogestion du suivi (groupe d'intervention mHealth) (n = 99), un deuxième groupe est suivi selon le protocole de soins habituel (n = 102). Les deux goupes seront comparés pour évaluer l’efficacité de l'autogestion du suivi (résultat principal) et la réhospitalisations et mortalité (résultats secondaires) pendant la première année de suivi de la greffe.

RESULTATS

Le groupe d’intervention mHealth d'autogestion du suivi avait glàbalement des résultats meilleurs que le suivi habituel [RC] 5.11, 95 % intervalle de confiance [IC] 2,95-8,87, p < 0,001), enotamment en terme d'adhésion au régime médical et au traitement anti-rejet (ou 1,64, 95 % IC 1.01-2,66, p = 0,046), bien que que les indicateurs de suivi étaient plus souvent anormaux que dans le groupe témoin de soins habituels (OR 8,9, IC95 : 3,60-21,99, p < 0,001) . Cependant, les deux groupes ne différaient pas pour les réhospitalisations (OR 0,78, IC95 : 0,36-1,66, p = 0,51) ou la mortalité (risque relatif 1,71, 0,68-4.28, p = 0,25).

CONCLUSION

L’impact positif de l’intervention de la santé mobile (mHealth) sur les comportements des patients pour l’autogestion du suivi de leur greffe de poumon suggère que cet approche par la santé mobile est prometteur et qu'elle demande à être confirmé par d’autres essais.

COMMENTAIRES

Ces deux études de l'équipe américaine du centre de transplantation d'organes de Pittsburg est intéressante à plusieurs titres. Tout d'abord, la greffe pulmonaire est réalisée le plus souvent chez de jeunes enfants ou adultes atteints de mucoviscidose. Les patients concernés sont de la génération des outils numériques et notamment des smartphones. Ensuite, cette approche novatrice du suivi d'un patient greffé montre que ces jeunes patients, souvent très matures pour les risques encourus, adhèrent facilement à ce programme d'autogestion du suivi de greffe. Enfin, les deux études montrent qu'il est nécessaire de réaliser des études contrôlées et randomisées pour bien évaluer l'impact de la santé mobile sur les comportements de patients soumis à des problèmes majeurs de santé.