La place des pharmaciens d'officine dans les solutions innovantes de la santé connectée

Un des sujets fréquemmment abordés par les promoteurs de plateformes de téléconseil médical personnalisé est le renouvellement d'une ordonnance de médicaments que peut demander un appelant au médecin de la plateforme. Généralement, le renouvellement d'un traitement concerne une affection chronique, comme par exemple une hypertension artérielle ou un diabète de type 2 (non traité par insuline).

Le SAMU-centre 15 a la possibilité réglementaire, depuis 2009, de prescrire une ordonnance par téléphone dans le cadre d'un besoin urgent. Les plateformes privées de téléconseil médical ne le peuvent pas. Bien que cette pratique n'ait pas recueilli un assentiment enthousiaste de la part des pharmaciens d'officine, cette pratique existe tant bien que mal. L'argument avancé par certains pharmaciens est que souvent ces ordonnances pouvaient attendre une consultation médicale chez le médecin traitant. Ils n'apprécient pas d'être déplacés sur leur temps de garde pour des prescriptions médicamenteuses non urgentes, et parfois de complaisance.

Lorsqu'il s'agit d' une maladie chronique, le pharmacien d'officine est autorisé, depuis 2008 (article R5123-2-1 du Code de la santé publique), à renouveler l'ordonnance une fois en attendant que le patient consulte son médecin traitant. C'est une facilité donnée pour que la continuité des soins soit assurée chez les patients atteints d'une maladie chronique. Cette possibilité est souvent méconnue des médecins, notamment des urgentistes du Centre 15, ainsi que des médecins qui animent les plateformes de téléconseil ou de téléconsultation. L'existence du dossier pharmaceutique électronique facilite ce renouvellement d'ordonnance dans le cadre d'une maladie chronique.

Le rôle des pharmaciens d'officine dans l'accompagnement des patients atteints de maladies chroniques est souvent méconnu, alors qu'ils jouent un rôle essentiel dans l'observance des traitements.

Il faut rappeler que la loi "Hôpital, Patients, Santé, Territoire" (HPST) de 21 juillet 2009 a profondément modifié le métier du pharmacien d'officine, en consacrant l’exercice par ce dernier de nouvelles missions de service public. Prévention et dépistage, conseils personnalisés, correspondant d’équipe de soins, etc., sont autant de domaines dans lesquels le pharmacien d'officine peut s’impliquer, confirmant ainsi son rôle clé dans le système de santé, pour une meilleure coordination des soins.

Dans un précédent billet (voir "Cabine en pharmacie" dans la rubrique "On en parle"), nous avons montré l'intérêt pour les pharmaciens d'officine de collaborer au parcours de soin d'un patient atteint de maladies chroniques, en lui offrant la possibilité technique de réaliser des téléconsultations programmées avec son médecin traitant à partir de son officine.

Depuis 2009, le pharmacien d'officine dispose d'un lieu d'échanges confidentiels pour des conseils personnalisés en matière de prévention et d'éducation à la santé. Il peut aussi utiliser cet endroit pour organiser des téléconsultations à proximité du domicile des patients avec les médecins traitantsProfessionnel de santé, avec le consentement du patient, il peut assister à cette consultation à distance, ce qui lui permettra de mieux accompagner ensuite le patient dans sa mission de conseil et d'aide à l'observance des traitements.

Il faut bien évidemment une entente préalable entre le médecin traitant et le pharmacien d'officine sur les objectifs à atteindre. Cette entente est inscrite dans le projet médical organisationnel du parcours de soin et une convention est passée entre le médecin et le pharmacien. Les nouvelles générations de médecins de soin primaire, qui exercent dans les maisons ou pôles de santé pluriprofessionnels, ont compris l'intérêt pour leurs patients d'une telle collaboration professionnelle, notamment pour répondre en partie à la problématique posée par la désertification médicale, alors que la pharmacie d'officine demeure le dernier îlot de santé de proximité dans ces zones désertifiées.

A l'ère des objets connectés et applications mobiles de santé, le pharmacien d'officine a un rôle essentiel à jouer pour aider les patients à choisir les bonnes applications mobiles qui favoriseront une meilleure observance aux traitements.

C'est ce que vient de souligner une excellente revue publiée dans le journal scientifique "Telemedicine and e-Health" : Haase Jamie, Farris Karen B., and Dorsch Michael P.. Mobile applications to improve médication adherence. Telemedicine and e-Health. February 2017, 23(2): 75-79. doi:10.1089/tmj.2015.0227.  Nous rapportons ici un résumé de ce travail et engageons les pharmaciens intéressés à lire cet article en cliquant sur le lien suivant : http://online.liebertpub.com/doi/pdf/10.1089/tmj.2015.0227

Les auteurs rappellent en introduction que certaines applications mobiles peuvent être des outils utiles pour améliorer l’observance des patients à leurs traitements. Prenant acte que les développeurs d"applications mobiles continuent d’améliorer les fonctionnalités de ces applications, les auteurs estiment que les pharmaciens d'officine devraient être au courant des offres actuelles du marché disponibles pour les patients. Ils rappellent qu'il existe quelques études disponibles qui analysent de façon critique et scientifique les caractéristiques de ces applications mobiles pour ne retenir que celles qui sont les plus fiables et les plus faciles à utiliser par les patients.

Le but de cette revue était donc de comparer plusieurs applications mobiles disponibles et d’identifier les fonctionnalités d'une application idéale qui améliorerait l’observance des patients à leurs traitements.

La méthode d'analyse suivie : à compter de septembre 2014, les termes de recherche « respect des traitements » et « rappel des traitements » ont généré dans la littérature un total de 225 propositions. Les fonctionnalités de l’application idéale ont été alors utilisées pour créer un Score d’Application qui puisse permettre d'identifier les applications qui avaient le plus grand nombre de fonctionnalités idéales.

Résultats :  les auteurs ont identifié 30 applications écrites en anglais, associées à des prises de médicaments. La  dernière mise à jour datait de 2014 et aucune n'avait des critères d’exclusion. Les cinq meilleures applications pour les auteurs de cette étude étaient RxNetwork, Mango Health, MyMeds, C3HealthLink et HuCare. Ces cinq applications sont annalysées en détail.

Discussion : Pour les auteurs,  il existe dans la littérature médicale de nombreuses études qui analysent l'observance des patients à leurs traitements. Toutefois, aucune étude jusqu'en 2016 ne s'est intéressée à la place des applications mobiles dans l'amélioration de l’observance aux traitements. Cet article a pour ambition de fournir un premier aperçu des applications mobiles disponibles dans ce domaine et des fonctionnalités qui peuvent servir aux pharmaciens pour aider les patients à améliorer l'observance aux traitements.

Conclusions : Les auteurs concluent qu'il existe aujourd'hui des applications mobiles pour améliorer l’observance aux traitements. Ces applications mobiles présentent des fonctionnalités idéales pour aider les patients à prendre les médicaments prescrits. Ils pensent que les pharmaciens d'officine, connaissant ces fonctionnalités idéales, pourraient commencer à recommander à leurs patients ces applications mobiles.

 

Commentaires. On peut bien évidemment regretter que ce travail n'ait concerné que des applications mobiles commercialisées en langue anglaise. Il existe probablement des applications de même qualité en langue française, ayant les mêmes fonctionnalités. L'intérêt de présenter ce travail de qualité est de faire découvrir aux pharmaciens d'officine français leur place actuelle et à venir dans les offres de la santé connectée qui concernent directement leurs missions.