Quel usage de la téléconsultation en Afrique pour faire face à la pandémie Covid 19 ?

La pandémie au Covid 19 commence à toucher le continent africain. Comment les pays de l'Afrique subsaharienne se préparent-ils à affronter l'épidémie ? La télémédecine peut-elle être utile dans cette situation inédite comme elle l'est dans les pays développés ? L'Afrique n'est pas l'Europe. Si les mesures barrières, le port d'un masque et la distanciation sociale font partie de la stratégie de communication des dirigeants africains vers leurs concitoyens comme elle l'est dans les autres pays, la grande différence est que le message des autorités sanitaires africaines n'est pas de "restez-chez vous" si vous êtes malades du Covid, mais "venez à l'hôpital ou allez au dispensaire le plus proche de votre domicile".

Comment alors les hôpitaux et dispensaires africains s'organisent-ils pour recevoir les patients Covid 19 ? Comment la télémédecine peut les aider à suivre les patients Covid, mais aussi non Covid ? La téléconsultation peut-elle aider les soignants à se protéger d'une contamination dans une situation où les moyens de protection font défaut ?

Une grande pénurie de masques FFP2 et de blouses de protection jetables

Si le débat en Europe est celui d'une pénurie relative des masques FFP2 chez les soignants de ville, alors qu'il n'y a pas de pénurie chez les soignants hospitaliers exposés au Covid, les hôpitaux africains manquent cruellement de masques FFP2. Les soignants ne sont donc pas protégés d'une contamination extérieure. Il en est de même des blouses de protection jetables. La solution hydroalcoolique reste rare. le lavage des mains est en revanche très développé en Afrique subsaharienne. Cette séance d'ablution est constante lorsque vous vous rendez dans un restaurant africain.

L'Afrique a au moins un atout par rapport à la "vieille Europe": sa population est très jeune, ce qui lui permettra d'avoir davantage de formes bénignes de l'infection Covid. En Europe les 3/4 des formes graves ont touché des personnes âgées de plus de 70 ans. Or en Afrique subsaharienne, l'espérance de vie à la naissance dépasse aujourd'hui rarement les 65 ans (voir le billet " E-sante/TLM/Afrique" dans la rubrique "TLM sans frontières").

L'Afrique a aussi ses propres faiblesses en santé : les africains sont plus sujets à l'hypertension, au diabète, aux maladies cardio-vasculaires en général, ce qui rend les adultes jeunes plus vulnérables aux formes graves du Covid 19. Les adultes jeunes d'origine afro-américaine ont été les principales victimes de l'infection virale aux Etats-Unis. Ils cumulent plusieurs comorbidités, dont l'obésité et le diabète.

Les patients africains Covid 19 sont priés de venir à l'hôpital ou au dispensaire le plus proche de leur domicile. 

Cette stratégie de santé publique est l'inverse de celle préconisée en Europe où le confinement au domicile est recommandé, seuls les cas compliqués et graves devant être hospitalisés. Toutefois, l'état d'urgence sanitaire décrété au Sénégal et en Côte d'Ivoire demande aux citoyens de limiter leur déplacement.

Se pose alors la question du risque de contamination des personnels soignants et des autres malades hospitalisés si des mesures d'isolement ne sont pas prises dès l'entrée à l'hôpital. L'exemple italien est dans tous les esprits. L'hôpital de Codogno a accueilli des patients Covid 19 aux urgences et les a hospitalisés ensuite dans les services de médecine où ils ont contaminé les autres patients déjà hospitalisés. 

C'est la raison pour laquelle les responsables sanitaires africains ont décidé de créer dans chaque hôpital des salles d'accueil aux urgences et des lieux d'hospitalisation uniquement dédiés aux patients Covid, à l'instar de ce qui est fait en Europe avec les centres Covid pour les consultations externes de médecine générale. 

Les solutions numériques souhaitées par les responsables sanitaires africains

Les pays africains ont besoin d'une solution numérique qui soit simple d'accès, suffisamment agile pour s'adapter aux différents cas d'usage. Cette solution numérique doit être sécurisée, car la plupart des gouvernements africains sont désormais très attentifs à la protection des données personnelles de santé de leurs concitoyens et à leur hébergement dans leur propre pays. Ils récusent les plateformes étrangères qui stockent sur leurs serveurs les données de santé de leur pays.

Les fonctionnalités souhaitées sont la videotransmission, l'échange de données sécurisées entre le patient et le médecin téléconsultant, et entre les médecins entre eux dans le cadre de téléexpertises synchrones par Visio, la possibilité de transférer de l'imagerie pour de la télé dermatologie (photos de la peau), de la télé radiologie (images numérisées radiologiques), de la télé echographie (photos numérisées) ou de la télé cardiologie (ECG visionné ou scanné en PDF). 

Au moins trois cas d'usage sont aujourd'hui identifiés en Afrique subsaharienne en période de Covid 19.

La téléconsultation de médecine générale intra-hospitalière. C'est la solution idéale pour consulter un patient Covid 19 qui se trouve dans une salle d'urgences ou d'hospitalisation dédiée au Covid. Les patients sont pris en charge par des personnels soignants bien protégés et le médecin téléconsulte de son bureau situé à l'intérieur de l'hôpital. Il est ainsi protégé d'une contamination. Il peut faire une téléconsultation de qualité avec la présence d'une infirmière ou d'un infirmier au côté du patient. 

La téléconsultation spécialisée pour les patients atteints de maladies chroniques ou pour la surveillance des femmes enceintes. Comme dans de nombreux pays, la surveillance des patients atteints de maladies chroniques est devenue difficile en période de Covid 19, d'une part, parce que l'état d'urgence sanitaire limite les déplacements des personnes, d'autre part, parce que les médecins spécialistes veulent se protéger d'une possible contamination d'un porteur du Covid asymptomatique au moment de la consultation. Pour les femmes enceintes ayant une grossesse à risque, le gynécologue-obstétricien hospitalier ou d'exercice privé peut réaliser une téléconsultation d'une patiente qui est assistée d'une sage-femme ou d'une infirmière.

La téléexpertise synchrone par videotransmission entre les différents centres hospitaliers. Dans certains pays africains, tels que le Sénégal et la Côte d'Ivoire, un CHU de référence sur le Covid 19 a été identifié. Les médecins des hôpitaux régionaux (2ème niveau) ou locaux (3ème niveau), voire les soignants des dispensaires communautaires, peuvent avoir besoin de recueillir l'avis d'un expert en infectiologie qui se trouve dans le CHU de référence (1er niveau). 

D'autres cas d'usage seront certainement identifiés avec le développement des pratiques de télémédecine.

En résumé, comme dans de nombreux pays à travers le monde, la pandémie au Covid 19 est l'occasion inédite de transformer les organisations traditionnelles et de définir des cas d'usage compatibles avec les pratiques de télémédecine. Des solutions numériques simples, agiles et sécurisées permettent aux pays africains d'adhérer rapidement à ces nouvelles pratiques médicales à distance. Nul doute que cette transformation numérique rapide du système de santé africain est facilitée par la mise à disposition gracieuse pendant la période Covid de plateformes numériques européennes à la fois simples d'usage et performantes dans les soins délivrés. Il est probable que les habitudes professionnelles qui auront été prises pendant cette période perdureront après l'épidémie.

21 avril 2020