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Depuis la fin de la pandémie, les besoins en santé mentale ne cessent de progresser. Le numérique en santé peut-il contribuer aux soins d'accompagnement, notamment en santé primaire ? Cette étude espagnole vient de faire une revue exhaustive sur ce sujet. Elle conclut qu'il existe des preuves en faveur d'un impact positif et durable des outils de la santé numérique sur certains troubles de la santé mentale, comme la dépression.
Exploring digital health tools for depression management in primary health care: Systematic review and meta-analysis. Fuster-Casanovas A, Melero SM, Cabutto D, Carrion C, Vidal-Alaball J, Herrera-Ramos E, Barcons C, Duarte-Díaz A.J Affect Disord. 2025 Jul 15;381:494-506. doi: 10.1016/j.jad.2025.03.187. Epub 2025 Apr 9.PMID: 40203968
INTRODUCTION - CONTEXTE
Les technologies de l'information et de la communication (TIC) font désormais partie du quotidien de la majeure partie de la population mondiale et ont été introduites dans de nombreux systèmes de santé au cours des dernières décennies. Dans ce contexte, la santé numérique est définie par l'OMS comme le domaine de connaissances et de pratiques relatives à l'intégration de la technologie numérique dans les systèmes de santé, dans le but d'améliorer la santé.
Afin de garantir un accès équitable et universel à des services de santé de qualité, l'Organisation internationale a élaboré une stratégie mondiale visant à intégrer la santé numérique dans les systèmes de santé de tous les États membres, y compris ceux qui ont un accès limité à la technologie.
Une analyse approfondie des processus de soins pour différentes conditions de santé est impérative pour déterminer la valeur potentielle de l'intégration de la technologie numérique pour développer des stratégies de mise en œuvre spécifiques et assurer leur adoption par les patients.
La dépression touche actuellement 5 % de la population mondiale et, en 2004, l'OMS a prédit que la dépression constituerait la plus grande charge de morbidité mondiale d'ici 2030.
Les soins primaires, le premier contact avec un système de santé pour de nombreuses personnes, jouent un rôle clé en tant que premier point de contact pour la plupart des personnes qui recherchent des soins, ce qui en fait un cadre idéal pour l'identification et le traitement précoces de la dépression.
Les conséquences de la pandémie de COVID-19 ont accru la demande de consultations en santé mentale, en particulier parmi les populations jeunes.
Dans le contexte de la santé mentale, les soins primaires offrent l'avantage de l'accessibilité, un atout crucial pour lutter contre les taux élevés de sous-diagnostic et de sous-traitement de la dépression dans de nombreuses populations. De plus, ils permettent un modèle de soins intégré où les soins de santé mentale sont fournis parallèlement à la prise en charge des maladies organiques, notamment chroniques, ce qui est essentiel compte tenu de la forte association de la dépression avec d'autres maladies non transmissibles.
Bien que les milieux de soins spécialisés soient essentiels pour la prise en charge des cas de dépression complexes ou graves, ils sont souvent moins accessibles en raison des délais d'attente plus longs et du besoin d'expertise plus spécialisée. Les interventions dans ces milieux spécialisés ont tendance à se concentrer sur les stades les plus avancés de la dépression, et les besoins des patients en soins primaires sont susceptibles de différer de ceux des milieux spécialisés.
Par conséquent, les outils de santé numérique conçus doivent être adaptés pour répondre aux besoins spécifiques des prestataires de soins primaires et de leurs patients. Bien que les professionnels de soins primaires ne soient pas des spécialistes de la santé mentale, ils jouent un rôle crucial dans l'identification et la gestion précoces de la dépression, souvent avant que les personnes ne soient orientées vers des soins plus spécialisés.
Dans un tel contexte, diverses initiatives sont développées dans le monde entier pour améliorer la gestion de la dépression dans les soins primaires, en utilisant la surveillance à distance.
L'une des stratégies est la télémédecine, pour laquelle la pandémie de COVID-19 a été un catalyseur d'adoption. Cela s'est avéré utile chez les patients souffrant de problèmes de santé mentale légers et pour ceux qui préfèrent les consultations et les conseils à distance aux visites en présentiel.
Visit Types in Primary Care With Telehealth Use During the COVID-19 Pandemic: Systematic Review. Ward K, Vagholkar S, Sakur F, Khatri NN, Lau AYS.JMIR Med Inform. 2022 Nov 28;10(11):e40469. doi: 10.2196/40469.PMID:36265039
Une autre stratégie potentielle pour la gestion de la dépression est l'usage des applications mobiles (mHealth). Bien qu'il en existe de nombreuses, une revue de la littérature sur les applications de santé mobile dans les troubles de l'humeur tels que la dépression, le trouble bipolaire et la dysthymie a mis en évidence la nécessité d'une validation par la réalisation d'essais cliniques rigoureux. Parmi 30 applications disponibles dans le commerce, seulement 26,7 % disposaient de preuves scientifiques solides.
Mobile applications in mood disorders and mental health: systematic search in apple app store and google play store and review of the literature S Eis, O Solà-Morales, A Duarte-Díaz, J Vidal-Alaball, L Perestelo-Pérez, N Robles…International journal of environmental research and public health, 2022
Une méta-analyse menée sur l'efficacité des applications mobiles dans la gestion de la dépression par rapport aux patients en attente de soins, aux interventions minimales et à la pratique clinique standard, a montré des effets modérément positifs des applications mobiles par rapport aux interventions habituelles.
Cependant, l'effet était plus important dans les essais qui comparaient l'usage des applications à des interventions minimales ou à des patients en attente de soins, que dans les essais qui comparaient l'usage des applications à la pratique clinique standard. Les interventions combinant des formats hybrides, tels que l'utilisation d'applications et de consultations en face à face, étaient les plus efficaces.
Efficacy, safety, and evaluation criteria of mHealth interventions for depression: systematic review A Duarte-Diaz, L Perestelo-Perez, E Gelabert, N Robles, A Perez-Navarro, J Vidal-Alaball… JMIR mental health, 2023•mental.jmir.org.
Une autre stratégie possible est la télémédecine collaborative (c.a.d. téléconsultation assistée d'une infirmière, téléexpertise multidisciplinaire). Plusieurs études ont montré que ce modèle de soins, dispensé par des équipes multidisciplinaires de professionnels en soins primaires, améliore les résultats pour la dépression.
Une étude portant sur divers centres de soins de santé dans des régions éloignées des États-Unis a démontré une plus grande efficacité lorsque les soins collaboratifs reposaient sur la télémédecine . De plus, lorsque la télémédecine est utilisée dans les régions éloignées, les soins collaboratifs en télémédecine semblent être plus efficaces à la fois en termes de réponse au traitement et de taux de rémission.
Practice-based versus telemedicine-based collaborative care for depression in rural federally qualified health centers: a pragmatic randomized comparative … JC Fortney, JM Pyne, SB Mouden, D Mittal, TJ Hudson, GW Schroeder, DK Williams…American Journal of Psychiatry, 2013•psychiatryonline.org
Compte tenu de ce qui précède, il est particulièrement important d'explorer les outils numériques susceptibles d'aider les prestataires de soins primaires à dispenser des soins efficaces et à renforcer leurs services de santé mentale. L'objectif de cette étude est de réaliser une revue de la littérature afin d'évaluer l'efficacité des outils de santé numérique dans la prise en charge de la dépression en soins primaires.
MÉTHODES
Cette revue systématique a suivi les recommandations PRISMA ( Preferred Reporting Items for Systematic Reviews and Meta-Analyses) et s'est concentrée sur les outils de santé numérique pour réduire les symptômes dépressifs. Des essais contrôlés ont été inclus : les ECR (Essais Contrôlés et Randomisés) ont été évalués à l'aide de l'outil Cochrane d'évaluation du risque de biais et les non-ECR à l'aide de la liste de contrôle JBI (Joanna Briggs Institute) pour les études quasi expérimentales. La réduction des symptômes dépressifs était le critère d'évaluation principal.
Critères d'inclusion
Les études ont été incluses si elles recrutaient des patients adultes présentant en soins primaires des symptômes dépressifs élevés (c'est-à-dire, un score supérieur aux critères de sélection sur un instrument de dépistage de la dépression validé) ou diagnostiqués avec un trouble dépressif avec ou sans autres symptômes affectifs (diagnostiqués par un clinicien ou à l'aide de tout critère diagnostique reconnu). Les patients ou les professionnels de santé utilisaient tout type d'outil de santé numérique et évaluaient leur efficacité dans la prise en charge de la dépression en soins primaires. Tout comparateur autre que les interventions de santé numérique a été pris en compte, y compris les groupes passifs (p. ex., aucune intervention, soins habituels ou en attente de soins) ou actifs (p. ex., antidépresseurs ou psychothérapie en face à face). Les ECR et les études non-ECR avec au moins 10 participants ont été inclus, de même que les études publiées dans n'importe quelle langue, conduites dans n'importe quel pays et dans n'importe quel contexte de soins primaires.
Critères d'exclusion
Les études ont été exclues si elles recrutaient des enfants ou des adolescents âgés de ≤ 18 ans, ou si l'objectif de l'intervention était une pathologie différente, mais incluait la mesure des symptômes dépressifs. Les études non contrôlées (<10 participants), les études observationnelles, les résumés de conférences, les lettres, les commentaires d'essais, les chapitres de livres, les études qualitatives, les protocoles d'étude et les revues ont également été exclus.
La recherche des études a été limitée à 10 ans (2013-2023), compte tenu de l'évolution rapide des technologies. L'objectif était d'identifier les outils de santé numérique actuels pour les tests dans notre système de santé. Aucune restriction linguistique n'a été appliquée.
Le critère principal était d'identifier les outils de santé numérique utilisés dans la prise en charge de la dépression en soins primaires. Le critère secondaire était l'évaluation de l'efficacité des interventions numériques, mesurée par l'amélioration des symptômes dépressifs et d'autres mesures rapportées par les patients.
RÉSULTATS
La recherche initiale dans les bases de données électroniques a permis de recueillir 4 026 références. Après suppression des doublons (2033), 1 993 études ont été examinées par titre et résumé, et 146 études en texte intégral ont été évaluées pour leur éligibilité. Finalement, 29 études ont été incluses dans la revue, et 7 études ont été identifiées comme références secondaires.
Les 29 études incluses identifiaient les plateformes Web, les applications mobiles, les appels téléphoniques, les SMS et les algorithmes de décision.
La méta-analyse a révélé que les outils de santé numériques ont un effet significatif sur les symptômes dépressifs ( g = −0,22, IC à 95 % : −0,37 ; −0,06, I 2 = 79,64 %). Au suivi de 6 à 12 mois, la méta-analyse à effets aléatoires a montré que les outils de santé numériques conservaient un effet significatif sur les symptômes dépressifs ( g = −0,19, IC à 95 % : −0,29 ; −0,09, I 2 = 53,42 %).
DISCUSSION
Cette revue systématique a analysé 29 études portant sur 10 200 patients présentant des symptômes dépressifs. Bien que certains essais se soient concentrés sur le soutien professionnel, la plupart des interventions s'adressaient à des personnes d'âge moyen présentant des symptômes dépressifs modérés.
La majorité des interventions étaient en ligne ou utilisaient plusieurs outils numériques, et le TAU (Treatment As Usual) était souvent le comparateur.
Une méta-analyse de 15 études analysant l'efficacité des interventions par rapport à un groupe témoin passif a montré un effet positif faible, mais significatif des interventions numériques. Cependant, aucune différence d'efficacité n'a été observée selon le type d'outil numérique utilisé. Une efficacité moindre mais significative a été observée chez les femmes et une tendance négative a été observée chez les personnes âgées.
La santé numérique prend une place croissante dans les systèmes de santé du monde entier. Par conséquent, l'identification des outils de santé numérique utilisés en soins primaires peut permettre aux systèmes de santé d'évaluer l'intérêt des technologies pour la prise en charge de la dépression en soins primaires et, le cas échéant, de concevoir des stratégies de mise en œuvre spécifiques.
Tous les facteurs abordés ici s'appuient sur les résultats de cette étude et sur la littérature existante, sachant qu'il existe une variabilité interindividuelle importante et que chaque intervention doit être évaluée dans le contexte de chaque système. Par conséquent, les résultats ne peuvent être systématiquement extrapolés à tous les individus ou à tous les contextes.
Une diminution statistiquement significative de la symptomatologie dépressive a été observée après l'intervention.
Bien que la diminution des symptômes dépressifs ait été faible, l'effet de l'intervention numérique s'est maintenu à 6 et 12 mois, indiquant qu'elle est non seulement efficace pendant l'intervention, mais qu'elle perdure également dans le temps. Cette continuité d'effet suggère que les thérapies numériques sont une bonne stratégie dans le traitement de la dépression.
Cependant, cette revue n'a évalué que les interventions purement numériques : d'autres études ont montré les bénéfices et l'effet plus important des interventions hybrides – c'est-à-dire la complémentarité de la thérapie en face à face et la thérapie numérique – par rapport à l'intervention en face à face ou numérique seule.
Il convient de noter que bien que plusieurs études aient démontré le fort potentiel des interventions numériques dans le traitement de la dépression, elles n'étaient pas considérées comme un traitement de première intention dans les principales lignes directrices de pratique clinique, ce qui reflète un manque de consensus quant à son applicabilité et à son efficacité dans la pratique quotidienne.
Cependant, la santé numérique a le potentiel de répondre à des problèmes clés dans le traitement de la dépression, tels que l'accessibilité et la disponibilité des services spécialisés, en particulier dans les contextes où les ressources humaines sont limitées ou lorsque l'accès aux soins en face à face est restreint.
De plus, les outils numériques permettent une détection précoce et un suivi continu, soutenant une gestion plus efficace de la dépression dans les soins primaires. Les lignes directrices cliniques devraient s'adapter et intégrer les innovations technologiques qui se sont avérées efficaces pour améliorer le traitement de la dépression.
Bien que notre étude ait montré que les interventions numériques sont une solution prometteuse dans la gestion de la dépression, l'évaluation rigoureuse de ces technologies avant leur mise en œuvre clinique reste limitée. L'absence de méthodes standardisées pour évaluer leur efficacité et leur sécurité constitue un défi.
L'une des principales préoccupations est que les outils de santé numériques soient mis à la disposition du grand public sans évaluation rigoureuse par des experts, ni par des processus de validation formels. À cet égard, il est possible que de nombreux outils ne répondent pas aux normes de qualité requises pour traiter des troubles complexes tels que la dépression. L'absence de réglementation et de surveillance claires rend impossible de garantir que tous les outils disponibles soient sûrs, efficaces et fondés sur des preuves scientifiques.
Dans ce contexte, d’autres études sont nécessaires pour revalider ces résultats dans des contextes cliniques réels afin de les intégrer dans les lignes directrices de pratique clinique et d’assurer leur mise en œuvre de manière efficace.
Bien qu'aucune différence statistique d'efficacité n'ait été constatée selon le type d'intervention numérique utilisé, il a été observé que l'utilisation de plusieurs outils dans la même intervention avait un effet de potentialisation et une réduction accrue des symptômes. La majorité des interventions numériques étaient basées sur la thérapie cognitivo-comportementale, ce qui concorde avec les conclusions de certains auteurs. Bien que, comme tous les traitements, la thérapie cognitivo-comportementale ait ses limites et puisse ne pas être aussi efficace pour tous, elle semble améliorer l'intervention numérique et, par conséquent, si elle est réalisable, pourrait être considérée comme un plan de traitement associé à l'intervention numérique en première intention.
Cette revue a également montré que la gravité des symptômes initiaux dans ces études n'était pas liée à l'efficacité de l'intervention numérique. Ces résultats sont cohérents avec la littérature.
Plusieurs auteurs ont constaté que les patients présentant des symptômes de dépression légers, modérés et modérés/sévères présentaient tous une amélioration significative avec l'utilisation d'une application mobile et ont conclu que l'intervention était efficace quelle que soit la gravité des symptômes.
Nos résultats, ainsi que ceux de la littérature, montrent que la gravité initiale des symptômes n'est pas utile pour déterminer si une personne est candidate ou non à un traitement de santé mentale par une intervention numérique. Cependant, les principales recommandations de pratique clinique proposent une prise en charge par paliers dans le traitement de la dépression. En ce sens, la symptomatologie initiale ne déterminant pas si la personne est candidate ou non à une intervention numérique, il serait bénéfique de former les cliniciens à reconnaître à quel stade du traitement l'intervention numérique serait bénéfique pour le patient.
Les interventions numériques en santé mentale présentent un potentiel considérable pour traiter les problèmes de santé chroniques fréquents chez les personnes âgées, ainsi que l'isolement et la solitude pouvant résulter d'une mobilité réduite. Bien que l'âge ne soit pas statistiquement significatif après l'intervention ou lors du suivi dans cette étude, il convient de noter que l'illettrisme et l'exclusion numérique ont tendance à augmenter avec l'âge. Cependant, au cours de la dernière décennie, et en particulier pendant la pandémie de COVID-19, l'acceptation et l'adoption des technologies numériques ont progressé chez les personnes âgées.
Une méta-analyse de 21 études publiée en 2024 a montré un effet modéré en faveur des interventions numériques pour la dépression chez les personnes âgées. Ainsi, des stratégies d'éducation et de formation visant à inclure les personnes âgées dans l'utilisation des thérapies numériques en santé mentale seraient bénéfiques.
LIMITES DE L’ÉTUDE
Premièrement. Les interventions psychologiques étant souvent dépendantes du professionnel de santé et une grande variété d'interventions numériques (web, applications mobiles, appels téléphoniques, SMS, etc.) ayant été utilisées, une forte hétérogénéité a été observée entre les études. Pour remédier à ce problème, un modèle de méta-régression a été utilisé afin d'homogénéiser les sous-groupes étudiés.
Deuxièmement. Il convient de noter que, la grande majorité des études ont été menées dans des pays occidentaux à revenu élevé et les études culturellement adaptées ayant été exclues, le caractère généralisable de nos résultats est limité. Cependant, il a été jugé intéressant d'identifier les interventions numériques les plus génériques possible, car la mise en œuvre de toute intervention numérique en soins primaires doit être adaptée et expérimentée en fonction du pays où elle est réalisée.
Troisièmement. Un risque élevé de biais a été identifié dans toutes les études, soulevant des inquiétudes quant à la fiabilité des résultats. Bien que des outils validés aient été utilisés pour évaluer ce risque de biais, ces outils ne sont pas totalement adaptés à l'analyse des interventions numériques et psychologiques, pour lesquelles l'aveuglement est souvent difficile à surmonter. Cette limitation affecte particulièrement le risque de biais de performance (domaine 2 : écarts par rapport aux interventions prévues) et de biais de détection (domaine 4 : mesure des résultats). Par conséquent, la majorité des études présentaient un risque élevé de biais dans ces domaines, ce qui pourrait avoir impacté nos résultats globaux.
Quatrièmement. La recherche a été limitée à 10 ans, la technologie évoluant très rapidement, l'objectif était d'identifier les outils de santé numérique actuels à tester dans notre système de santé. Les bases de données Scopus et WOS n'ont pas été interrogées, car nous n'avons inclus que des bases de données spécifiques liées au domaine de connaissance de cette revue systématique.
Cinquièmement. La majorité des études ont mesuré la gravité des symptômes au moyen de questionnaires auto-administrés, dont la plupart ne comportent pas d'indices de contrôle (afin d'éviter un biais d'acquiescement, une tendance à l'auto-déclaration, etc.) et sont donc cliniquement discutables. Bien que ces outils soient validés et largement utilisés en recherche clinique, un entretien clinique conduit en externe aurait été préférable.
Enfin, la plupart des études ont utilisé le TAU comme comparateur : des résultats plus précis seraient obtenus en comparant l'intervention numérique au traitement de référence.
CONCLUSIONS
Les outils de santé numériques pour la dépression, sous forme d'outils web, d'applications mobiles, d'algorithmes de traitement, d'appels et de SMS, ont démontré leur efficacité dans la réduction des symptômes. Nombre de ces interventions reposent sur la thérapie cognitivo-comportementale, et les interventions multi-outils ont montré des effets plus importants sur la réduction des symptômes dépressifs. Bien que la sévérité des symptômes dépressifs ne soit pas considérée comme un critère déterminant pour l'admissibilité d'une personne à un traitement numérique, nos résultats soulignent la nécessité de mener des études tenant compte des différences de genre afin d'adapter les interventions aux besoins et de mettre en place des stratégies permettant d'éduquer et d'impliquer les personnes âgées dans les interventions numériques pour la dépression. Les interventions numériques n'étant pas encore intégrées aux recommandations de pratique clinique ni aux stratégies de traitement, des études comme celle-ci sont essentielles pour favoriser leur intégration dans la pratique réelle.
COMMENTAIRES. Cette étude réalisée par des chercheurs espagnols est de très bonne tenue sur le plan méthodologique. Elle démontre par une méta-analyse de 29 études rigoureusement sélectionnées et rassemblant plus de 10000 patients, que l'usage de solutions numériques, quel que soit leur type (plateformes web, applications mobiles, traitement algorithmique d'ePRO, etc), a un impact positif et durable chez les patients atteints de dépression. Il faut retenir également que les traitements hybrides (thérapie cognitivo-comportementale en présentiel et intervention numérique) donnent les meilleurs résultats, soulignant ainsi la force de la complémentarité alternant des soins distanciels et des soins présentiels.
On rappelle que la thérapie cognitivo-comportementale est une approche psychothérapeutique validée scientifiquement, laquelle vise à aider la personne à identifier et à modifier ses pensées, émotions et comportements problématiques dans le but d’améliorer son bien-être psychique. Elle est particulièrement reconnue pour son efficacité dans le traitement des troubles anxieux, phobies, addictions, dépressions, troubles obsessionnels compulsifs et d’autres problématiques psychiques.
Pour expliquer l'impact positif qu'aurait l'intervention numérique sur la réduction des symptômes dépressifs, on pourrait suggérer que l'usage d'outils numériques augmenterait le rôle actif et autonome du patient dans différents exercices ou tâches convenus avec le thérapeute.
Il faut cependant souligner les limites de cette étude, parfaitement résumées par les auteurs. Ils recommandent de futures études qui éviteraient les biais importants pour améliorer la fiabilité des résultats et des études contrôlées et randomisées comparant l'intervention numérique avec le traitement de référence de la dépression..
28 août 2025
On rappelle que les liens des références sont actifs sous format Word.
