La santé connectée au service de l'éducation à la santé et de la prévention primaire

Les publications qui abordent la prévention par les outils de la santé connectée des facteurs de risque de maladies chroniques chez les sujets âgés sont encore méconnues. Les auteurs de cette revue en font une analyse bibliographique exhaustive dans PubMed.

Kampmeijer R, Pavlova M, Tambor M, Golinowska S, Groot W. The use of e-health and m-health tools in health promotion and primary prevention among older adults: a systematic literature review. BMC Health Serv Res. 2016 Sep 5;16 Suppl 5:290. doi: 10.1186/s12913-016-1522-3. Review

CONTEXTE

De nombreuses maladies chez les personnes âgées sont partiellement ou entièrement évitables si les personnes s’engagent dans un mode de vie sainPar exemple, l’activité physique et une bonne alimentation peuvent aider à prévenir l’obésité, les maladies cardiaques, l’hypertension artérielle, le diabète et même les décès prématurés. Bien que l’importance d’un mode de vie sain soit connue, les adultes âgés de 50 ans et plus sont souvent physiquement inactifs et ainsi exposés à plusieurs risques.

Si les technologies de l'e-santé et la m-santé dans la population jeune se développent de plus en plus, notamment pour le "quantified-self" en santé, leur utilisation dans la promotion de la santé et la prévention primaire chez les personnes âgées est en grande partie inexplorée. Notre travail avait deux objectifs essentiels : le premier était d'identifier les outils de l'e-santé et m-santé utilisés dans les programmes de prévention, le deuxième était de préciser les déterminants qui ont conduit à choisir ces outils. 

Cette étude fournit ainsi un examen systématique des éléments de preuve sur la portée de l’utilisation des outils de l'e-santé et de la m-santé dans la promotion de la santé et la prévention primaire chez les personnes âgées de 50 ans et plus.

METHODES

Une analyse documentaire systématique a été conduite en octobre 2015. La recherche de publications pertinentes a été faite avec le moteur de recherche PubMed. Les critères d’inclusion principaux étaient : l'identification des outils d'e-santé et de la m-santé utilisés, l'âge des participants (50 ans et plus), des travaux mettant l’accent sur la promotion de la santé et la prévention primaire, tous les articles publiés en anglais dans la dernière décennie, et un accès à la totalité de l'article. Le texte des publications a été analysé sur deux thèmes : les caractéristiques des outils de l'e-santé et de la m-santé et les déterminants de l’utilisation de ces outils par les adultes âgés de 50 ans et plus. La qualité des études examinées a été évaluée.

RESULTATS

Les premières recherches ont débouché sur 656 publications. La majorité des publications datait de moins de 4 ans et 33% de moins de 2 ans, Après que nous ayons appliqué les critères d’inclusion et d’exclusion, 45 publications ont été sélectionnées pour une analyse approfondie. Seulement 28 étaient des études randomisées. Dans les publications examinées, divers types d’outils de l’e-santé/m-santé ont été recensés, à savoir des applications mobiles sur smartphones, des sites Web, des appareils de vidéo consultation et des webinaires (seminaires be to be sur web).

Dans 21 publications, un site Web était signalé comme un service de l'e-santé. Par exemple, un site Web offrait un programme d’aide à la réduction du poids et les participants pouvaient entrer leurs données personnelles et planifier leurs propres objectifs. Le site Web peut aussi aider à atteindre les objectifs à partir de commentaires recueillis. Le site Web peut également diffuser de l’information sur la prévention primaire ou la promotion de la santé. Deux publications rapportaient des applications mobiles sur smartphone.

Dans 15 publications, l’utilisation d'outils périphériques est décrite. La plupart de ces appareils sont utilisés pour recueillir des données de santé, par exemple, un podomètre connecté pour compter les pas. 4 publications rapportaient l’utilisation de système de vidéo consultation pour éviter que les patients se déplacent dans un établissement de santé. Les participants utilisaient des programmes comme Skype pour avoir une teleconsultation avec l’infirmière ou le médecin généraliste.

Dans 13 publications, les auteurs déclarent utiliser la télésanté pour livrer des webinaires en ligne. Ici, les gens peuvent participer à un cours ou à un programme de formation. Il existe en particulier des webinaires pour aider les aînés à conserver une activité physique ou à travailler sur leur comportement vis à vis de l'alimentation.

La plupart des publications retenues (60 %) étaient des études réalisées aux Etats-Unis. Dans 37 % des publications, seule la population âgée de 50 ans et plus était étudiée, tandis que pour le reste des publications, des groupes spécifiques de personnes âgées (p. ex. femmes souffrant de surcharge pondérale) étaient étudiés. Les publications indiquaient les facilitateurs et les obstacles rencontrés.

Sept facteurs favorisant l'usage de l'e-santé et de la m-santé pour l'éducation à la santé et la prévention primaire ont été identifiés : en premier lieu, la motivation et le soutien aux acteurs, ainsi que les commentaires faits par d'autres participants (groupes en ligne), figurent dans 12 publications. Dans 4 autres publications, l'autodétermination et l'autorégulation vis à vis de l'usage de ces programmes par les personnes âgées elles-mêmes sont considérées comme également facilitateurs.  De même, la définition partagée des objectifs à atteindre et l'accompagnement dans l'usage des outils sont aussi considérés comme des facteurs positifs, de même qu'une récompense financière lorsque les objectifs ont été atteints. La convivialité des outils, leur simplicité d'usage dans l'accessibilité aux programmes, de même que l'usage de la langue maternelle sont les autres facteurs.

Cependant, sept catégories d'obstacles peuvent bloquer l'usage des outils de l'e-santé et de la m-santé. Les deux premières catégories correspondent à des obstacles d'ordre personnel : le manque de temps ou la nécessité de pouvoir interrompre puis reprendre l'usage de l'outil nécessite que ces outils soient d'utilisation facile et souple. Ces points sont soulignés dans six publications.  Plusieurs publications signalent aussi les coûts d'utilisation trop élevés pour les personnes à bas revenus. Enfin, le manque de motivation et d'accompagnement de la personne âgée sont les autres facteurs personnels bloquants. L'absence de soutien d'un groupe en ligne est également vécu comme un facteur négatif. Le manque d'information claire sur l'usage de l'objet connecté est signalé dans quatre publications. Les autres facteurs bloquants sont d'ordre sociodémographiques, notamment l'incapacité de certaines personnes âgées à se connecter à internet ou de comprendre le fonctionnement des objets connectés due à une compétence insuffisante. La nécessité d'un accompagnement de l'usage est souligné dans toutes les publications. 

CONCLUSIONS

Les outils d’e-santé et de la m-santé sont utilisés par des adultes âgés dans les programmes de promotion de santé divers, notamment en dehors des émissions TV officielles, pour contrôler et améliorer leur santé. Ce dernier aspect d'usage est en fait peu étudié. L’utilisation efficace des outils de e-santé/m-santé dans les programmes de promotion de la santé et de prévention par les personnes âgées de 50 ans et plus dépend beaucoup de la motivation de ces personnes, des soutiens qu'elles reçoivent dans l'usage de ces outils de l'e-santé et de la m-santé, ainsi que dans les coûts d'utilisation.

COMMENTAIRES Peu d'études dans la littérature médicale abordent la question de l'usage des outils de la santé connectée chez les personnes âgées. C'est le mérite de cette revue de la littérature très exhaustive puisque les auteurs ont regardé près de 660 publications d'études réalisées dans les dix dernières années. Trois commentaires peuvent être faits.

Tout d'abord, moins de 10 % des études publiées sont recevables au plan scientifique, notamment à cause d'une insuffisance méthodologique, laquelle ne permet pas de démontrer un impact réel de l'usage de ces objets dans la population considérée, généralement touchée par des maladies chroniques du vieillissement. Il y a donc de gros efforts académiques à conduire pour que les études médicales publiées soient crédibles. Si le traitement par l'intelligence artificielle des publications médicales va se développer pour éclairer les décisions médicales, réel espoir pour les professionnels de santé, encore faut-il que les publications traitées par l'IA soient scientifiquement recevables pour donner des informations fiables. 

Ensuite, il existe une réelle fracture numérique d'origine générationnelle. Nous l'avons déjà rapportée sur ce site (voir le billet "santé connectée (9) dans la rubrique "Revue et Publications"). Les facteurs qui favorisent ou bloquent l'usage des outils de l'e-santé et de la m-santé dans des programmes d'éducation à la santé et de prévention primaire et secondaire chez les personnes âgées sont surtout centrés autour de la motivation ou non des personnes et de leur soutien ou accompagnement par des conseillers en santé, des professionnels de santé, voire par des groupes de personnes ou patients qui ont le même usage de ces outils. Ce rôle de soutien et de formation à l'usage pourrait être confié à des patients formés. On voit ainsi là l'intérêt des récentes initiatives prises par certaines universités françaises qui délivrent des formations diplômantes à des e-patients (voir le billet "Tous des e-patients dans la rubrique "Edito de semaine") qui auraient en charge l'accompagnement de patients moins compétents.

Enfin, cette étude pose la question, non encore résolue en France, du nécessaire label qui devrait être attribué à certains outils de l'e-santé et de la m-santé afin de conforter les choix des patients et des professionnels de santé, et couvrir ainsi les responsabilités engagées par la prescription et l'usage de ces outils. La forte chute de fiabilité scientifique constatée dans cette revue de la littérature, après d'autres (voir le billet "Santé mobile" dans la rubrique "Edito de semaine"), montre que la labellisation des outils se heurtera pendant encore quelques années à la crédibilité des résultats publiés par les concepteurs et fournisseurs de ces outils.