14 ans d'expérience de prise en charge des urgences neurologiques par télémédecine en Franche Comté

C'est la plus grande expérience française en télémédecine neurologique qui vient d'être publiée le 18 janvier 2018 dans la revue internationale Telemedicine Journal and E health. Cette expérience française pionnière est née en Franche Comté sous l'impulsion du Pr Thierry Moulin, neurologue et responsable des urgences neurologiques au CHU de Besançon. Elle a permis de développer en France un modèle organisationnel du télé-AVC dans le programme prioritaire de télémédecine lancé en juin 2011 par les pouvoirs publics. 

Medeiros de Bustos E, Berthier E, Chavot D, Bouamra B, Moulin T.Evaluation of a French Regional Telemedicine Network Dedicated to Neurological Emergencies: A 14-Year Study.  Telemed J E Health. 2018 Jan 18. doi: 10.1089/tmj.2017.0035. [Epub ahead of print]

CONTEXTE

L'égalité de soins entre les zones urbaines et rurales pose un problème en France comme dans d'autres pays développés qui connaissent un fort développement de l'urbanisation. Les réseaux de télémédecine ont été développés pour aller vers une égalité de compétences médicales grâce aux echanges entre le médecin demandeur non spécialiste et le médecin spécialiste expert par téléconsultation ou téléexpertise. L'objectif de cette revue d'une expérience de 14 ans était d'évaluer l'utilisation et l'impact d'un réseau régional de télémédecine sur les transferts interhospitaliers (hôpitaux périphériques - cHU) de patients vivant dans une région rurale française. Ce réseau de télémédecine est dédié aux urgences neurologiques médicales et chirurgicales.

METHODES

Huit services d'urgence d'hôpitaux périphériques de la région étaient connectés à distance au seul hôpital universitaire de Franche-Comté, le CHU de Besançon. Nous avons prospectivement obtenu des données de tous les patients admis consécutivement dans les services d'urgences de la région et ayant reçu une expertise médicale neurologique ou neurochirurgicale par télémédecine de janvier 2002 à décembre 2015 du service de neurologie du CHU. Les raisons qui conduisaient à demander l'expertise neurologique, le nombre d'avis demandés, ainsi que les transferts interhospitaliers ont été analysés. L'impact économique a été évalué en estimant le coût des transferts évités.

RESULTATS

Un total de 23 710 patients ont eu des téléconsultations neurologiques au cours de la période étudiée. Le réseau a été utilisé par chacun des services d'urgences des hôpitaux périphériques de cette région (indépendamment de l'existence d'équipes neurologiques locales). Les téléconsultations étaient en majorité réalisées pour des patients en phase aiguë d'accident vasculaire cérébral (AVC) (30%) et de patients ayant un traumatisme crânien ou de la colonne vertébrale (médullaire) (36%). Les tumeurs cérébrales ne représentaient que 9% des téléconsultations neurologiques. En 2015, 75% des patients admis dans les hôpitaux périphériques, dépourvus d'expertise neurologique sur place, ont pu bénéficier d'une télé-expertise neurovasculaire donnée par l'équipe neurologique du CHU de Besançon. Le taux de patients thrombolysés a considérablement augmenté durant la période de l'étude (9,9%) et 33,5% des thrombolyses ont été réalisées par télémédecine (télé-AVC). Le nombre de patients examinés par télémédecine et admis ensuite au CHU pour traumatismes cranien ou de la colonne vertébraie (médullaire) a également augmenté au cours de la période de l'étude (12% et 21%, réspectivement). Les transferts interhospitaliers secondaires ont été réduits de moitié pour les deux pathologies.

CONCLUSIONS

Les réseaux de télémédecine interhospitaliers facilitent l'évaluation neurologique en phase aiguë d'un AVC ou d'un traumatisme cranien ou médullaire. Ils empêchent ou réduisent les transferts interhospitaliers secondaires inutiles. L'économie réalisée sur les transports sanitaires a été estimée à 3,5 millions d'euros.

COMMENTAIRES La France a été pionnière dans le domaine du télé-AVC puisque l'équipe neurologique du CHU de Besançon a participé dès 2002 à l'étude européenne pionnière TEMPIS, lancée par le Pr Audebert de Munich (aujourd'hui à l'hôpital de la Charité à Berlin). Cette expérience a été utile pour développer l'organisation du télé-AVC en France à partir de 2011 suite au plan AVC décidé par le Ministère de la santé en 2009. Il faut saluer ce travail remarquable qui démontre l'intérêt d'un réseau de télémédecine régional pour améliorer l'accès aux avis spécialisés hopsitaliers et éviter les transferts inutiles vers un CHU. L'expérience de la région Franche Comté représente ainsi un beau modèle organisationnel d'une filière neurologique au sein d'un territoire devenu depuis 2016 un Groupement Hospitalier de Territoire.  

19 janvier 2018