Le Télé soin infirmier aux États-Unis (1)

Le métier d'infirmier est en pleine transformation dans de nombreux pays dont la France qui a promulgué le 29 juin 2025 une nouvelle loi sur la profession d'infirmier (https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000051806032/2026-07-27).

Les États-Unis ont été pionniers dans cette transformation, comme le rappelle cette revue faite par des cadres infirmiers de la Kaiser Permanente de la Californie du Nord.

Nous résumons dans deux billets successifs les principaux messages du numéro spécial "Innovation in Critical Nursing" de la revue Critical Care Nursing Clinics of North America, consacrés au "Virtual Nursing Opportunities and Impact".

Ils intéresseront à n'en pas douter les infirmières et les infirmiers français(es) qui adoptent les soins infirmiers à distance. Le télésoin pour les professions paramédicales (auxiliaires médicaux et pharmaciens) a été créé en France par la loi du 24 juillet 2019 relative à l'Organisation et à la Transformation du Système de Santé (OTSS) (https://www.legifrance.gouv.fr/codes/section_lc/LEGITEXT000006072665/LEGISCTA000038841872), laquelle a été suivie du décret d'application relatif à la télésanté du 3 juin 2021 (https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000043596730/2026-07-27).


Virtual Nursing: Opportunities and Impact. Martinez VA, Sulit R, Bertrand L, Buckley J.Crit Care Nurs Clin North Am. 2026 Jun;38(2):165-182. doi: 10.1016/j.cnc.2026.01.001. Epub 2026 Mar 3.PMID:4210341


Dans ce premier billet, les infirmières américaines de Kaiser permanente rappellent l'histoire des soins infirmiers distanciels aux États-Unis, l'importance du dossier médical électronique (DME) pour leur développement, la situation actuelle de cette activité de soins infirmiers distanciels et les obstacles qui restent à surmonter.


INTRODUCTION 


La convergence des pénuries de ressources humaines, de l'augmentation de la progression des patients chroniques et du passage aux soins basés sur la valeur a catalysé une transformation soutenable dans la prestation des soins infirmiers.  Les soins infirmiers "distanciels", définis comme la prestation à distance des soins infirmiers à l'aide d'outils numériques, émergent comme une solution critique et durable à ces nombreux défis. 

L'essor marquant du Virtual nursing, est le fruit d'une série d'avancées technologiques qui ont permis aux soins de s'étendre au-delà du chevet du patient et d'atteindre une surveillance à distance des soins infirmiers. Les soins infirmiers distanciels ont pris de l'ampleur en raison de la complexité croissante des défis liés à la ressource humaine, aux changements démographiques, à la hausse des coûts, à la concurrence sur le marché, aux pénuries de main-d'œuvre et aux technologies récentes. Les premières applications des soins infirmiers distanciels sont apparus simultanément en soins ambulatoires et en soins intensifs. Le concept a évolué pour englober un large éventail de services de soutien à l'ambulatoire et à l'hôpital.


L'HISTOIRE DE LA TÉLÉ SANTÉ ET L'ESSOR DES SOINS INFIRMIERS DISTANCIELS AUX ÉTATS-UNIS


Les soins infirmiers distanciels sont nés avec la télésanté, laquelle permet la prise de décision clinique à distance grâce aux télécommunications entre professionnels de santé et patients.

Voici une chronologie des événements historiques clés.

XIXe siècle : Invention et adoption du téléphone. Le téléphone et le télégraphe relient pour la première fois patients et professionnels de santé, ouvrant la voie au triage à distance.

1905 : Transmission d'électrocardiogrammes par téléphone. Les premiers signaux ECG sont transmis avec succès à distance.

Années 1960 : La National Aeronautics and Space Administration (NASA) utilise la télémédecine pour surveiller à distance la santé des astronautes, posant ainsi les bases de futurs modèles de télésanté.

Années 1970 : Des liaisons audiovisuelles bidirectionnelles relient des spécialistes universitaires à des professionnels d'établissements ruraux, favorisant le développement de la télémédecine.

1977 : Des experts en soins intensifs collaborent à distance avec des professionnels de santé d'établissements ruraux, marquant le début des télé soins intensifs, lesquels améliorent l'accès aux avis spécialisés.

1995 : L'American Academy of Ambulatory Care Nursing (AAACN) reconnaît le rôle de l'infirmier en soins distanciels, notamment dans la surveillance téléphonique des patients en ambulatoire.

2001 : L'AAACN établit les premières normes de la pratique des soins infirmiers distanciels, renforçant le soutien téléphonique des patients et la réponse aux difficultés d'accès aux soins.

2009 : La loi HITECH (loi sur les technologies de l'information en santé pour la santé économique et clinique) accélère l'adoption des dossiers médicaux électroniques (DME), lesquels deviennent une base essentielle de la télémédecine, des téléconsultations et du télésuivi des maladies chroniques.

2020 : La pandémie de COVID-19 généralise les téléconsultations vidéo, la visioconférence hospitalière et les communications sécurisées, puis favorise des modèles hybrides combinant la surveillance infirmière à distance et les soins au chevet des patients.

2020 à aujourd'hui : L'intelligence artificielle, la surveillance en temps réel, les portails patients et les outils de communication sécurisée soutiennent la décision clinique. L'enjeu principal reste l'interopérabilité des plateformes numériques pour simplifier le travail infirmier.


UTILISATION SIGNIFICATIVE DU TÉLÉ SOIN INFIRMIER : PROGRAMMES D'INCITATION A L'USAGE DES DOSSIERS MÉDICAUX ÉLECTRONIQUES


La loi HITECH de 2009 et le programme Meaningful Use ont accéléré l’adoption des dossiers médicaux électroniques (DME) en exigeant une utilisation efficace de ces technologies certifiées pour améliorer la qualité, la sécurité et l’efficacité des soins. Cette transition a aussi favorisé l’interopérabilité et l’échange de données, conditions essentielles au développement de la télésanté, des soins infirmiers distanciels et de la télésurveillance des patients.


Adoption des DME et sécurité des patients
HITECH a exigé des hôpitaux qu’ils adoptent et utilisent les technologies de l’information en santé afin d’améliorer la sécurité des patients grâce aux dossiers médicaux électroniques (DME). Cette politique contraignante a entraîné une progression rapide de leur adoption :
• en 2008, seulement 10 % des hôpitaux utilisaient des DME ;
• en 2017, 96 % des hôpitaux de soins aigus non fédéraux les avaient adoptés.


Conformité, incitations et défis de mise en œuvre
La loi HITECH a également renforcé les exigences liées à la portabilité et à la responsabilité de l’assurance maladie (HIPAA), notamment par des sanctions plus strictes et par l’obligation de déclarer les violations de données. Peu après son adoption, les hôpitaux ont été incités à mettre en place des DME.
Cependant, cette transition s’est révélée difficile et coûteuse. Elle nécessitait à la fois des technologies adaptées et des garde-fous suffisants pour passer des dossiers papier aux dossiers électroniques. L’objectif était d’améliorer la qualité, la sécurité, l’efficacité et la coordination des soins.


Effets sur les soins et l’innovation clinique
À partir de 2015, les établissements qui n’adoptaient pas les DME ont vu leur remboursement Medicare pénalisé. L’adoption des DME a d’abord amélioré la prestation des soins en facilitant l’échange d’informations entre organisations de santé.
Avec le temps, les grandes bases de données issues des DME ont aussi ouvert la voie à de nouveaux usages pour l’amélioration de la qualité. L’exploration de données et l’analyse de grands ensembles de données de population ont soutenu des modèles fondés sur des preuves, notamment le développement de systèmes d’alerte précoce (EWS) pour les patients hospitalisés.


Limites dans les pays en développement
Ces avancées restent toutefois beaucoup plus limitées dans les pays en développement. Selon l’enquête de 2009 de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la moitié des obstacles à l’adoption de la télésanté dans ces pays sont liés au manque d’infrastructures de base, comme un accès internet fiable et une alimentation électrique stable.
À ces difficultés s’ajoutent le manque d’interopérabilité et l’insuffisance du partage sécurisé des données entre professionnels de la télésanté. Ces limites freinent la coordination des soins et réduisent le potentiel d’amélioration des résultats pour les patients.


L'ÉTAT ACTUEL DES SOINS INFIRMIERS DISTANCIELS (TÉLÉ SOIN) AUX ÉTATS-UNIS


Dans l’enquête Future Care Nursing 2025, 66 % des leaders infirmiers prévoient de mettre en place des modèles de soins infirmiers distanciels. Ce résultat illustre un virage marqué vers l’intégration des soins distanciels dans le système de santé américain.

Les soins infirmiers distanciels ne relèvent plus d’un simple projet pilote : ils deviennent un levier stratégique pour répondre aux défis actuels des établissements de santé aux États-Unis. Depuis au moins une décennie, la littérature scientifique les présente comme une voie majeure d’innovation infirmière, notamment pour fidéliser les infirmiers expérimentés, atténuer les pénuries de personnel et améliorer la sécurité ainsi que la satisfaction des patients.


Des modèles développés en réponse aux tensions hospitalières

La pénurie croissante d’infirmiers diplômés a exercé une forte pression sur les hôpitaux, en particulier aux États-Unis. Pour y répondre, plusieurs systèmes de santé ont adopté des solutions de recrutement et d’organisation plus souples, comme le modèle de l’infirmier de soins distanciels.

Ce modèle permet à des infirmiers autorisés et formés de réaliser à distance certaines activités non cliniques d'hospitalisation, telles que les admissions, les sorties ou l'accompagnement de la prescription médicamenteuse, grâce à la vidéo synchrone. Toutefois, malgré son déploiement, son impact sur les résultats des patients reste encore insuffisamment étudié.

La pandémie de COVID-19 a accéléré cette transformation. Face à des unités en sous-effectif et à des équipes submergées, les infirmiers en soins distanciels ont permis de soutenir les professionnels au chevet des patients et de maintenir certaines activités essentielles.


Rôles et contributions des infirmières/infirmiers en distanciel

Selon les organisations, les infirmières/infirmiers en distanciel peuvent contribuer à réduire la charge administrative des infirmières/infirmiers au chevet des patients et ainsi à renforcer la sécurité des patients. Leurs missions peuvent notamment inclure :

  • la réalisation ou le soutien des admissions et des sorties des patients,
  • l'accompagnement de la prescription des médicaments,
  • l’appui technique aux équipes en cas de situation difficile,
  • la cosignature de médicaments ou la vérification de conditions cliniques en temps réel,
  • la surveillance distancielle pour prévenir les chutes, améliorer la réponse aux appels et détecter plus rapidement une détérioration clinique.


Un besoin de standardisation et de données probantes

Malgré leur progression, les modèles actuels de soins infirmiers distanciels manquent encore de standardisation. Il n’existe pas de protocoles nationaux largement reconnus et fondés sur des preuves. La plupart des centres de santé ont conçu leurs propres systèmes pour répondre à des besoins spécifiques, puis les ont adaptés progressivement au fil du temps.

Plusieurs auteurs recommandent la mise en place d’une certification en soins infirmiers distanciels afin de stabiliser ce rôle et d’en préciser les compétences essentielles. Des recherches supplémentaires sont également nécessaires pour identifier les modèles les plus efficaces et les indicateurs permettant d’en mesurer les effets.


Une valeur stratégique pour les équipes et les établissements

Les stratégies prenant en compte les pénuries de main-d’œuvre et l’acceptation des organisations innovantes par les équipes de soins devraient être davantage partagées dans la littérature scientifique. Identifier les activités offrant un fort retour sur investissement aiderait les équipes d'infirmières en soins distanciels à déployer plus efficacement de nouveaux programmes, en particulier lorsque ceux-ci reposent sur des technologies coûteuses installées dans les chambres des patients.

Les soins infirmiers distanciels offrent également un avantage important : ils peuvent permettre à davantage d’infirmières/infirmiers seniors de rester actifs sur le marché du travail. Leur expertise peut alors être mobilisée pour accompagner les infirmiers débutants, renforcer leur confiance et leurs compétences, et contribuer à réduire l’épuisement professionnel.


L’apport historique de la télésurveillance infirmière en soins critiques

La télésurveillance infirmière en soins critiques a historiquement joué un rôle majeur dans la standardisation des soins distanciels. Elle a contribué à réduire la mortalité hospitalière dans les établissements ruraux, à diminuer la durée des séjours en unités de soins intensifs et, par conséquent, à limiter les coûts pour ces hôpitaux, ainsi que pour les patients.

Même si les infirmiers de télésurveillance n’interagissent pas physiquement avec les patients, ils jouent un rôle central dans la continuité et la sécurité des soins. Ils constituent à la fois un filet de sécurité pour les patients et une ressource experte pour les infirmiers au chevet des patients, qu’il s’agisse de professionnels débutants ou expérimentés confrontés à des situations complexes.


Partager les apprentissages entre organisations

À ce jour, la plupart des protocoles fondés sur des preuves concernent surtout les programmes plus anciens de télésurveillance en soins critiques. À mesure que les innovations en soins infirmiers distanciels se multiplient, de nombreux modèles propres à chaque site se sont développés, sans être facilement partagés entre les organisations.

Les systèmes hospitaliers souhaitant développer d’autres programmes distanciels gagneraient donc à examiner les possibilités et les défis déjà rencontrés dans les flux de travail de la télésurveillance en soins critiques.


Définir les prochaines étapes

Le développement de programmes de soins infirmiers distanciels fondés sur des preuves doit mettre l’accent sur la conduite du changement. Pour démontrer leur valeur clinique et financière, il est nécessaire de définir clairement :

  • les profils de poste,
  • les flux de travail,
  • les outils et les processus,
  • les indicateurs de résultats,
  • les compétences clés attendues des infirmières/infirmiers en soins distanciels.

Les transformations récentes du système de santé ont mis en lumière l’importance des soins infirmiers distanciels. Cette spécialité innovante peut contribuer à répondre à plusieurs défis majeurs : le roulement du personnel infirmier, les départs anticipés à la retraite, l’augmentation de la charge de travail, la complexité croissante des patients chroniques et l’arrivée d’une main-d’œuvre débutante.

Bien que les soins infirmiers distanciels ne soient pas nouveaux, leur potentiel de transformation de la profession infirmière reste encore largement à explorer.


SURMONTER LES OBSTACLES EN SOINS INFIRMIERS DISTANCIELS


Les activités déléguées aux infirmières/infirmiers en soins distanciels présentent plusieurs obstacles constants. Pour faciliter leur compréhension, ces obstacles peuvent être organisés selon une progression allant des enjeux d’adoption humaine aux conditions opérationnelles, puis aux résultats attendus. Les principaux points à traiter sont l’acceptation par les patients et les cliniciens, la disponibilité d’une technologie fiable, la charge imposée à la direction infirmière, la clarté des rôles entre infirmières/infirmiers en soins distanciels et les infirmières/infirmiers au chevet des patients, ainsi que le retour sur investissement global. La courbe d’apprentissage, parfois importante pour tous les participants, doit également être prise en compte dans cette démarche.


1. Favoriser l’acceptation des patients et des cliniciens

L’acceptation par le patient exige une information claire sur la manière dont l’infirmier en soins distanciels complète les soins reçus en présentiel. Elle dépend aussi de la capacité et de la disposition du patient à accepter une présence distancielle dans son parcours de soins.

Lorsqu’une véritable introduction aux avantages de l’infirmière distancielle est proposée, la plupart des patients développent un lien de confiance et se sentent plus à l’aise pour partager des informations à distance.


2. Garantir une technologie fiable et durable

La technologie doit être disponible, stable et fonctionner comme prévu. Le choix, l’achat et la maintenance des outils appropriés constituent toutefois une considération coûteuse et chronophage pour tout déploiement efficace.

Les coûts et les décisions liés à la technologie freinent souvent l’adoption et la diffusion des programmes de soins infirmiers distanciels. Ces obstacles doivent être traités dans le cadre d’un plan stratégique plus large, plutôt que d’être portés uniquement par les responsables infirmiers de manière individuelle.


3. Alléger la charge de la gestion infirmière

La mise en œuvre d’un programme de soins infirmiers distanciels ajoute une responsabilité importante aux gestionnaires infirmiers. Le résumé qualitatif de Khairat et coll. sur les expériences des patients avec les soins distanciels souligne combien il peut être éprouvant de porter un déploiement unique en plus des contraintes quotidiennes déjà présentes.

(ICU Provider Perspectives on EHR Usability. Khairat S, Morelli J, Herasevich V, Strechen I, Pickering B.Stud Health Technol Inform. 2025 Apr 8;323:189-193. doi: 10.3233/SHTI250075.PMID:40200472)

Ces contraintes incluent notamment l’augmentation de la gravité des patients, les pénuries de personnel ou de flux de travail, ainsi que la diminution des marges opérationnelles.


4. Clarifier les rôles et les attentes

Des programmes efficaces d’infirmières/infirmiers en soins distanciels nécessitent une communication claire sur les activités que les infirmières/infirmiers en soins distanciels doivent accomplir. La clarté des rôles permet d’aligner les attentes entre les infirmières/infirmiers en distanciel, les infirmières/infirmiers au chevet des patients et les patients eux-mêmes.

Lorsque cette clarification n’est pas priorisée, l’insatisfaction peut augmenter autant chez les patients que chez les professionnels infirmiers.


5. Évaluer le retour sur investissement

Le retour sur investissement constitue un indicateur essentiel pour juger de la durabilité des programmes d’infirmières/infirmiers en soins distanciels. Davis et coll ont décrit les résultats obtenus grâce à un programme mis en place dans quatre unités médicales réparties dans deux centres médicaux. (Intermittent Virtual Nursing: A Contingency Staffing Plan to Support Clinical Nurses. Davis J, Oster CA, Bruckner AA, Griesheim G, Eastman S, Virden MJ, Yates N, Madone AC,Capra N.J Nurs Adm. 2025 Jun 1;55(6):355-365. doi: 10.1097/NNA.0000000000001588.PMID:40397780)

Dans leur étude, ils ont observé moins d’heures supplémentaires incidentes, moins de pauses manquées chez les infirmières au chevet des patients et une amélioration de l’efficacité du flux de travail quotidien. Un résultat particulièrement important est la diminution du nombre des alertes d'aggravation rapide ou d'arrêt cardiaque (RRT/Code Blue).


COMMENTAIRES.

Les États-Unis ont déjà acquis une large expérience en soins infirmiers distanciels. Ce qui est frappant dans cette étude est la similitude des problèmes à affronter depuis la fin de la pandémie, notamment la pénurie de main d’œuvre eu égard à une demande croissante de soins. Dans leur remarquable travail, les infirmières américaines apportent des réponses et des solutions qui pourraient inspirer les autorités sanitaires de notre pays.

En France, le télésoin infirmier est officiellement autorisé pour les Infirmiers Diplômés d’État Libéraux (IDEL) depuis fin 2020, mais son déploiement effectif a pris plusieurs années. En 2026, les règles se sont stabilisées : les conditions d’éligibilité, la cotation (notamment AMI 4 à 13,40 € par séance depuis l’avenant 11 de la Convention nationale Infirmière), et le remboursement par la CPAM sont désormais clairs et intégrés dans la pratique quotidienne. Les actes éligibles incluent la surveillance infirmière et les séances de télésuivi, mais excluent les soins techniques nécessitant un contact physique. Il existe un prérequis obligatoire : le patient doit avoir été vu en présentiel dans les 12 mois précédents, sauf si le médecin traitant a explicitement prescrit le recours au télésoin. De façon générale, le télésoin s’inscrit dans une logique de coordination renforcée des parcours de soins, avec une attente accrue de traçabilité et de partage d’informations entre professionnels.

Comme aux États-Unis, la pandémie de Covid-19 a accéléré l’adoption du télésoin, en imposant des restrictions sur les déplacements et en mettant en lumière ses avantages : réduction des risques de contamination, accès aux soins pour les zones sous-dotées ou chez les patients à mobilité réduite, et optimisation des coûts de transport.

Il existe néanmoins des obstacles au développement du télésoin en France qui devront être levés progressivement : des obstacles techniques et organisationnels (beaucoup d’IDEL ignorent encore quelles plateformes sont référencées par l’Assurance Maladie, les outils numériques doivent être sécurisés et interopérables avec les logiciels métiers, et leur intégration dans les pratiques existantes reste complexe, notamment pour les IDEL en solo), des obstacles économiques (bien que les tarifs aient été revalorisés (ex. : 13,40 € pour une séance de télésoin), certains IDEL estiment que cela ne couvre pas les coûts réels à cause des charges en hausse, un temps de coordination non rémunéré), des obstacles culturels et humains (certains professionnels et patients restent réticents à adopter le télésoin, par habitude du présentiel ou par méfiance envers les outils numériques), une fracture numérique (l’accès au télésoin dépend fortement de l’équipement numérique des patients et des professionnels, ce qui peut creuser les disparités selon les zones géographiques)

Quoiqu'il en soit, le télésoin infirmier est désormais un pilier de la télésanté en France, comme il l'est devenu aux États-Unis (et dans d'autres pays) grâce à un cadre clair et à une intégration progressive dans les parcours de soins.


28 juillet 2026