Le mal être des médecins dans un système de santé en pleine mutation

On l'attendait cette enquête organisée par le CNOM auprès des 280 000 médecins ! Les résultats viennent juste de tomber : 35 000 d'entre eux se sont exprimés ! En miroir de cette enquête, un sondage auprès de 4000 français. Que nous disent ces médecins et ces français ?

Les médecins affirment qu'ils ont choisi ce métier par passion : 89% se disent fiers d'appartenir à cette profession ! Pourtant, seulemnt 14% la pratiquent avec enthousiasme, 12% sont déçus et 18% témoignent d'une lassitude. En clair, le métier qu'ils pratiquent n'est pas celui dont ils ont révè. La note globale donnée aujourd'hui à ce métier est de 6,3/10.

Le malaise est au quotidien : les médecins sont inquiets face à leur propre avenir professionnel! 55% sont pessimistes contre seulement 39% qui restent optimistes. Et ce pessimisme est plus fréquent lorsqu'on a une activité libérale (64%), qu'on est âgé de 40 ans et plus (60%), qu'on exerce seul (60%) ou qu'on est médecin généraliste (58%).

74% sont pessimistes sur l'avenir même de leur profession.

97% des médecins déplorent le trop de contraintes réglementaires, économiques et administratives. 91% estiment que leur mission de service public est mal reconnue.

"On arrive à un emprisonnement administratif. Nous demandons à pouvoir faire notre métier." Les frustations sont nombreuses : difficile équilibre entre la vie professionnelle et la vie privée, manque de possibilités d'évolution de carrière au sein même de la profession, un niveau de rémunération qui ne reconnait pas la charge de travail.

Quelques satisfactions hereusement ! La relation patient-médecin reste satisfaisante, mais elle s'est fragilisée au cours des 10 dernières années : 46% des français sondés pensent même qu'elle s'est détériorée et 65% pensent que le médecin n'a plus assez de temps à  consacrer aux soins. Grande cohérence donc entre le ressenti des médecins et celui des usagers.

Alors que le système de santé est encore jugé de qualité par 86% des médecins et 84% des patients, le taux de satisfaction n'est toutefois que de 39% chez les médecins alors qu'il est de 79% chez les français.

Comment expliquer un tel décalage de satisfaction vis à vis du système de santé ?

93% des médecins estiment que le pilotage de la santé par les pouvoirs publics n'est pas satisfaisant ! C'est une quasi unanimité de la profession médicale ! Sont notamment ciblées l'articulation des rôles entre l'Assurance maladie et les complémentaires (67%) et l'organisation d'une offre de soins jugée inadaptée aux besoins (60%). Ces avis sont partagés par les patients : 53% des français jugent que les pouvoirs publics ne font pas de la santé une priorité. 

Un système de santé en panne !

Il se détériore pour 63% des français et 82% des médecins. Il crée un sentiment de pessimisme pour l'avenir chez 69% des français et 86% des médecins. Il y a urgence à réformer le système pour 87% des français et 95% des médecins. Quelle unanimité !

Des propositions concrètes de réforme du système de santé

Le système de santé doit rester piloté par les pouvoirs publics pour 61% des médecins et l'organisation des soins doit privilégier la proximité pour 59%

Et de décliner 6 actions prioritaires :

1) Un choc de simplification administrative pour libérer du temps de soin

2) Le rééquilibrage de la gouvernance entre l'Assurance maladie, pouvoirs publics et médecins.

3) La lutte contre les inégalités territoriales d'accès aux soins : c'est l'indication première de la télémédecine.

4) Le développement du travail en réseau en renforçant les relations ville/hôpital et en favorisant les coopérations entre d'autres professionnels de santé. La pratique  de la  télémédecine et l'usage des outils de la santé connectée favorisent ce travail en réseau et la coopération pluriprofessionnelle.

5) La mis en adéquation de la formation initiale des médecins avec la réalité des exercices.

6) La création de passerelles entre spécialités pour élargir les perspectives d'avenir.

86% des français font confiance aux médecins pour faire évoluer le système de santé !

Ces enquêtes montrent que  la nouvelle loi de santé votée définitivement par le parlement ce matin (hasard du calendrier ?), après 16 mois de discussion, n'a pas apporté les réponses qu'attendent les médecins et les français.