L'usage des MOOCs pour former les professionnels de santé à la télémédecine

La deuxième journée du colloque Formatic Santé fut consacrée au thème "Les MOOCs, une révolution dans la e-santé". Les interventions furent de grande qualité. Même si les MOOCs (Massive Open Online Course) constituent un risque d'ubérisation de l'enseignement universitaire (Pr Albert Claude Benhamou), force est de constater que près de 4 ans après leur lancement au Canada, plus de 15 millions de personnes à travers le monde suivent un enseignement par MOOC.

L'Association Formatic Santé a initié en octobre 2015 un MOOC "initiation à la e-santé" dont les premiers résultats ont été présentés par la fondatrice Lysette Cazellet. Près de 1.900 personnes se sont inscrites au cours qui s'est déroulé du mois d'octobre au mois de décembre 2015. Seuls 115 participants ont suivi le "parcours approfondi" du MOOC qui se déroulait sur neuf semaines et exigeait de la part des inscrits la production de travaux, individuels ou collectifs, 33 ont validé l'ensemble du module. Pour l'ensemble des spécialistes de cette formule pédagogique, avoir 20% des inscrits qui participent réellement à la totalité de la formation est très honorable.

Le Professeur Henri-Jean Philippe a présenté le MOOC "Chirurgie ambulatoire" qu'il vient de lancer pour les chirurgiens de l'APHP. Présentée par le DG de l'APHP, Martin Hirch, cette  formation et ses objectifs ont conduit près de 300 chirurgiens de l'APHP à s'inscrire à ce MOOC. Les résultats de cette première formation ne sont pas encore connus.

Le travail, souvent en flux tendu, dans les hôpitaux français rend de plus en plus difficile la participation des professionnels de santé médicaux à des formations classiques en présentiel pendant quelques jours. Les congrès traditionnels de spécialités médicales sont moins fréquentés depuis quelques années, notamment à cause des coûts générés par la formation continue des médecins, (inscription,déplacement, hébergement), coûts qui ne sont pas toujours pris en charge par le budget formation des hôpitaux, réservé en priorité aux formations des professionnels de santé non médicaux et des agents administratifs.

Nous constatons également de telles difficultés de prise en charge hospitalière dans le champ de la télémédecine, alors que le besoin de formation à cette nouvelle pratique est important. Il est ainsi difficile de regrouper les praticiens hospitaliers dans des ateliers de formation. De plus, la reconnaissance de telles formations par l'OGDPC reste incertaine, notamment parce que la médecine en ligne nécessite de travailler avec les industriels du numérique ou des start ups qui proposent les services technologiques en ligne adaptés aux usages des praticiens. Cette nécessaire co-construction, industriels-professionnels de santé,  n'est pas encore comprise ou admise par l'OGDPC.

Les MOOCs de télémédecine pourraient être la solution pour toucher un grand nombre de praticiens hospitaliers concernés par les solutions de télémédecine. Nous avons à plusieurs reprises défendu l'idée que les projets médicaux de territoire des futurs Groupements Hospitaliers de Territoire (GHT) devaient utiliser la télémédecine pour structurer un parcours de soins gradué au sein du territoire, entre les différents établissements du GHT (voir le compte rendu du Congrès SFT-Antel (1)).

Le modèle économique de ces MOOCs de télémédecine serait intéressant pour les établissements de santé, qu'ils soient publics ou privés. L'expérience actuelle montre que les formations par MOOC ont un prix de revient 4 à 5 fois inférieur au prix d'une formation continue médicale traditionnelle. 

Si on veut que la télémédecine se développe dans ce pays de façon pérenne, notamment dans les établissements de santé "requis" pour des téléconsultations spécialisées ou des téléexpertises (voir les définitions dans le billet éditorial "Clarifions encore"), il est urgent de mettre en place des formations pour les praticiens de ces établissements de santé. La formule pédagogique du MOOC a beaucoup d'avantages pour toucher le plus grand nombre de praticiens hospitaliers. Le coût peut être attractif pour les directions financières des établissements de santé.