Pourquoi faut-il déverrouiller le financement des pratiques professionnelles de la télémédecine

Pour la "rentrèe 2016" de la télémédecine, c'est bien la Fédération Hospitalière de France (FHF) qui emporte haut la main la palme de l'engagement.

Son président, Frédéric Valletoux, et son délégué général, David Gruson, ont décidé de secouer l'ordre établi depuis quelques années  par l'Assurance maladie (voir sur ce site le billet "Que fait la CNAMTS"). Ils veulent faire bouger les lignes en s'attaquant au financement des pratiques de télémédecine non seulement à l'hôpital dans le cadre des GHT, mais également dans le secteur ambulatoire. La FHF témoigne de fortes ambitions dans une période clé où les principaux paradigmes de notre système de santé changent. Il faut s'en réjouir. Les professionnels de santé, qu'ils soient hospitaliers ou libéraux,  ne peuvent que se féliciter de la campagne "Déverrouillons la télémédecine" lancée au début de l'été par la FHF et qui constituait un des thèmes de ses universités d'été des 6-7 septembre à Paris. le but est obtenir la reconnaissance d'un financement légal et réglementaire dans le LFSS 2017.

Pourquoi est-il temps de déverrouiler le financement des pratiques professionnelles de télémédecine ?

Ce qui caractérise le numérique en général, c'est bien la rapidité d'évolution des concepts et des applications. Voyez comme l'ubérisation de notre société est en marche. Chaque jour nous apporte un exemple de ce phénomène qui ne s'arrêtera pas.

Il en est de même en matière de santé numérique, la révolution des pratiques médicales est en marche et avance irrémédiablement. La FHF a bien senti qu'il fallait agir pour réussir la grande réforme des établissements publics que représentent désormais les Groupements Hospitaliers de Territoire (GHT). De 850 établissements publics de santé, on est passé au 1er juillet 2016 à 135 GHT, soit au moins 1 GHT par département ! On sort de l'hospitalocentrisme pour entrer dans une organisation territoriale (départementale) des parcours et filières de soin où la médecine libérale a naturellement sa place. La FHF a eu l'intelligence d'associer les acteurs de la médecine libérale et les établissements médico-sociaux à la réflexion sur une organisation territoriale innovante des parcours de soin, structurée par la télémédecine.

La télémédecine n'est qu'un moyen donné aux professionnels de santé pour mieux entrer dans la médecine du XXIème siècle. Il faut raisonner simplement et ne pas considérer la télémédecine comme un danger pour les finances publiques. La télémédecine est porteuse d'efficience  et de pratiques vertueuses.

Il n'y a pas de risque d'explosion des dépenses si les objectifs sont bien ciblés par les pouvoirs publics.

Plutôt que de cibler l'usage de la télémédecine sur une maladie donnée, c'est toute la population atteinte de maladies chroniques qui doit en bénéficier, soit environ 15 millions de français, dont toutes les personnes en ALD (affection de longue durée) dont le nombre était estimé en 2014 à 9 863 680. Il dépassera les 10 millions en 2016 puisque la progression du nombre de bénéficiaires est de 5% par an.

Généraliser l'usage de la télémédecine aux patients atteints de maladies chroniques est source d'efficience. Pourquoi ?

Parce que la téléexpertise entre le médecin traitant et le médecin spécialiste peut remplacer une consultation en face à face chez le spécialiste et donner ainsi davantage d'efficacité à la continuité des soins. Pour qu'un patient obtienne un avis spécialisé, il lui faut aujourd'hui 3 consultations, souvent dans des délais insupportables, : celle chez son médecin traitant qui lui prescrit la consultation chez le spécialiste et qui le reverra ensuite avec l'avis du spécialiste. Dans la téléexpertise il faut rémunérer à la fois le requérant et le requis, mais il y a au final une consultation de moins.

Parce que la téléexpertise entre un médecin urgentiste d'établissement périphérique et le spécialiste de l'établissement pivot du GHT peut éviter une hospitalisation ou un transfert inutile. Une hospitalisation à 3000 € la nuit peut se transformer en une simple consultation spécialisée en face à face.

Parce que la téléexpertise entre deux médecins est aujourd'hui nécessaire pour mutualiser les savoirs et progresser réciproquement en compétence. Il est démontré que la fonction apprenante de la téléexpertise réduit à terme le nombre de consultations spécialisées.

Parce qu'une téléexpertise dans les DOM-TOM permet d'éviter des évacuations sanitaires inutiles ou de complaisance qui coutent très chéres aux caisses d'assurance maladie de l'outre-mer.

Parce que la téléconsultation alternée a des consultations en face à face est une chance pour les patients atteints de maladies chroniques ou de handicaps d'être mieux suivis. Elle évite des transports sanitaires inutiles et fatigants. Elle améliore la qualité de vie de ces patients

Parce que la téléconsultation spécialisée dans les EHPAD améliore l'accès aux spécialistes chez des personnes lourdement handicapés et difficilement mobilisables.

.......

Où voyez-vous, messieurs les payeurs, un risque de dérives financières si vous permettez aux 15 milions de patients atteints de maladies chroniques de bénéficier enfin de ce merveilleux outil ?