Et si la télémédecine et la santé connectée se fondaient en 2030 tout simplement avec la médecine du XXIème siècle

Président de l'Université Thomas Jefferson de Philadelphie, Stephen K Klasko est reconnu aux USA comme le champion de l'enseignement numérique et de la transformation du système de santé. Il est l'éditeur en chef du nouveau journal Healthcare Transformation. Le journal Telemed J E Health lui a consacré un interview. Sa vision de la médecine du futur mérite d'être rapportée sur ce site consacré à la médecine du XXIème siècle.

Healthcare Transformation: The Future of Telemedicine. Klasko SK. Telemed J E Health. 2016 May;22(5):337-41. doi: 10.1089/tmj.2016.29007.skk. PMID:27128778

Dans cet interview, Stephen pense qu'il faut attendre 2030 et les années suivantes pour voir le système de santé totalement transformé par le numérique. Pourquoi 2030 et pas maintenant ? Parce que nous devons gérer une période transitionnelle qui va d'une médecine caractéristique des connaissances et des moyens  du XXème siècle, qui a marqué plusieurs générations de médecins encore en activité, à cette nouvelle médecine du XXIème siécle qui sera celle des nouvelles générations de médecins, enfants de la révolution numérique. "Nous cesserons alors de parler de télésanté ou de télémédecine, et parlerons tout simplement de santé et de médecine", comme dès à présent nous ne parlons pas de système bancaire "à distance" mais tout simplement de système bancaire. La société de consommation se transforme et le citoyen du XXIème siècle utilisera de plus en plus internet pour l'achat de ses besoins usuels, de même que les objets connectés et les applis mobiles dans sa vie quotidienne.

En médecine, le numérique permettra aux patients d'accéder à un médecin spécialiste dans n'importe quel endroit de la planète. Le système de reconnaissance vocale, formidable application de l'intelligence artificielle, pemettra de converser avec ce médecin spécialiste de l'autre bout du monde sans l'obstacle de la langue. Les objets connectés et les robots de la maison permettront de faire des bilans de santé qui pourront être adressés au médecin de son choix, dans n"importe quel pays. 

A la question, "n'est-il pas temps d'introduire l'enseignement du numérique dans le programme des facultés de médecine" ? Steven fait un diagnostic très pertinent des programmes  enseignés aujourd'hui dans les facultés de médecine. "On enseigne la physique, la chimie et autres matières scientifiques et on s'étonne ensuite que les médecins manquent d'empathie envers leurs patients" . "Pour répondre à votre question, je dirai que l'intelligence artificielle apportera aux futurs médecins les connaissances scientifiques qu'ils n'auront plus besoin d'apprendre, et qu'il leur faudra par contre se perfectionner dans le savoir-faire humain, avoir les aptitudes à bien communiquer, la capacité de voir et d'observer". Et de poursuivre en dénonçant les deux premières années de médecine qui servent uniquement à développer la mémoire des futurs médecins. A quoi cet entrainement à mémoriser leur servira t'il lorsqu'ils pourront utiliser l'intelligence artificielle, laquelle leur fournira en quelques instants toutes les connaissances dont ils auront besoin dans leur exercice médical, et que leur propre mémoire aurait été incapable d'absorber.

"Nous avons besoin d'un programme qui enseigne les nouvelles technologies de la santé connectée afin que les futurs médecins puissent mieux percevoir les besoins de leurs patients, les inégalités de soins dont ils peuvent être victimes et les corriger".

"Ils devront apprendre à communiquer entre eux et avec l'ensemble des professionnels de santé qui auront également en charge les patients"

"Nous devrons apprendre à nos étudiants en médecine comment se comporter dans une société de consommation, qui incluera nécessaire une consommation en santé toujours plus importante".

"Nous allons remplacer le volume du travail par de la valeur. Le futur médecin sera jugé davantage sur sa capacité à maintenir les personnes en bonne santé que sur sa capacité à soigner qui reposera beaucoup sur l'intelligence artificielle et la science des algorithmes".

Nous sommes néanmoins dans une periode transitionnelle pleine d'incertitudes sur le retour sur investissement de ces nouvelles pratiques et organisations de la médecine. Les hôpitaux doivent théoriquement déjà réduire leurs lits de 25%, prévoir la diminution d'activité des services d'urgences, etc. Les hôpitaux qui n'anticiperont pas cette évolution et qui continueront de créer de nouveaux lits iront immanquablement à la faillite en quelques années.

De même, les assureurs vont développer des modèles de rémunération à la capitation pour la prise en charge des patients atteints de maladies chroniques, avec une disparition progressive de la rémunération à l'acte. 

On comprend aisément pourquoi la nouvelle médecine des années 2030 et suivantes aura pleinement intégré la révolution numérique et qu'il ne sera plus nécessaire de distinguer la santé connectée et la télémédecine, tout simplement parce que nous serons parvenus à la santé et la médecine du XXIème siècle.

Commentaires. On ne peut que partager cette vision d'un leader de la pensée universitaire américaine. La France  a déja engagé cette disruption avec la médecine du XXème siècle par le développement de la santé connectée et de la télémédecine, dont les programmes vont s'intensifier au cours de ce nouveau quinquennat. Il faut également saluer la sagesse et le réalisme dont fait preuve Steven Klasko. Il ne dit pas "nous sommes en retard", comme on l'entend trop souvent en France, mais "assumons la période transitionnelle de la médecine du XXème siècle vers celle du XXIème siècle" jusqu'en 2030. Le cadre législatif et réglementaire de la télémédecine que la France a mis en place en 2009-2010 sert cette période transitionnelle. Comme l'annonce Steven Klasko, il est fort à parier qu'à partir de 2030 on ne parlera plus de santé connectée et de télémédecine, mais tout simplement de la santé et de la médecine du XXIème siècle. Encore faut-il que nos doyens des facultés françaises de médecine aient des leaders d'opinion aussi visionnaires que le président de l'Université Thomas Jefferson de Philadelphie !