Aux Assises de la Télémédecine : si elle est bien conduite, la téléconsultation n'est pas inférieure à la consultation présentielle.


Plusieurs études internationales contrôlées et randomisées


Une revue australienne, publiée en janvier 2022, revoit 11 études contrôlées et randomisées

Cette revue a rassemblé les études contrôlées et randomisées (ECR) réalisées dans 7 pays (Australie 2 études, Etats-Unis 3 études, Espagne 2 études, Danemark 1 étude, Japon 1 étude, Ecosse 1 étude) depuis 2010 : The effectiveness of teleconsultations in primary care: systematic review.Carrillo de Albornoz S, Sia KL, Harris A.Fam Pract. 2022 Jan 19;39(1):168-182. doi: 10.1093/fampra/cmab077.PMID: 34278421.

Les quatre conclusions principales :

1) Les téléconsultations par vidéo sont de qualité clinique non-inférieure aux consultations en présentiel sur la base des résultats de plusieurs ECR réalisées par les professionnels médicaux.

2) Les patients les plus susceptibles de bénéficier de ces téléconsultations sont ceux atteints de maladies chroniques.

3) L'expérience des patients (évaluée par les PREMs ou patients reported expérience measures) est meilleure en consultation présentielle car les informations et les conseils sont plus riches.

4) Les téléconsultations ont le potentiel d'améliorer l'équité et l'accessibilité aux soins.


Une étude indienne ECR confirme la non-infériorité de la téléconsultation

Diagnostic Concordance of Telemedicine as Compared With Face-to-Face Care in Primary Health Care Clinics in Rural India: Randomized Crossover Trial.Verma N, Buch B, Taralekar R, Acharya S.JMIR Form Res. 2023 Jun 23;7:e42775. doi: 10.2196/42775.PMID: 37130015

Dans cette étude contrôlée, randomisée en double aveugle, il est observé une concordance diagnostique de 74 % (77/104) et une concordance thérapeutique de 79,8 % (83/104) entre la consultation en présentielle et la téléconsultation.


L'organisation mise en place donne aux infirmiers et infirmières exerçant en zones rurales la mission d'organiser les téléconsultations avec les médecins exerçant en ville. Les infirmiers et infirmières réalisent l'interrogatoire des patients avant la connexion avec le médecin. Ces professionnels de santé sont aidés dans leur démarche par un dispositif numérique, doté d'un algorithme, qui les guide dans la manière de conduire l'interrogatoire du patient en fonction du problème initial de soin primaire.

Cette organisation professionnelle n'a pas eu d'impact négatif sur la concordance diagnostique et thérapeutique entre la consultation en présentiel et celle réalisée à distance avec l'assistance d'un infirmier. Cette concordance est comprise entre 70 et 80%, confirmant les études réalisées dans les pays développés où l'organisation professionnelle implique également l'assistance d'un professionnel de santé dans la conduite de la téléconsultation "accompagnée", en particulier chez les patients en situation d'illectronisme, souvent âgés et atteints de maladies chroniques.


Une téléconsultation bien conduite


L'importance d'un interrogatoire structuré reposant sur la recherche des antécédents pathologiques et sur des données sémiologiques.

Avant qu'apparaisse la télémédecine, les médecins internistes avaient travaillé sur l'importance d'un interrogatoire bien structuré qui permet d'évoquer le diagnostic et/ou l'efficacité d'une thérapeutique dans 70% des cas. Les premières publications remontent au début des années 70 et ont été réalisées par le grand interniste américain Tinsley Harrison, auteur d'un traité de médecine de référence "Harrison's Principles of Internal Medecine",et ses élèves.

Nous avons également eu en France un grand interniste, Pierre Godeau, qui a dirigé le service de médecine interne de l'hôpital la Pitué-Salpêtrière à Paris (1974-1996). Il est à l'origine du "Traite de Médecine" qui fut une référence incontournable pour la formation et la pratique des internistes français. Le "Harrison" et le "Godeau" ont marqué la médecine universelle du 20ème siècle.

Le service de médecine interne de l'Université de Grenoble a publié en 2019 une thèse de médecine intitulée : "Étude sur l’apport de l’interrogatoire et de l’examen physique soigneux, dans le diagnostic final d’une pathologie en consultation de médecine interne" par Aurélie Madelon https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-02117820. L'auteure de cette thèse confirme, 45 ans après la première publication d'Harrison, que l'interrogatoire contribue au diagnostic dans 70% des cas, les examens paracliniques dans 25% et l'examen physique dans seulement 5%.


L'application des résultats de la médecine interne à la téléconsultation

Comme cela a été souligné au cours des Assises de la Télémédecine du 14 novembre, il y a plusieurs formes de téléconsultation : la téléconsultation à l'initiative du médecin traitant qui connaît son patient, la téléconsultation à l'initiative du citoyen ou du patient auprès d'un médecin qu'il ne connait pas, par exemple salarié d'une STC (société de téléconsultation), la téléconsultation non programmée dans un contexte d'urgence ressentie, la téléconsultation assistée par un infirmier ou un pharmacien, la téléconsultation hors parcours de soin (ophtalmologie, psychiatrie, pédiatrie, gynécologie, odontologie), etc. Toutes ces formes de téléconsultation ont des contextes bien spécifiques (https://telemedaction.org/les-objectifs-des-assises/1-res-preconisations).

La qualité d'une téléconsultation auprès d'une médecin qui ne connaît pas le patient, ce qui caractérise les téléconsultations des STC, doit s'appuyer sur un interrogatoire structuré par l'évaluation des antécédents du patient et l'analyse sémiologique (télé sémiologie) des symptômes. Elle doit se réaliser par video, dans un environnement approprié permettant de recueillir en particulier les indicateurs non-verbaux lors du déroulement de la téléconsultation . (https://telemedaction.org/432098221/450415051,https://telemedaction.org/432098221/tlc-et-environnement-du-m-decin,).

Lorsqu'elle est assistée par un professionnel de santé (infirmier, pharmacien), la qualité de la téléconsultation est améliorée par l'usage d'objets connectés (stéthoscope connectée, otoscope connecté, pharyngoscope connectée, tensiomètre connecté, etc.) et l'examen clinique, interrogatoire compris, réalisé par le professionnel de santé qui accompagne le patient.

La première rencontre en téléconsultation d'un citoyen ou d'un patient avec un médecin qu'il ne connaît pas doit durer le temps équivalent à celui d'une primo consultation en présentiel. Elle devrait être éclairée par le contenu de Mon Espace Santé, avec le consentement du patient.https://telemedaction.org/423570493/mes-santuaire-de-la-t-l-sant


Faut-il une formation préalable pour pratiquer une bonne téléconsultation ?


Cette question se pose lorsque le professionnel médical n'a pas d'acculturation au numérique (situation très fréquente dans tous les pays) et/ou réalise de mauvaises téléconsultations (par exemple une téléconsultation de moins de 5 mn lorsqu'on ne connait pas le patient).

Certains diront qu'il existe aussi des mauvaises consultations présentielles par des médecins qui abusent de la médecine à l'acte à des fins financières (par exemple, plus de 40 consultations/jour alors qu'une bonne pratique en soins primaires est autour de 20 consultations/jour). Une consultation présentielle et une téléconsultation de mauvaise qualité (notamment avec un patient que le médecin ne connaît pas) fait courir des risques au patient et au professionnel, car une erreur diagnostique et/ou thérapeutique est plus fréquente. Elle peut entrainer un accident médical dont la cause sera jugée en responsabilité civile si le patient porte plainte.

Si un processus judiciaire est engagé suite un accident médical qui serait directement lié à une mauvaise pratique de téléconsultation, le juge civil recherchera, entre autres, si le professionnel médical a bien été formé aux bonnes pratiques de la télémédecine en application de l'article R.6316-5 du CSP, lequel précise que "Les organismes et les professionnels de santé libéraux qui organisent une activité de télémédecine ou de télésoin s'assurent que les professionnels de santé et les psychologues participant aux activités de télémédecine ou de télésoin ont la formation et les compétences techniques requises pour l'utilisation des dispositifs correspondants".


Cette journée des Assises de Télémédecine, organisée par l'ARS Ile de France et l'Assurance maladie (CPAM Essonne) marque un tournant dans la pratique de la télémédecine en France. On ne devrait plus dire que la téléconsultation est une pratique exceptionnelle et qu'elle est une forme dégradée de la médecine.


15 novembre 2025