Et si le Big Bang de la télémédecine n'était rien d'autre que le Big Bang de la médecine au XXIème siècle...

Les journalistes ont le don de la formule qui accroche ! Aussi, lorsque le journal Le Figaro organise le " premier Big Bang Santé" à la Maison de la Chimie à Paris le 27 octobre prochain, en s'inspirant du Big Bang Eco qui a eu un réel succès il y 4 mois, on pourrait s'attendre à un évènement pouvant peut être influencer le programme santé des futurs candidats à l'élection présidentielle, encore bien timorés sur ce sujet !

La médecine qui se profile au XXIème siècle s'éloigne de plus en plus de la médecine du XXème siècle.

Il n'y a aucun doute la-dessus. Si la nature de la médecine ne change pas (prévenir les maladies, soulager les personnes malades, en s'appuyant sur les preuves du service médical rendu, c'est à dire "l'evidence-based medicine"), par contre son organisation et ses pratiques sont en pleine mutation. Elles bénéficient de la révolution numérique et c'est tant mieux ! Mais ce n'est pas la révolution numérique qui va changer la nature de la médecine, heureusement !

L'organisation et les pratiques de la médecine du XXème siècle sont à bout de souffle. Donnons-en quelques illustrations : urbanisation des nouvelles installations et désertification médicale dans les zones rurales ou isolées, désintérêt de la jeune génération pour la médecine de soin primaire (baisse du nombre de 25% à l'horizon 2025),  cabinets médicaux submergés par trop de demandes et refus de prendre de nouveaux patients, délais insupportables pour obtenir des consultations chez certains spécialistes, tarifications humiliantes pour des métiers à bac +10 ou 12, etc. 

Les consultations de soin primaire sont-elles toutes justifiées ? Les enquêtes d'opinion montrent que 40% des personnes interrogées avouent avoir eu des consultations qu'elles ont jugées à postériori inutiles et dont elles auraient pu trouver la réponse à leur motif sur internet.

Les consultations en face à face auprès de médecins spécialistes sont-elles toutes nécessaires ?  La réponse est donnée par les médecins traitants de soin primaire qui avouent que s'ils pouvaient discuter d'un dossier médical directement avec leur confrère spécialiste, certaines consultations traditionnelles en face à face ne seraient pas utiles, ce qui de plus leur permettrait de ne pas rompre la continuité des soins, notamment chez des patients atteints de maladies chroniques. Cela leur permettrait aussi de mieux comprendre la démarche du spécialiste d'organe et le spécialiste d'organe de mieux comprendre la démarche du généraliste qui doit gérer un patient dans sa globalité. Rien de plus formateur que d'échanger et de se respecter !

Toutes les hospitalisations sont-elles justifiées ou nécessaires ? La réponse est donnée par les praticiens hospitaliers qui font le constat depuis plus de 15 ans que certains patients adressés à l'hôpital présentent des complications qui auraient pu être prévenues, si le médecin de soin primaire avait eu la possibilité de joindre plus facilement le praticien hospitalier spécialiste. Sans compter les hospitalisations qui ne sont justifiées que par la nécessite d'avoir un avis spécialisé...à 2000 euros la journée !

La médecine du XXIème, avec l'aide du numérique, peut offrir à la société de nouvelles organisations et pratiques professionnelles

Certains visiteurs assidus de ce blog trouveront que l'auteur se répète souvent...Mais la répétition n'est elle pas la meilleure pédagogie ?

Le téléconseil médical personnalisé est une demande de la société pour savoir s'il est nécessaire d'aller voir ou non son médecin généraliste en consultation.(voir le billet "Innovons encore" dans la rubrique l'édito de semaine). C'est le premier filtre avant d'entrer dans un parcours de soin primaire. Si l'on en croit les enquêtes d'opinion (voir sur ce site l'enquête "Intériale" dans la rubrique "On en parle") 40% des personnes interrogées préféreraient un téléconseil plutôt qu'une consultation. Il est devenu facile aujourd'hui d'accèder à une plateforme de téléconseil médical personnalisé. Il faut que l'accès soit gratuit, pour éviter l'ubérisation de la santé. C''est à dire que ce service soit pris en charge par les assureurs et/ou complémentaires santé au titre des garanties offertes, comme le font les assureurs suisses. Si 40% des consultations actuelles en soin primaire étaient traitées par téléconseil, les cabinets des médecins généralistes seraient rapidement désengorgés, comme on peut le constater en Suisse où le filtre de Medgate ou Medi24 permet aux médecins généralistes d'avoir de vraies consultations payées au prix qu'elles méritent, soit de 60 à 70 euros. Le service rendu, de nature sociale, est considérable. Il l'est également en matière de santé publique, car il permet aux médecins de soin primaire de retrouver une plus grande sérénité dans ce métier difficile, et d'éviter le burn out !

La téléexpertise est la pratique médicale la plus intéressante au XXIème siècle. Elle reconnait (enfin) qu'il y a deux approches de la médecine : la médecine d'organe, très spécialisée, portée par les différentes spécialités médicales, et la médecine générale qui doit faire la synthèse de toutes les propositions des spécialistes et qui doit coordonner l'ensemble des soins. Pas facile à l'ère des maladies chroniques ! Mais quel beau et difficile métier que cette médecine générale "spécialisée" qui prend en charge un patient dans sa globalité, à la fois physique et psychique. Faisons en sorte qu'elle ne disparaisse pas  et donnons lui les moyens d'exercer en toute sérénité. La téléexpertise est un de ces moyens.(voir sur ce site le billet "la téléexpertise" dans la rubrique "L'Edito de semaine"). Il faut développer des organisations nouvelles qui permettent aux médecins généralistes de contacter quasi quotidiennement un centre de téléexpertise où ils trouveront la réponse spécialisée qu'ils souhaitent. Les GHT vont devoir créer ces organisations pour permettre un parcours de soin gradué au sein d'un territoire de santé entre les différents hôpitaux qui constituent le GHT. Le centre de téléexpertise se situera au niveau de l'établissement support où se trouvent les praticiens spécialistes. Quelle opportunité pour le médecin de soin primaire qui pourra y accéder, comme le souhaite ardemment la FHF ! Le médecin généraliste y trouvera les avis spécialisés dont il a besoin quotidiennement et il pourra aussi mieux gérer les hospitalisations. Des médecins spécialistes de ville pourront également créer de telles structures de téléexpertise ou rejoindre la permanence des équipes hospitalières. N'est-ce pas ce qui se réalise déjà en téléradiologie ?

Nous sommes bien entrés dans la médecine du XXIème de siècle, dominée par la demande de soins de patients atteints de maladies chroniques. Les organisations et pratiques de la médecine du XXème siècle ne peuvent plus répondre à cette nouvelle demande. La télémédecine et la santé connectée peuvent répondre à ces nouveaux défis.