Construisons ensemble la médecine du XXIème siècle
Pouvons-nous améliorer ou ralentir le déclin cognitif des personnes âgées en améliorant leur vision, leur audition et leur santé orale ?
A quelques jours de l'atelier des Assises de la télémédecine consacré aux filières des soins visuels, auditifs et bucco-dentaires, lequel se tiendra le 14 novembre 2025 prochain à Caen (salle Pathé de 9h à 17h), nous rappelons dans ce post l'intérêt et l'enjeu des pratiques de la télémédecine, en particulier de la téléexpertise, pour améliorer la performance et la qualité de ces différentes filières, lesquelles ont un impact prouvé sur l'état cognitif des personnes âgées.
Effets de la correction auditive
Plusieurs études de la littérature scientifique médicale montrent que la perte d’audition chez les personnes âgées est associée à un risque accru de déclin cognitif et de démence. Ces études démontrent en particulier que la correction de la perte auditive réduit de moitié le déclin cognitif sur trois ans et pourrait éviter jusqu’à 8% des cas de démence chez les personnes âgées. Le port d’appareils auditifs ou de prothèses permet de retarder le déclin cognitif, de maintenir les fonctions cérébrales et peut même améliorer la mémoire de travail, la compréhension de la parole, et les fonctions exécutives.
Selon l'étude publiée dans The Lancet en 2023, les personnes âgées à risque élevé de démence ont vu leur déclin cognitif diminuer de 48% sur trois ans lorsqu’elles portaient un appareillage auditif, comparativement à celles non appareillées. Le risque de démence chez les malentendants non appareillés est 42% plus élevé que chez les malentendants équipés d’un appareil auditif. Chez ces derniers, le risque devient identique à celui des personnes sans trouble d’audition. L’usage d’aides auditives ou d’implants cochléaires est associé à une réduction du risque de déclin cognitif allant de 19% à 48% selon le profil individuel et la précocité du traitement
Effets de la correction visuelle
La mauvaise vision chez les personnes âgées aggrave les troubles cognitifs, notamment la confusion, la perte de mémoire et les hallucinations. Elle limite aussi la capacité à interagir et à maintenir ses repères, favorisant l’isolement. La correction de la vue par des lunettes adaptées, la rééducation orthoptique ou une prise en charge ophtalmologique permet de préserver l’autonomie, d’améliorer la perception de l’environnement et d’augmenter la stimulation cérébrale. On estime qu’une bonne vision pourrait réduire de 63% le risque de développer une démence.
L'étude la plus récente parue dans The Lancet en juillet de 2024, réalisée par une équipe sud-coréenne, montre que la correction des troubles visuels peut prévenir ou ralentir le déclin cognitif. Elle confirme que la perte de vision est un facteur de risque significatif pour la démence. La vue et les fonctions cognitives sont étroitement liées, et le non-traitement des troubles visuels augmente le risque de déclin cognitif.
Par exemple, des pathologies comme la cataracte ou la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA) accroissent le risque de démence, mais la correction de ces troubles, notamment par chirurgie de la cataracte, peut réduire ce risque d’environ 30%. Le mécanisme probable inclut la réduction de la stimulation cérébrale, l’isolement social et un plus grand risque de dépression, tous facteurs aggravant la démence. Ainsi, la correction précoce des troubles visuels contribue à ralentir le déclin cognitif en maintenant une meilleure participation sociale et cognitive des personnes âgées.
Une bonne correction visuelle et auditive précoce corrige ou ralentit un déclin cognitif.
Toutes ces études soulignent que plus la correction (visuelle ou auditive) est précoce, plus l’impact sur la cognition est important. L’isolement et le manque de stimulation sensorielle aggravent nettement les troubles cognitifs. Ainsi le traitement des troubles visuels et auditifs joue un rôle majeur pour préserver la santé mentale et cognitive des personnes âgées.
Effets de la correction d'un trouble de la santé orale
Plusieurs recherches ont montré que les maladies parodontales, la perte de dents et une mauvaise hygiène bucco-dentaire sont associées à un risque plus élevé de déclin cognitif et de démence, notamment la maladie d'Alzheimer. Certains mécanismes impliquent la nutrition (difficultés à mâcher entraînant des carences, notamment vitaminiques), des voies inflammatoires communes et des impacts directs du microbiote oral sur la santé cérébrale. Une étude de grande ampleur indique que chaque dent manquante augmente le risque de troubles cognitifs de 1,4%.
La correction passe par une organisation régulière de soins bucco-dentaires en établissement, notamment en Ehpad, la formation du personnel et le dépistage systématique des caries. Toutes ces mesures améliorent le confort oral et, indirectement, le bien-être cognitif du résident âgé. L’accès facilité aux soins de confort, la prévention et la sensibilisation des familles et soignants rendent ce facteur de risque facilement modifiable
Comment la télémédecine améliore-t-elle ces différentes filières ?
Télémédecine et troubles visuels
Le dépistage à distance des troubles visuels.
Des plateformes de télémédecine permettent de réaliser des tests visuels (comme des tests d’acuité visuelle ou de détection de troubles comme le glaucome ou la rétinopathie diabétique) via des applications mobiles ou des dispositifs connectés. Plusieurs études dans la littérature montrent que ces plateformes facilitent le dépistage dans les zones rurales ou chez les personnes à mobilité réduite.-
Le télésuivi des maladies visuelles chroniques.
Les patients atteints de maladies visuelles chroniques (comme la dégénérescence maculaire) peuvent envoyer des images de leur rétine ou des auto-tests à leur ophtalmologiste, le plus souvent par l'intermédiaire d'un professionnel de la santé visuelle qui réalise ainsi une téléexpertise dans le cadre d'un suivi régulier sans qu'un déplacement du patient soit nécessaire.
L'adaptation des corrections visuelles.
Les opticiens, les orthoptistes et les ophtalmologistes peuvent ajuster les prescriptions de lunettes ou de lentilles à distance, en s’appuyant sur des données recueillies par le professionnel de la santé visuelle chez le patient (comme des mesures de réfraction réalisées avec des outils connectés pilotées par l'IA).
Des séances de téléréadaptation visuelle.
Des programmes de rééducation visuelle (pour les patients ayant subi une chirurgie ou souffrant de troubles neurologiques) peuvent être réalisés au domicile via des plateformes interactives.
Télémédecine et troubles auditifs
La réalisation de tests auditifs en ligne.
Des audiogrammes peuvent être réalisés à distance, avec l'accompagnement de professionnels de santé, grâce à des casques et des applications dédiées, permettant de détecter des pertes auditives précoces.
Le suivi des appareils auditifs.
Les audio-prothésistes peuvent réaliser des téléexpertises auprès des médecins ORL (voire des audiologistes dans certains pays) afin d'ajuster les réglages des prothèses auditives à distance, en fonction des retours des patients et des données transmises lors de la téléexpertise.
La télérééducation auditive.
Les patients peuvent bénéficier de séances de rééducation auditive (comme la lecture labiale ou des exercices d’écoute) via des plateformes de télémédecine.-
La téléconsultation d'accompagnement psychologique.
La téléconsultation permet d’offrir un accompagnement chez les patients souffrant d’acouphènes ou de troubles liés à la surdité,
Télémédecine et troubles de la santé orale
La téléexpertise odontologique.
Les dentistes peuvent évaluer des problèmes dentaires à distance (comme des caries, des inflammations ou des troubles parodontaux) via des photos ou des vidéos réalisés par des professionnels de santé et envoyés ensuite au médecin dentiste pour téléexpertise. Cette pratique permet de donner des avis, des conseils, voire de prescrire des traitements immédiats avant une éventuelle consultation en présentiel.
L'éducation à l’hygiène bucco-dentaire.
Des programmes éducatifs en ligne aident les patients à adopter de bonnes pratiques d’hygiène bucco-dentaire, notamment chez les enfants ou les personnes âgées.
Le télésuivi en orthodontie.
Les orthodontistes peuvent suivre l’évolution des traitements via des photos ou des scans 3D réalisés chez le patient par des professionnels de santé et envoyés par téléexpertise à l'orthodontiste, réduisant ainsi le nombre de consultations en cabinet.
L'évaluation à distance des urgences dentaires.
En cas de douleur ou d’infection, la téléconsultation dentaire permet une première évaluation rapide de la situation bucco-dentaire sur la base de l'interrogatoire. Elle permet de juger si une orientation immédiate vers le cabinet dentaire est nécessaire.
Quels sont les bénéfices de la télémédecine dans ces trois filières ?
La réduction des délais de prise en charge est un bénéfice reconnu dans toutes les études. Les patients accèdent plus rapidement à un avis médical, surtout dans les zones sous-dotées en médecins spécialistes. La réduction des coûts est également un autre bénéfice reconnu (https://telemedaction.org/422016875/451568650). Il y a moins de déplacements par transports sanitaires et moins d’hospitalisations inutiles. L'amélioration de l'empreinte carbone est à souligner. Cet effet sur l'environnement a été particulièrement étudié pendant la pandémie Covid 19, en particulier pendant les confinements. (https://telemedaction.org/423570493/sant-et-empreinte-carbone https://telemedaction.org/422016875/une-m-decine-plus-verte-gr-ce-la-t-l-m-decine)
L'amélioration de l’observance des traitements est un bénéfice démontré. Le suivi régulier et simplifié encourage les patients à respecter leurs traitements.. La téléexpertise améliore la collaboration entre professionnels de santé, ainsi que les connaissances professionnelles réciproques. Les données partagées entre médecins, opticiens, audiologistes et dentistes permettent une approche pluridisciplinaire efficace.
Quels sont les limites et les défis ?
L'accès aux outils technologiques reste une limite d'usage. Tous les patients ne disposent pas d’un ordinateur ou d'une tablette, d’une connexion internet haut débit (zonés blanches) ou de dispositifs connectés. La formation des professionnels de santé est fortement recommandée dans toutes les études publiées après la pandémie. Les professionnels doivent être formés à l’usage des pratiques de télésanté et aux nouvelles technologies du numérique en santé. La protection des données personnelles de santé, lors de soins distanciels, reste un défi permanent. La sécurité et la confidentialité des données de santé transmises à distance sont cruciales.
La télémédecine, en particulier la téléconsultation et la téléexpertise, ne se substitue pas aux consultations en présentiel jugées nécessaires, mais les complète le plus souvent en rendant les soins plus accessibles et personnalisés. C'est le parcours de soins hybride du 21ème siècle.
13 novembre 2025