La région de Vénétie, partie prenante de l'étude européenne Renewing Health, publie ses résultats de télésuivi de patients atteints de trois maladies chroniques

Nous avons déjà évoqué sur ce site les résultats, pour le moins décevants au plan médico-économique, de la grande étude européenne "Renewing Health" lancée en 2010 dans 9 régions européennes pour tester la méthode d'évaluation MAST ( Model for ASsessment of telemedicine) ( voir le billet "A quoi ça sert" dans la rubrique "l'édito de semaine"). Nous avions rappelé que le seul résultat de cette grande étude était une "tendance à l'amélioration de la qualité de vie des patients télésurveillés". La région italienne de la Vénétie, qui était partie prenante de cette étude européenne, vient de publier ses propres résultats.

Dario C, Luisotto E, Dal Pozzo E, Mancin S, Aletras V, Newman S, Gubian L, Saccavini C. Assessment of Patients' Perception of Telemedicine Services Using the Service User Technology Acceptability Questionnaire. Int J Integr Care. 2016 Jun 1;16(2):13. doi: 10.5334/ijic.2219

INTRODUCTION

Les systèmes de santé de tous les pays sont soumis au phénomène de l'allongement de l'espérance de vie, à l'émergence de maladies chroniques du vieillissement et à une demande de protection sociale des populations fragilisées et handicapées par ces maladies chroniques. Cette demande sociétale croissante pourrait se heurter à des ressources financières de plus en plus insuffisantes, qui auraient alors un impact négatif sur la qualité et la pérennité des soins délivrès. La télésurveillance, intégrant les solutions de la santé connectée et de la télémédecine, est considérée comme une solution possible de soins intégrés qui pourrait  maintenir les personnes dans leurs propres maisons, grâce à la qualité de la prestation de services de santé, pouvant aussi favoriser l’autogestion des problèmes de santé et accroître ainsi la rentabilité des soins pour les nombreuses personnes souffrant de maladies chroniques. Une étape importante dans l’évaluation des services de télémédecine est de connaître la satisfaction et l’acceptabilité des patients pour qu'un déploiement de tels services puisse se réaliser avec des indicateurs spécifiques pour mesurer la qualité des soins de santé.

Le but de cette étude est ainsi d’évaluer si des services de télémédecine mis en place pour le télémonitoring de n'importe quelle maladie chronique sont acceptés par les patients concernés et surtout bien perçus en matière de qualité des soins délivrés ou s'il existe des perceptions négatives d'un tel mode de prise en charge à distance.

METHODES

Le projet européen Renewing Health a été lancé en février 2010 et s'est terminé en décembre 2013 avec un panel de 7000 participants. La Vénétie a participé avec 3302 patients atteints de 4 maladies chroniques. Les participants de la Vénétie ont été inscrits dans des groupes spécifiques : diabète de type 2 défini par un taux d' HbA1c > 53 mmol/mol (> 7,0 %) ; la maladie pulmonaire obstructive chronique (MPOC); l'insuffisance cardiaque chronique définie par une fraction d'éjection systolique < 40% ou > 40 % avec un taux anormal de peptides natriurétiques ( BNP > 400 ou plus NT-proBNP > 1500), les patients étant sortis de l’hôpital après une poussée d'insuffisance cardiaque aiguë au cours des trois mois précédents ; les patients avec des dispositifs cardiologiques implantés (stimulateur cardiaque – PM et défibrillateur cardiaque implantable-CIM).

Les 3302 participants italiens à cette étude européenne, souffrant des différentes maladies chroniques précitées, étaient tous originaires de la Vénétie et regroupés en groupes de maladies chroniques. Chaque groupe reçoit le même service de télémédecine, équipé de différents appareils de mesure connectés, spécifiques à la surveillance de ces maladies. Ainsi, les patients  qui ont accepté de participer à l'évaluation des services étaient atteints de diabète (n = 163), de maladie pulmonaire obstructive chronique (n = 180), d'insuffisance cardiaque congestive (n = 140) et de dispositifs cardiologiques implantés connectés (n = 1635).

Le questionnaire sur l'utilisation et l'acceptabilité du Service technologique (SUTAQ pour Service User Technology Acceptability Questionnaire) est basé sur une revue de la littérature et sur des tests dans les études qualitatives. Le même questionnaire a été utilisé dans l'étude anglaise WSD   et a été  traduit de l'anglais à l'italien. Il était culturellement adapté,  pré-testé par 15 personnes et ensuite utilisé pour évaluer la perception des patients vis à vis de ces services de télémédecine. Les données ont été recueillies à 3 mois et à 12 mois après le début de l’étude. Les données des patients ayant des dispositifs cardiologiques implantés ont été recueillies uniquement à 12 mois.

Le questionnaire se compose de 22 éléments, divisés en six thèmes principaux :le renforcement des soins, l'accessibilité aux soins, les difficultés de la vie personnelle, la préoccupation des professionnels de santé, le service de télémédecine comme substitution aux soins traditionnels et la satisfaction des patients.

L'étude statistique a utilisé la méthode des paires appariées de Wilcoxon, le test de Shapiro et Wilk et les régressions linéaires classiques.

RESULTATS

Les résultats à 12 mois pour tous les groupes de patients  étaient semblables : la perception des services de télémédecine était globalement positive. Le questionnaire SUTAQ a montré des résultats à 3 mois confirmés, voire améliorés à 12 mois. Ces résultats sont représentés dans l'image qui accompagne ce billet.

Les services de télémédecine renforcaient les soins, amélioraient l'accessibilité aux soins et créaient une réelle satisfaction de la part des patients dans les trois maladies chroniques concernés par l'étude (diabète, MPOC, insuffisance cardiaque).

Les scores concernant l'amélioration des difficultés personnelles, l'adhésion des professionnels de santé et le jugement sur les objets connectés du service étaient également similaires pour les trois maladies.

CONCLUSIONS

Les services de télémédecine ont été perçus comme une valeur ajoutée aux soins habituels, mais non comme une substitution.  La perception positive de ces services de télémédecine n’avait pas d'effet transitoire, mais s’améliorait au cours du temps, sur la toute la période de 12 mois. de l'étude

COMMENTAIRES. Cette étude est intéressante à analyser. Elle montre que la Vénétie, avec près de 50% des participants à l'étude Renewing Health, a lourdement pesé sur les résultats de l'étude européenne qui réunissait 9 régions. Il y a eu ainsi un biais important dans le résultat final de l'étude européenne, du au poids statistique de cette région italienne. Le questionnaire SUTAQ, utilisé également dans l'étude anglaise WSD, a révèlé que les services de télémédecine avaient un impact positif en matière d'acceptabilité chez les patients atteints de maladies chroniques soumis au télémonitoring à domicile. Un tel résulat n'était pas obtenu dans l'étude anglaise WSD. Malheureusement, l'étude italienne n'a eu aucun impact économique favorable sur une réduction des coûts de santé, comme le souhaitait les promoteurs de Renewing Health. Il y a eu également un biais du au poids statistique de la Vénétie, car deux autres régions de Renewing Health avaient des résultats significatifs sur le taux d'hospitalisation, moindre dans le groupe télésuivi. 

Comme nous l'avons régulièrement évoqué sur ce site, l'efficacité économique des services de télémonitoring chez des patients atteints de maladies chroniques ne peut être démontré en 12 mois, exception faite des patients en insuffisance cardiaque sévère. Les autorités sanitaires de la Vénétie ont décidé de poursuivre le développement de ces services de télémédecine uniquement sur la base d'une grande acceptabilité des patients et d'une meilleure qualité de vie.