Les BIG DATA et les MOOCs au service de la qualité des soins

Dans quelques jours, les 3 et 4 février 2016, se tiendra à la Cité Internationale Universitaire de Paris le symposium annuel de l'Association Formatic Santé consacré cette année à deux thèmes d'actualité, particulièrement intéressants : le BIG DATA en santé et les MOOCs.

Ces deux thèmes font partie du vaste champ de la santé en ligne (e-santé ou santé connectée). Ils interpellent bien évidemment les pratiques de la médecine, qu'elle soit en ligne (télémédecine) ou non.

Qu'attend-on des BIG DATA en médecine ?

Nous sommes entres, depuis 2012, dans l'ère du Big Data, c'est à dire de la production massive de données, comme en atteste la recherche du mot clé sur Google : plus de 80% des données mondiales ont été produites entre 2012 et 2015. Les plus gros pourvoyeurs de données ne sont pas dans le champs de la santé (accélérateur de particules, télescope, réseaux sociaux, courriels, etc..). Le Big Data en biologie-médecine fait d'abord référence à la génomique avec les données de séquençage obtenues de plus en plus rapidement et massivement.

L’utilisation des Big Data n’est pas encore très répandue dans le domaine médical, bien que les techniques aient commencé à faire leurs preuves dans le champ de la recherche clinique médicale. C'est ainsi que l'utilisation des Big Data fait partie de la recherche vaccinale contre le VIH (Essai DALLIA ou Dendritic cells and Lipo5 Immunization against Aids). La complexité de l'étude (800 mesures par patient et par visite et 47 000 sondes pour l'expression génique/patient/visite) nécessitait des capacités nouvelles d'évaluation des données fournies. De plus, la multiplicité des variables à tester engendrait le problème de la multiplicité des tests statistiques réalisés. Le grand avantage des Big Data en recherche clinique est de pouvoir traiter un plus grand nombre de paramètres dans le même essai et ainsi d'éviter plusieurs essais cliniques successifs (voir l'excellent éditorial de R. Thiébaut et coll, l'analyse des Big Data en recheche clinique, Revue d'Epidémiologie et de Santé Publique 62 (2014) 1-4, http://dx.doi.org/10.1016/j.respe.2013.12.021). En France, les données du SNIRAM, collectées depuis 20 ans par l'Assurance maladie, pourraient être ouvertes à la recherche clinique épidémiologique.

Actuellement, les Big Data en santé permettent de créer des profils bénéfices/risques dans les plans de gestion des risques chez les patients enrollés dans des études cliniques de phases II et  III, de contrôler certains risques associés à certaines maladies dans le but d'évaluer les effets potentiels des nouveaux traitements, ainsi que de décider si tel traitement chez des patients ayant certains antécédents est contraire à l'éthique. De plus, en combinant les données d’essais cliniques de plusieurs sources, il est possible de retrouver la situation spécifique d'un patient et d'identifier ainsi la stratégie thérapeutique qui offre les meilleures chances de réussite. C'est la médecine personnalisée.

On voit se profiler de nouveaux usages du Big data en médecine. Tout d'abord la gestion des importants volumes de données génomiques collectées dans des populations malades ou non, afin d'évaluer les risques associés à l’état de santé, ainsi que le profil prédictif du vieillissement et de la survenue des maladies. Ensuite, il y a le traitement des quelques 25 millons d'articles médicaux scientifiques hébergés dans les bases internationales de données médicales (PubMed, Cochrane, etc..) dans le but de mieux profiler les maladies, notamment sur leurs traitements, les morbidités associées et la qualité réelle des soins délivrés. Egalement, mieux appréhender les facteurs environnementaux associés à l'apparition et l'évolution des maladiescomme l'alimentation, la proximité des lignes de haute tension, la pollution, le changement climatique, les pollens et leur densité dans l'atmosphère, l'utilisation des pesticides, etc...

Qu' attend-on des MOOCs dans la formation des professionnels de santé ?

Entré dans le Larousse en 2016, l'acronyme anglais MOOC ( massive open online source ) est une formation ouverte en ligne aux "masses". Il existe d'autres acronymes synonymes en français : formation en ligne ouverte à tous (FLOT) ou cours en ligne ouvert et massif (CLOM). Les participants aux cours, enseignants et élèves, sont dispersés géographiquement et communiquent uniquement par internet. On cite des formations anglosaxones qui réunissent plusieurs dizaines de milliers de participants. L'application des MOOCs aux formations des professionnels de santé vient compléter le champ du e-learning qui recouvre toutes les méthodes de formation s'appuyant sur les TICs. Ce qui distingue, en autres, les MOOCs de l'e-learning traditionnel est le caractère massif de la formation.

L'Association Formatic santé est la première structure en France à proposer une formation à l'e-santé par MOOC. La première expérience conduite depuis octobre 2015 sera présentée lors de ce symposium par Lisette Cazellet, fondatrice de l'Association. Il sera en particulier intéressant de connaitre l'évaluation de cette formation de neuf semaines. Il y a certainement, à travers cette solution MOOC, de nouvelles possibilités de formation continue pour les professionnels de santéLa diversité géographique des participants au MOOC enrichit l'expérience sur les sujets traités. Enfin, le modèle économique de ces MOOCs est intéressant car il rend accessible au plus grand nombre certaines formations qui pouvaient être limitées à un petit nombre ayant la possibilité d'assurer la charge financière des déplacements et des inscriptions, notamment à ceux vivant dans les pays en développement. Les MOOCs améliorent ainsi la démocratie participative dans le champ de la formation professionnelle.

Voici le lien pour s'inscrire à ces journées :http://www.colloqueticsante.fr/2015/11/le-programme-du-4-fevrier-2016.html