Quinze ans d'expérience avec les services de télémédecine dans la Province de Gangwon en Corée

Kim HG1Ahn ME2Choi YA3Choi EH4Kim DW1Shin SG5Park KS5Han JH5. Fifteen-year Experience with Telemedicine Services in Gangwon Province in KoreaHealthc Inform Res. 2015 Oct ; 21(4):283-291. Epub 2015 Oct 31.

Objectifs

Cette étude a pour objectif d'identifier les facteurs qui contribuent à la réussite des services de télémédecine dans la province de Gangwon en Corée du Sud. Cette province a une population d'un million et demi d'habitants, une population vieillissante, avec une densité relativement faible (88,2 habitants/km2). Une grande partie (72,4 %) réside dans les zones urbaines. Onze des 18 municipalités de cette province ont été classées comme des régions ayant des services médicaux insuffisants. Cinq villes n'ont pas de services d'obstétrique. Afin de surmonter l'insuffisance en infrastructures de soins et de services médicaux, les autorités de la province de Gangwon ont mis en place des services de télémédecine au début des années 2000. Ces services offrent des téléconsultations, notamment de neuropsychiatrie pour les patients atteints de troubles cognitifs et  une télésurveillance de maladies chroniques, notamment du diabète et de l'hypertension artérielle chronique.

Méthodes

C'est à l'avènement du haut débit Internet au début des années 2000, qu'ont été mis en place en 2004 dans la plupart des zones rurales de la Province de Gangwon, 24 centres de soins de santé publics équpés de services de télémédecine pour suivre les patients atteints d'hypertension et de diabète sucré. Cette première étape a été suivie à partir de 2008 d'une extension de ces services à près de 250 centres de santé publique et au domicile avec la surveillance de l'hypertension artérielle avec des tensiommètres connectés et la surveillance biologique régulière des marqueurs biologiques comme les taux de cholestérol, de glycémie et d'hémoglobine glyquée (HbA1c). A partir de 2014 des services de télésanté ont été ajoutés (e-learning, trackers d'activité physique, accompagnement diététique,agendas numériques sur smartphones). L'équipement numérique s'est également enrichi avec des électrocardiographes connectés, des stéthoscopes numériques, des dermatoscopes, oxymètres, glucomètres, etc. L'activité de ces services a monté en puissance depuis 2004, passant de 358 patients pris en charge en 2004 à 1537 en 2006 et près de 2000 en 2014. Des enquêtes de satisfaction ont été menées aux différentes périodes de l'étude sur une échelle de 5 points.

Résultats

Sur les trois périodes de l'étude la satisfactions des patients est restée similaire avec un taux moyen de 4.46±0.70 points. Sur la même période, la satisfaction des professionnels de santé était pour les infirmières de 3.82±0.62 points et pour les médecins de 3.60±0.56, avec toutefois une satisfaction décroissant pour les médecins dans la dernière période de l'étude  (à partir de 2012). Les services de télémédecine ont augmenté la compliance des patients  à la prise de médicaments, ont amélioré leur qualité de vie. Chez les patients diabétiques l'hémoglobine glyquée était améliorée, de même que le contrôle de la pression artérielle.  Une étude coût/bénéfice était également conduite pour évaluer ce que les patients acceptaient de payer pour conserver ces services de télémédecine. Les patients étaient disposés à payer environ 3,5 US$ à chaque service de télémédecine.

Pour ces services de télémédecine, les dépenses mensuelles sont représentées par le salaire du médecin (172 US$), le fonctionnement technique (26 US$), les frais administratifs (5,7 US$) et autres dépenses (11,2 US$). Ces dépenses n'incluent pas les frais de développement du service de télémédecine, la maintenance du système et le salaire des infirmiers. La dépense par patient en 2015 était calculée à 1,8 US$/mois.

Conclusions

Les services de télémédecine ont augmenté la compliance des patients aux médicaments, amélioré le contrôle glycémique et le contrôle de la pression artérielle chez les patients souffrant de diabète et d'hypertension. De plus, l'étude médico-économique était favorable aux services de télémédecine.

Commentaires

Cette étude coréenne conduite sur une période de 15 ans est intéressante à plusieurs titres. Tout d'abord, le service de télémédecine coréen associe la pratique de téléconsultations pour des patients âgés isolés, notamment atteints de troubles cognitifs, et un système de télémonitoring de maladies chroniques, comme l'hypertension chronique et le diabète de type 2. Elle s'est enrichie très récemment de services de télésanté pour une prise en charge globale des patients. L'organisation mise en place s'est révélée efficace au plan sanitaire puisqu'elle améliore le contrôle glycémique et de la tension artérielle grâce à une meilleure compliance aux traitements prescrits. Enfin, la qualité des services conduisent les patients à accepter de payer une contribution financière modérée pour les conserver. Dans cette étude, nous avons également une étude financière précise des dépenses engagées.