Que faut-il retenir de l'enquête réalisée par CSA pour France-Assos-Santé ?

"Les Français et la e-santé : usage en progression, mais un fort besoin de formation et d'accompagnement ", tel est le titre choisi par France Assos Santé sur son site web pour présenter les résultats de l'enquête que l'association a commandée à l'institut de sondage CSA.

https://www.france-assos-sante.org/actualite/teleconsultation-une-pratique-deja-entree-dans-les-habitudes-des-francais/

Quels étaient les objectifs de l'enquête ?

1) Identifier le niveau de satisfaction des Français vis à vis de la téléconsultation et préciser les avantages et les limites de la pratique.

2) Mesurer la connaissance des Français sur le Dossier Pharmaceutique et sur le Dossier Médical Partagé.

3) Mesurer la connaissance et l'opinion des Français sur Mon Espace Santé et son fonctionnement

Des sondages en ligne représentatifs de la société française

Un questionnaire auto-administré en ligne via un panel propriétaire. Le sondage s'est déroulé du 17 au 25 juin 2021. L'échantillon était représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus (méthode des quotas avec redressement effectué sur les mêmes critères), soit 1510 Français dont 497 étaient porteurs d'une maladie chronique ayant nécessité des traitements et un suivi médical dans les 12 mois précédant l'enquête.

Que faut-il retenir de cette enquête ?

Les Français utilisent par ordre décroissant plusieurs services d'e-santé.

Le service numérique d'Ameli.fr (67%), le service de prise de rendez-vous en ligne (59%), la plateforme sécurisée d'un laboratoire d'analyses médicales pour l'obtention des résultats (39%), le DMP (24%), la plateforme sécurisée d'un hôpital ou d'une clinique (15%), la plateforme Santé.fr mise en place par le ministère de la Santé pendant la période Covid-19 (10%), le dossier pharmaceutique (5%). 

En résumé, 88% des Français utilisent au moins l'un de ces services numériques (2,5 services en moyenne). Les patients atteints de maladies chroniques les utilisent un peu plus souvent que la population générale (2,7 services).

Deux-tiers des personnes interrogées ont confiance dans la sécurisation de leurs données personnelles de santé, mais seulement 25% sont informés sur leur droit d'opposition.

La téléconsultation est surtout programmée, grâce à des plateformes de rendez-vous.

63% des 30% de Français qui ont eu recours à une téléconsultation l'ont obtenue par une plateforme de prise de rendez-vous, 27% directement par leur médecin traitant grâce à un lien que ce dernier a envoyé, 4% l'ont eu dans une pharmacie et 2% via une cabine de téléconsultation disponible dans des lieux collectifs.

Parmi les 30% de Français qui ont eu une téléconsultation en 2020 et 1er semestre 2021 (7% en 2019), 45% étaient âgés de 18 à 34 ans et 43% habitaient la région parisienne. Chez les personnes âgées de 65 ans et plus, ils n'étaient que 12% à avoir utilisé eu une téléconsultation.

Le délai moyen de rendez-vous d'une téléconsultation a été en moyenne de 5 jours, soit sensiblement le même qu'une consultation de soin primaire en présentiel (6 jours, enquête DREES 2018). Toutefois, 46% des personnes qui ont obtenu une téléconsultation pensent que le délai a été plus rapide que pour une consultation en présentiel. 22% des Français ne sont pas satisfaits de la téléconsultation, soit un taux comparable à de précédents sondages réalisés en 2020 après les confinements (http://www.telemedaction.org/447449615).

Par rapport à la consultation en présentiel, le seul avantage de la téléconsultation est un "meilleur confort physique" pour 36% des Français. Les autres critères de qualité de prise en charge (intimité, confort mental, écoute du médecin, communication d'information, continuité et coordination des soins) sont identiques en téléconsultation et en consultation en présentiel.

Les deux-tiers des utilisateurs de la téléconsultation se sentent aussi à l'aise qu'en présentiel et jugent inchangée la relation avec le médecin. La durée de la téléconsultation est considérée plus courte qu'une consultation en présentiel par 35% des utilisateurs et plus longue par 15%, 50% l'estimant de même durée.

Pour l'utilisateur, la téléconsultation peut être réalisée "n'importe où" (93%), représente un gain de temps (91%), protège contre un risque d'infection par le coronavirus (90%), permet d'obtenir plus rapidement une consultation d'urgence (80%). Pour 67% des utilisateurs, la téléconsultation serait une alternative à la consultation présentielle, pour 13% elle ne peut la remplacer et pour 20% elle peut la remplacer.

Les principales limites de la téléconsultation sont techniques : accès au numérique et soucis de connexion pour un tiers des Français.  

Le DMP est connu des Français, mais peu utilisé, et le DP est pratiquement méconnu.

78% des Français ont entendu parler du DMP et 50% savent de quoi il s'agit. Seuls 39% ont entendu parler du DP. 35% des Français ont ouvert un DMP. Ils sont un peu plus nombreux chez les patients (45%). Le DMP est surtout présent chez les Français âgés de 65 et plus (42%). Deux-tiers des Français qui ont ouvert un DMP l'ont fait eux-mêmes, 18% par leur médecin et 15% par un autre professionnel.

56% des 35% de Français qui ont ouvert un DMP l'utilisent, dont 26% régulièrement. Ceux qui ne l'utilisent pas invoquent un oubli (48%), le fait que leur médecin n'y verse pas ses comptes rendus (31% ou qu'ils ne savent pas à quoi il sert (15%). Parmi les 11% des Français qui possèdent un DP et la moitié ignore en posséder un. 40% des Français associent le DMP au partage, à l'hébergement et à la centralisation des informations. La connaissance des bénéfices du DMP est plus importante chez les détenteurs. 70% des Français ne savent pas à quoi sert le DP.

Mon Espace Santé (MES) suscite de l'intérêt auprès des Français, mais seulement 14% en ont entendu parler, 6 mois avant sa mise en oeuvre.

Lorsqu'on explique aux Français le contenu de MES, 80% se disent intéressés d'apprendre qu'il contiendra un DMP, 79% qu'il leur permettra d'accéder à Ameli.fr, 77% qu'ils auront une messagerie sécurisée pour communiquer avec les professionnels de santé; 76% qu'ils pourront gérer leurs rendez-vous médicaux, 65% qu'ils auront accès à un catalogue de services regroupant les applications de santé labellisées par l'Etat, 38% qu'ils auront acc-s à des plateformes de téléconsultation.

Si la plupart des Français considèrent MES comme un facilitateur dans le parcours de santé (80 à 86%), 74% des Français estiment que MES créera une fracture sociale entre ceux qui ont accès au numérique et ceux qui ne l'ont pas et 54% que MES sera un facteur de deshumanisation de la santé. 56% des Français identifient au moins un frein à la création de MES (confidentialité des données, trop compliqué, pas à l'aise avec le numérique, etc.)

Conclusions et commentaires

Le lecteur pourra retrouver les conclusions du CSA et de France-Assos santé à la fin du l'étude. Le titre choisi par l'association des usagers de la santé est un excellent résumé : usage en progression, mais un fort besoin de formation et d'accompagnement.  

Nous voudrions ajouter nos propres commentaires en répondant aux trois objectifs que s'était fixée l'enquête.

1) Les Français sont-ils satisfaits de la téléconsultation ? 

A la lumière de cette enquête la réponse doit être plus nuancée que celle donnée dans les enquêtes précédentes de 2020 (http://www.telemedaction.org/447449615)

Tout d'abord, l'enquête montre que la téléconsultation est recherchée surtout par les adultes jeunes et en activité professionnelle (88% des moins de 65 ans) alors que la population plus âgée (65 ans et plus) a peu utilisé cette pratique à distance, les 12% étant probablement surestimés par les périodes de confinement. Il nous semble donc difficile de positionner la téléconsultation comme une alternative à la consultation présentielle dans le parcours des patients atteints de maladies chroniques du vieillissement. Des études de faisabilité sont nécessaires.

Il ressort aussi de cette enquête que la téléconsultation est bien vécue par les populations jeunes comme un "confort personnel", notamment en région parisienne où la pratique est dominante par rapport au reste de l'hexagone : elle peut se réaliser "n'importe où", elle permet à la personne qui téléconsulte de "gagner du temps" et d'être autant satisfaite de la prise en charge médicale que si elle s'était rendue chez un médecin. 

Enfin, l'accès aux soins primaires n'est pas plus rapide, puisque le délai moyen du rendez-vous de téléconsultation (5 jours) est comparable à celui d'une consultation en présentielle (6 jours).

Il faudra probablement à l'avenir distinguer la téléconsultation dans une population jeune en activité qui la requiert pour des questions de confort personnel et professionnel, de la téléconsultation chez les personnes âgées atteintes de maladies chroniques qui doit relever d'autres critères organisationnels que ceux de la population jeune, en particulier de la nécessité d'une assistance médicale et numérique puisque 70% de de cette population âgée est touchée d'illectronisme (http://www.telemedaction.org/450497110). 

2) Les Français connaissent-ils le DMP et le DP ?

Le moins que l'on puisse dire, c'est que cette enquête ne montre pas un intérêt des Français pour ces deux services numériques. Et pourtant, on parle du DMP depuis plus de 15 ans. Manifestement, le changement de porteur du projet en 2016 (l'Assurance maladie a remplacé l'ASIP santé) n'a pas suffi à relancer le DMP. Moins de 10 millions ont été ouverts, alors qu'on en attendait 40 millions en 2022. 

En revanche, ce qui est intéressant à souligner, c'est que l'intérêt pour le DMP se manifeste surtout dans la population des 65 ans et plus, c'est à dire celle atteinte de maladies chroniques. Aujourd'hui, moins de 20% des Français utilisent un DMP et plus de la moitié sont des personnes âgées de 65 ans et plus. Ne faudrait-il pas porter l'effort d'accompagnement numérique auprès de cette population qui en a le plus besoin pour la coordination des parcours de soins ?

Le DP est certainement utile au pharmacien pour sa mission d'accompagnement des thérapeutiques au long cours. Il faut qu'il soit bien évidemment connu des patients, et il l'est à l'évidence des populations âgées de 65 ans et plus qui en ont le plus besoin.

3) Les Français sont-ils prêts à utiliser MES à compter du 1er janvier 2022 ?

Manifestement pas, car ils ne sont que 14% à en avoir entendu parler, 6 mois avant son ouverture à l'ensemble des citoyens français...Il est vraisemblable que la campagne nationale d'information lancée par l'ANS en septembre fera bouger ces chiffres qui datent de juin 2021. Mais si on considère que deux mois après le lancement de l'expérimentation en Haute-Garonne, seulement 3,5% de la population de ce département pilote a ouvert MES https://www.ticsante.com/story/5869/ens-35-d-activations-en-haute-garonne.html) on peut s'interroger sur la motivation des Français pour activer leur MES à partir du 1er janvier 2022.

Si on reprend le commentaire fait pour le DMP, ce dernier intéressant surtout les personnes de 65 ans et plus dans l'enquête, on peut se demander si ce n'est pas cette même population qui sera intéressée par MES. Mais 70% des personnes âgées sont touchées d'illectronisme. (http://www.telemedaction.org/450497110) Il faudrait donc très rapidement leur apporter une assistance numérique pour qu'elles puissent activer leur MES. On ne peut que reprendre le titre de la communication de France-Assos-Santé sur les résultats de cette enquête : un fort besoin de formation et d'accompagnement !

28 septembre 2021