Préconisations en Télésanté. Privilégier l'accès aux soins des personnes vulnérables grâce à la télésanté.


Cette sixième préconisation est consacrée aux personnes vulnérables qui doivent bénéficier en priorité de l'accès à la télésanté. Cette préconisation est issue du travail d'un groupe d'experts en télésanté regroupant des membres du Think Tank Télésanté et Numérique en Santé, de la Société Francophone de Santé Numérique (SFSN)et de France Assos Santé. Ce travail s'appuie sur des textes réglementaires, des travaux publiés dans la littérature médicale, ainsi que sur des expériences du terrain. Elles ont l'ambition d'être pratico-pratiques pour les professionnels de santé et les patients.








Le contexte


La télésanté représente une avancée majeure pour améliorer l’accès aux soins des personnes vulnérables, isolées ou en situation de handicap.

La télésanté permet de limiter les déplacements, souvent difficiles pour les personnes âgées, handicapées ou vivant dans des zones rurales sous-dotées en professionnels de santé. Elle offre ainsi un accès à distance à des consultations médicales (téléconsultations assistées), des avis d’experts (téléexpertise) ou un suivi régulier (télésurveillance médicale), ce qui est particulièrement utile pour les personnes en situation de handicap ou d’isolement géographique.

Les projets régionaux de santé, comme ceux menés en Provence-Alpes-Côte d’Azur [1] ou en Île-de-France [2], ciblent spécifiquement les publics fragiles (personnes handicapées, résidents d’EHPAD, personnes âgées) en développant des solutions de télésanté adaptées. Ces initiatives visent à faciliter la prise en charge des pathologies complexes et à rompre l’isolement des patients et des professionnels.

La télésanté ne remplace pas les soins en présentiel, mais les complète. Elle permet une meilleure coordination entre professionnels de santé et une prise en charge plus réactive, notamment pour les situations d’urgence ou les parcours de soins complexes.

Les Assises de la télémédecine, lancées en juin 2025 et clôturées en janvier 2026, ont placé l’amélioration de l’accès aux soins pour les personnes vulnérables, isolées et handicapées au cœur de leurs réflexions. Les publics prioritaires sont ciblés : personnes sans médecin traitant, vivant dans des territoires sous-denses, dépendantes, en situation de handicap, isolées ou incapables de se déplacer.

La télémédecine est un outil clé pour réduire ces inégalités d’accès, notamment via le développement de la téléconsultation assistée dans les établissements médico-sociaux. Les conclusions soulignent que la télémédecine ne doit pas être une solution isolée, mais s’inscrire dans des parcours de soins coordonnés et territorialisés. L’efficacité de la télémédecine repose sur son articulation avec l’offre de soins existante, en évitant les usages non intégrés ou purement techniques.

La feuille de route issue des Assises vise à structurer le déploiement de la télémédecine, avec des mesures ciblées pour les situations où le présentiel est difficile (zones sous-denses, patients vulnérables, dépendants, etc.). Des dérogations au plafond de 20 % de téléconsultations pour les médecins en situation de tension seront appliquées. La téléconsultation assistée ne sera pas comptabilisée dans ce quota par l’Assurance maladie. Enfin, une attention particulière sera portée aux publics isolés pour leur permettre d’accéder à des avis spécialisés grâce au développement de la téléexpertise [3].

L’intégration de la télésanté soulève aussi des questions sur l’équité d’accès aux technologies numériques, la formation des professionnels et la protection des données [4]. Il est essentiel d’accompagner ces transformations pour garantir une utilisation inclusive et sécurisée.


Le constat


Le risque de fracture numérique, aussi bien dans les villes bien dotées que dans les déserts médicaux, touche plus particulièrement les personnes vulnérables et/ou fragilisées par un handicap physique et/ou cognitif. De plus ces personnes sont souvent en difficulté pour entrer dans un parcours de soins traditionnel, surtout lorsqu’elles n’ont plus de médecin traitant. La télésanté doit leur permettre d’améliorer leur accès aux soins grâce à un parcours hybride, associant soins distanciels et consultations présentielles ou visites à domicile dans la mesure du possible, parcours coordonné au sein de leur territoire de santé par l’intermédiaire de structures labellisées « France Santé » [5].

Ces personnes doivent pouvoir bénéficier de téléconsultations assistées ou accompagnées par un professionnel de santé [6],[7], voire par leur aidant ou l’auxiliaire de vie à domicile. L’aidant peut aussi accompagner les séances de télésoin. Enfin, la téléexpertise requise par le pharmacien ou un auxiliaire médical auprès d’un professionnel médical contribue à assurer la qualité et la continuité des soins hybrides [8].


La préconisation des experts


Nous préconisons d’intégrer la pratique de la télésanté comme moyen capable de soutenir les patients vulnérables et/ou fragilisés par un handicap physique et/ou cognitif, parfois exclus des soins traditionnels, particulièrement lorsqu’ils n’ont pas ou plus de médecin traitant. Le rôle des IDE libéraux ou IPA libéraux, exerçant dans les MSP, Centres de Santé et les structures territoriales labellisées "France Santé" est essentiel pour identifier et aider ces personnes dans leur parcours de soins. Ces patients doivent pouvoir bénéficier de téléconsultations assistées et de solutions de télésurveillance médicale adaptées à leur vulnérabilité et à leur handicap. Ils bénéficient également de la téléexpertise requise auprès d’un professionnel médical par les pharmaciens et les auxiliaires médicaux.


[1] ARS PACA. Améliorer l’accès aux soins grâce à la télésanté. 29 octobre 2024. https://www.paca.ars.sante.fr/ameliorer-lacces-aux-soins-grace-la-telesante

[2] ARS Ile de France. Publics et territoires prioritaires : l’accès aux soins via une solution de télésanté. 20 mai 2025. https://www.iledefrance.ars.sante.fr/publics-et-territoires-prioritaires-lacces-aux-soins-une-solution-de-telesante-0

[3] Conclusions des Assises : la télémédecine est une pratique pertinente et durable pour améliorer notre système de santé. 26 janvier 2026. https://www.linkedin.com/pulse/conclusions-des-assises-la-t%C3%A9l%C3%A9m%C3%A9decine-est-une-pratique-pierre-simon-hkbde/?trackingId=AyviNDhcMebVveMjH5evsA%3D%3D

[4] Peut-on pratiquer la télésanté sans formation préalable ? 9 novembre 2025. https://www.linkedin.com/pulse/peut-on-pratiquer-la-t%C3%A9l%C3%A9sant%C3%A9-sans-formation-pr%C3%A9alable-pierre-simon-qpmqe/?trackingId=JEG6SFZ%2FVCweIBlVHqFEhA%3D%3D

[5] Loi de Financement de la Sécurité Sociale pour 2026. Art. 63. Réseau France santé. 30 décembre 2025. https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000053226384/  

[6] La téléconsultation assistée d’un professionnel de santé : où en sommes-nous en France ? 19 janvier 2024. https://www.telemedaction.org/les-objectifs-des-assises/la-t-l-consultation-assist-e-o-en-sommes-nous

[7] Journée régionale consacrée aux expériences bretonnes de la télésanté. Groupement régional esanté Bretagne. 3à septembre 2025. https://www.telemedaction.org/les-objectifs-des-assises/tc-assiste-t-moignages-du-terrain

[8] Ministère de la Santé, de la Famille, de l’Autonomie et des personnes handicapées. La téléexpertise. 9/08/2024. https://sante.gouv.fr/soins-et-maladies/prises-en-charge-specialisees/telesante-pour-l-acces-de-tous-a-des-soins-a-distance/article/la-teleexpertise


24 février 2026