La téléexpertise va créer de nouveaux rapports entre les médecins hospitaliers d'un GHT et avec les médecins de ville

La télé-expertise est l’activité de télémédecine qui va le plus structurer les nouvelles organisations médicales du XXIème siècle. Aucun médecin ne peut aujourd’hui prétendre posséder une connaissance exhaustive et suffisante de la science médicale pour prendre en charge dans leur globalité les problèmes de santé d’une personne. La médecine a atteint au fil des années un niveau de complexité scientifique qui explique pour une part le phénomène de spécialisation médicale, voire d’hyperspécialisation, qui a marqué les trente dernières années.

Le décret de télémédecine du 19 octobre 2010 définit ainsi cette pratique: "La télé-expertise a pour objet de permettre à un professionnel médical de solliciter à distance l’avis d’un ou de plusieurs professionnels médicaux en raison de leurs formations ou de leurs compétences particulières, sur la base des informations médicales liées à la prise en charge d’un patient." (art. 6316-1, 2ème paragraphe du Code de la santé publique).

La télé-expertise représente une nouvelle façon d’exercer la médecine au XXIème siècle. Elle permet aux professionnels médicaux d'échanger régulièrement, de mutualiser leurs connaissances médicales et d’enrichir leur compétence réciproque. Les patients ne peuvent qu'en avoir des bénéfices. D'ailleurs, elle ne fait que respecter les devoirs du médecin envers les patients, rappelés à l’article R.4127-32 du CSP.

La télé-expertise favorise la continuité des soins et évite la rupture que représentent aujourd’hui les délais trop longs pour l’obtention d'un rendez-vous auprès de certains spécialistes. La télé-expertise directe entre médecins, généralement en l’absence du patient, peut remplacer une consultation spécialisée et raccourcir le délai habituel d’obtention d’un avis spécialisé.

Elle permet au médecin traitant, coordinateur des soins en ville, d’assurer la continuité de la prise en charge dans de meilleures conditions pour le patient. Celui-ci doit toutefois être informé de cette pratique et y consentir, car elle remplace certaines consultations spécialisées en face à face auxquelles le patient, notamment celui atteint de maladie chronique, avait l’habitude de se rendre. Le patient doit garder le libre choix du mode de suivi médical spécialisé, c’est la raison pour laquelle il doit être informé de cette nouvelle pratique médicale. L’article R.6316-2 du CSP précise que « les professionnels participant à un acte de télémédecine peuvent, sauf opposition de la personne dûment informée, échanger des informations relatives à cette personne, notamment par le biais des technologies de l'information et de la communication ». Si le patient peut s’opposer à la télé-expertise, c’est parce qu’il en est informé. Toutefois, le consentement ne doit pas être recueilli à chaque acte de télé-expertise si le patient a donné initialement son accord à cette nouvelle forme de prise en charge. Néanmoins, il doit savoir qu’il peut revenir à une prise en charge classique, en face à face, avec le médecin spécialiste de son choix s’il n’est pas satisfait de la méthode de télé-expertise. Le patient peut être attaché à un médecin spécialiste et souhaiter le rencontrer de temps en temps.

Dans les Goupements Hospitaliers de Territoire (GHT), la télé-expertise va modifier le parcours des patients au sein du territoire de santéTout dépendra de l'organisation mise en place. Cette nouvelle organisation doit être décrite dans le projet médical partagé du territoire et validée par les instances institutionnelles. La télé-expertise au sein d'un GHT va rebattre les cartes de l'activité T2A dans chaque établissement du GHT. De nombreuses études  montrent que cette pratique permet une fois sur deux d'éviter un transfert vers l'établissement spécialisé, et ainsi d'hospitaliser dans l'établissement proche du domicile du patient. Le programme du télé-AVC inter-établissements a fourni aux services d’urgences des établissements de proximité un dispositif de télémédecine qui peut être utilisé pour d’autres télé-expertises spécialisées.

En ville, les médecins traitants sont demandeurs de télé-expertises au quotidien, notamment dans certaines spécialités (cardiologie, neurologie, endocrinologie, dermatologie, néphrologie). Cette télé-expertise peut être réalisée avec les spécialistes de ville ou ceux de l'hôpital. Tout dépend de la capacité des médecins spécialistes, privés ou publics, à s'organiser pour faire cette offre de télé-expertise vers les médecins de soins primaires. Pour parvenir à cet objectif, il faut écrire un projet médical consensuel qui décrit l'organisation de la télé-expertise, ses contraintes et le financement de fonctionnement. Chaque tarif attribué à un Groupe Hospitalier de Séjour (GHS) inclut des prestations spécialisées. Aussi, c'est l'établissement où est hospitalisé le patient (qui reçoit le tarif du GHS) qui doit rémunérer la télé-expertise à l'établissement spécialisé.

Un avantage essentiel de la pratique régulière de la télé-expertise est la mutualisation des savoirs entre médecin généraliste et médecin spécialiste, ce qui à terme a l’avantage d’améliorer réciproquement les compétences. C’est la fonction apprenante de la télémédecine

La télé-expertise en téléradiologie mérite un commentaire particulier. La télé-expertise radiologique diffère du télédiagnostic ou de la téléconsultation, c’est un deuxième avis donné au radiologue demandeur par un radiologue plus expert. Le groupe téléradiologie de la Société française de radiologie (SFR) a clairement défini la télé-expertise radiologique de second avis comme une spécialité d’organe, découlant d’une hyperspécialisation radiologique. Pour la SFR, le radiologue expert, habilité à donner un second avis, doit répondre à au moins deux des critères suivants : la reconnaissance par les professionnels médicaux de sa spécialité d’organe, une pratique quotidienne importante dans les diverses pathologies relevant de son domaine d’expertise, un nombre minimum de dossiers vus par an, une participation aux staffs et réunions de concertation pluridisciplinaire, éventuellement des activités de recherche et d’enseignement dans le domaine concerné. De plus, le radiologue expert doit exercer en relation avec ou appartenir à un centre de compétence ou de référence.