Le télé-rhume, une bonne illustration de l'intérêt du téléconseil médical personnalisé

En quelques jours, par la magie, et il faut aussi le dire, par la manipulation des médias, le rhume est devenu le symbole de l'égalité d'accès aux soins des citoyens français.

Qui va soigner le rhume, demande un chroniqueur célèbre d'une chaine d'info du matin ? La réponse de bon sens, apportée par la personne interviewée, "c'est de la compétence du médecin que je ne suis pas", n'a pas satisfait notre impétueux journaliste. Et de reposer une autre question : "le rhume relève t'il désormais des "petits risques" qu'une assurance privée prendra en charge ?   Nous y voilà donc ! Pour ce journaliste très engagé, le rhume est en fait le symbole d'une privatisation possible de l'Assurance maladie pour les "petits risques", ce qui, selon lui, laisserait sur le bord du chemin les citoyens qui vivent dans la précarité... L'assurance maladie obligatoire serait ainsi bien "enrhumée",   en danger d'une privatisation pour les petits risques, alors que le droit fondamental (constitutionnel) assure à tous les citoyens français, depuis 1945, une égalité de prise en charge, quasi gratuite aujourd'hui avec le tiers-payant, de leur maladie....Mais le rhume est-il vraiment une maladie ?

Disons, sans méchanceté, que ce journaliste est plus souvent brillant dans d'autres sujets que celui de la santé ! Il n'est pas très au fait de l'évolution actuelle de notre système de santé, liée notamment à la longévité et aux maladies chroniques du vieillissement. Pourquoi diable choisir le rhume pour aborder des sujets aussi importants ? Une telle caricature de la médecine, offerte au grand public, ne peut laisser indifférents les professionnels de santé, notamment les médecins, qui réfléchissent à l'évolution de la médecine et de ses organisations au XXIème siècle.

Mais finanlement le choix de cette affection "bénigne", dite à "petits risques", nous donne l'occasion d'illustrer à nouveau l'intérêt du téléconseil médical personnalisé, dans un parcours de soin primaire adapté à l'ère numérique.

Tout d'abord, qu'est-ce qu'un rhume ?

Le rhume est une infection virale (le rhinovirus de la famille des picornavirus) très fréquente, touchant les fosses nasales et la gorge. Les symptomes sont connus de tous les citoyens : mal de gorge, éternuements, écoulement nasal, etc. La durée d'un rhume peut être d'une dizaine de jours pour une forme banale non compliquée.

Nous sommes confrontés à de nombreuses agressions virales chaque année, que notre système immunitaire contrôle sans qu'il soit nécessaire d'intervenir par des appoints thérapeutiques qualifiés de "symptomatiques", pour une infection qui guérit toute seule en quelques jours, mais qui peut générer de l'inconfort, comme de la fièvre, des maux de tête, etc..). Le traitement du rhume relève en fait de simples conseils donnés par un médecin ou un autre professionnel de santé (une infirmière, un pharmacien) ou relève tout simplement de l'automédication.

Mais une grippe peut commencer par un rhume banal, ce qui peut inquiéter, notamment en période d'épidémie, les personnes en activité professionnelle, celles-ci craignant de se retrouver en arrêt de travail ou d'avoir à gérer un 'arrêt scolaire de leur enfant.

Autrement dit, peut-on traiter au moment des premiers signes pour prévenir une forme plus sévère ? C'est souvent la raison qui conduit des adultes à chercher l'avis d'un médecin dès l'apparition des premiers signes d'un rhume.

Qu'est ce qui distingue un rhume d'une grippe ? La grippe est également une infection virale par des virus différents de ceux du rhume  (3 types de virus, A, B et C), contre laquelle il est possible de se prémunir par la vaccination, notamment lorsque le système immunitaire est "vieillissant" ou défaillant comme on l'observe dans certaines maladies chroniques (insuffisance rénale, diabète, etc.). Les effets cliniques sont ou deviennent rapidement plus sévères que ceux d'un rhume chez les personnes non-vaccinées : les signes sont généralisés à tout le corps avec de la fatigue, des douleurs musculaires, de la fièvre parfois forte, des maux de tête, etc. Il faut intervenir par des traitements également "symptomatiques", mais un suivi médical s'impose le plus souvent, notamment chez des patients à risque de complications, comme les personnes âgées et celles atteintes de maladies chroniques.

La saison de la grippe s'étend de novembre à avril. La grippe tue chaque année plusieurs milliers de personnes, notamment celles atteintes par le virus A (H1N1), le plus sévère des trois virus, et les personnes fragilisées et immunodéprimées. Par contre, la grippe due au virus de type C peut prendre l'allure clinique d'un simple rhume. C'est la mutation constante des virus de la grippe qui rend difficile une efficacité à 100% de la vaccination.

Le traitement de la grippe est symptomatique en l'absence de complications surajoutées. Il relève d'une consultation médicale préalable lorsque les symptomes sont tels qu'ils empêchent les personnes de mener leurs activités quotidiennes. Il faut alors que le médecin prononce un arrêt de travail pendant quelques jours.  Une consultation médicale initiale en face à face est incontournable chez une personne déjà affaiblie, notamment par une maladie chronique. Un examen clinique approfondi doit être effectué.

Comment un médecin de soin primaire peut gérer l'appel d'une personne qui a un "rhume"Nous allons être très "pratico-pratique" et partir de cas concrets. Le premier cas est français et le deuxième, suisse.

Tout d'abord, en France, le citoyen qui a un problème de santé aigu appelle le cabinet de son médecin traitant.

Il s'entend généralement répondre par le secrétariat du médecin qu'il ne peut avoir un rendez-vous immédiat, et qu'on peut lui en donner un  dans quelques jours. Il est ajouté que si l'état s'aggrave d'ici le rendez-vous, il peut de lui-même se rendre aux urgences hospitalières pour y être examiné par un médecin urgentiste. Cette réponse, généralement, ne satisfait pas la personne qui, en pleine épidémie de grippe, souhaite savoir si les premiers symptomes qui apparaissent préfigurent le développement de la grippe et s'il existe un traitement qui atténuerait la sévérité de la grippe. Elle voudrait éviter d'être obligée de se mettre en arrêt-maladie dans quelques jours alors qu'elle a pris des engagements professionnels importants.

Faut-il alors qu'elle se rende dès à présent aux urgences hospitalières, en fin de journée après son travail et attendre deux à trois heures pour être examinée par un médecin ? Ne vaut-il pas mieux "faire du préventif" et ne pas attendre que son état s'aggrave, pense t'elle en toute bonne foi ? N'y a t'il pas un traitement à prescrire dès à présent pour éviter cette aggravation ? Elle ne comprend pas pourquoi son médecin ne s'organise pas pour voir ses patients lorsqu'ils ont un problème aigu, c'est à dire de facon "non programmée".

Elle décide alors de se rendre aux urgences hospitalières, persuadée qu'elle est qu'un médecin lui donnera le traitement "préventif" d'une aggravation de son état supposé grippal. Elle attendra 3h15 dans le service des urgences hospitalières pour voir enfin un médecin qui l'examinera attentivement et qui analysera tout le bilan biologique et radiologique (poumons) qui lui a été fait de manière systématique dès son arrivée dans le service. Elle saura par la suite que ce check up, pour un état grippal supposé, aura coûté à l'hôpital 238 euros et que celui-ci aura reçu en recette de l'assurance maladie l'équivalent d'une consultation chez le médecin traitant (23 euros). De plus, le médecin urgentiste ne fera aucune ordonnance, recommandant simplement à cette personne de prendre du paracétamol si elle se sent fébrile, paracétamol qu'elle a dans sa pharmacie familiale. Si les symptomes progressent dans les heures suivantes, il lui conseille de garder le rendez-vous programmé avec son médecin traitant.

Le "rhume" s'améliorera spontanément. Ce n'est pas la prise de 2 comprimés de paracétamol à son domicile, au retour des urgences, qui peut expliquer cette amélioration, mais bien l'évolution naturelle de l'infection virale. Il s'agissait donc bien d'un simple rhume et non d'une grippe.

Pour être rassurée sur un rhume, cette personne aura engagée une dépense de près de 250 euros payée par l'Assurance maladie obligatoire ! 

Comment aurait-elle été prise en charge pour le même problème, si elle avait appelé une plateforme de téléconseil médical ?

En France, elle pouvait appeler le 15 qui l'arait mis en contact avec une permanence des soins en médecine générale, proche de son domicile. Cette organisation, mise en place il y a une dizaine d'années, a du mal à fonctionner dans certaines régions pour des raisons qui ne seront pas abordées dans ce billet.

Prenons l'exemple de la Suisse qui a mis en place une telle prestation au début des années 2000. Le citoyen suisse, affilié à l'une de la vingtaine de compagnies d'assurances, doit appeler la plateforme Medgate située à Bâle, plateforme de téléconseil médical, avant de se rendre chez son médecin. Cette prestation est incluse dans les garanties offertes par les assurances suisses.

Le médecin de la plateforme Medgate pose à l'appelant les questions qui lui permettent de distinguer un simple rhume d'un début d'état grippal.

S'il estime qu'un examen physique doit être réalisé (par exemple pour examiner la gorge ou pour ausculter les poumons), il recommande à l'appelant d'aller voir son médecin traitant. Il peut prendre lui-même l'initiative d'organiser la consultation en face à face auprès du vaste réseau des cabinets médicaux affiliés à Medgate.

S'il estime qu'une ordonnance doit être prescrite, il adresse celle-ci directement au pharmacien situé au plus proche du lieu où la personne appelle. Plus de 200 pharmacies suisses sont affiliées à la plateforme Medgate.

S'il estime que les symptomes décrits par l'appelant et précisés par l'interrogatoire permettent d'exclure l'état grippal, il aide la personne à s'automédiquer auprès du pharmacien le plus proche.

S'il estime, dans un contexte d'épidémie, que les symptomes associés au rhume évoquent un état grippal débutant, il recommande à l'appelant de reconsidérer son état sous 48h et de se rendre chez son médecin généraliste traitant si l'état physique s'affaiblit et nécessite un suivi médical. D'ici là, il l'invite à prendre un traitement "symptomatique" prescrit directement chez le pharmacien le plus proche ou recommande une automédication.

En résumé, deux parcours de soin primaire totalement différents !

Le premier, français, est souvent erratique et très coûteux. Il crée de l'insatisfaction dans la population que l'on rapporte, à tort, à une démographie médicale insuffisante. La France fait partie des pays européens où la densité médicale reste élevée, mais mal répartie (ce qui est un autre sujet).

Le second, suisse, est cohérent, car il met le téléconseil médical comme première étape du parcours de soin primaire. Le "petit risque" fait l'objet d'une première évaluation médicale par une plateforme de téléconseil avant que la personne se rende, si c'est nécessaire, en consultation en face à face chez un médecin de soin primaire.

Est-il scandaleux que les complémentaires de santé et assurances privées intégrent dans leurs garanties un tel service ? Une assurance française, qui pratique le téléconseil médical, a augmenté la cotisation en garanties de 3 euros par an pour offrir à tous ses affiliés ce service. Il faut bien sûr que toutes les complémentaires santé offrent ce même service aux quelques 28 millions de salariés français, qui en bénéficient désormais depuis le 1er janvier 2016.

La solution française actuelle, mise en place au début des années 2000 ( prestations non programmées de soin primaire dans les services d'urgence hospitaliersest financée aux hôpitaux par l'Assurance maladie obligatoire à hauteur de 1,5 milliards d'euros/an, alors que le coût réel, identifié en 2007 par la Cour des Comptes, est proche de 6 milliards d'euros/an.....pour un niveau de service médical rendu souvent insuffisant.

La recherche simultanée d'une efficience de notre système de santé et d'une réponse de qualité aux "petits risques" qui touchent nos concitoyens n'est elle pas meilleure que les polémiques de pure nature idéologique ?