Les épidémies virales vont-elles contribuer au développement des téléconsultations médicales assistées d'un professionnel de santé ?

La téléconsultation est-elle un moyen de réduire les risques de contagion en période d'épidémies virales ? L'infection par le Covid-19, dont le degré d'infectiosité reste modéré (2 à 3 nouvelles contaminations par personne contaminée), pose néanmoins le risque de formes respiratoires sévères ou graves touchant les personnes les plus fragiles, celles âgées atteintes de maladies chroniques du vieillissement (diabète, insuffisance cardiaque, insuffisance respiratoire, insuffisance rénale, Sida, cancer, etc) et celles atteintes d'immunodépression thérapeutique (chimiothérapie pour cancer, greffe d'organe, etc.).

Les informations données par les médias ont certainement amplifié l'angoisse des citoyens vis à vis d'un risque de contamination. Beaucoup d'entreprises développent le télétravail pour réduire les risques de contagion dans les bureaux partagés (coworking) et les espaces confinés.

Pendant une période épidémique, les médecins ne pourraient-ils pas développer des téléconsultations, d'une part pour se protéger eux-mêmes de la contagion lors d'un contact avec un patient cliniquement atteint d'un syndrome grippal fébrile et ainsi d'éviter d'être mis en quarantaine, d'autre part, s'ils sont porteurs sains du virus, pour ne pas contaminer les personnes âgées les plus exposées aux formes sévères, en particulier lors des visites médicales dans les Ehpads ? 

Comment sur le plan pratico-pratique la téléconsultation médicale pourrait se développer en période d'épidémie virale ? 

La qualité de la téléconsultation dans une situation aiguë dépend de la présence d'un professionnel de santé auprès du patient

En période épidémique, le médecin peut réserver la pratique de la téléconsultation aux personnes de sa patientèle qui ont un syndrome grippal fébrile. L'information peut être donnée au moment de la prise de rendez-vous auprès du secrétariat, ou mieux, lors de la prise de rendez-vous par une application mobile sur smartphone ou sur la plateforme d'un site web.

Le prestataire d'e-santé qui gère la plateforme de rendez-vous peut programmer une téléconsultation dans la journée, ou sous 48h, en fonction des signes décrits par le patient. La logistique doit être totalement assurée par le prestataire de la plateforme, le médecin traitant n'ayant plus qu'à se connecter à l'heure indiquée. En période épidémique, le médecin traitant pourrait réserver chaque jour une plage horaire pour réaliser les téléconsultations de patients atteints de syndrome grippal fébrile.

Tous les patients ayant un syndrome grippal fébrile sont-ils éligibles à une téléconsultation ? C'est le médecin traitant qui juge de cette éligibilité ou non en début de téléconsultation. 

Si le patient est assisté d'un professionnel de santé pendant cette téléconsultation (infirmière libérale au domicile, pharmacien d'officine à la pharmacie, infirmière à l'Ehpad), la téléconsultation se réalise dans les meilleures conditions possibles. Par exemple, s'il existe des signes respiratoires chez une personne âgée, il faut que cette téléconsultation se déroule en présence d'un professionnel de santé qui permettra au médecin de réaliser une auscultation pulmonaire à distance grâce à un stéthoscope connecté que le professionnel de santé promènera sur le thorax, à la demande du médecin traitant. La prise de la saturation du sang en oxygène, avec un capteur au doigt, sera également très utile pour évaluer la sévérité des troubles respiratoires, ainsi que la collecte d'autres paramètres physiologiques comme le rythme cardiaque, la tension artérielle, la température, etc.

Ainsi, le médecin traitant peut décider de l'hospitalisation ou non du patient, le professionnel de santé qui assiste le patient étant alors chargé d'appeler le SAMU pour que le patient soit conduit par le Smur dans le service hospitalier ad hoc sans passer par le service des urgences.

Les professionnels de santé, lorsqu'ils assistent en téléconsultation un patient porteur d'un syndrome grippal fébrile, doivent porter un masque ffp2 qui les protège d'une contagion possible venant du patient. Ce dernier doit également porter un masque dit "chirurgical" pour éviter de postillonner sur l'entourage.

Si le patient n'est pas assisté d'un professionnel de santé, la téléconsultation sera plus difficile pour le médecin traitant, car ce dernier ne pourra pas évaluer le retentissement de l'infection virale au niveau respiratoire. Grâce à la visioconférence, il verra le patient respirer et pourra indirectement conclure à l'existence ou non de signes respiratoires. Voir un patient apporte des informations cliniques.

Si le médecin a un doute sur l'existence d'une atteinte respiratoire, il peut demander au patient de refaire cette téléconsultation dans les 24h, soit avec la présence d'une infirmière libérale, soit dans une officine équipée où le pharmacien pourra assister le patient et réaliser le complément d'examens que demandera le médecin.

S'il s'agit d'un syndrome grippal fébrile sans critères de sévérité, d'autres téléconsultations peuvent être programmées au domicile pour suivre l'évolution de la maladie. Le médecin peut conseiller à son patient d'appeler d'abord l'infirmière libérale s'il constate une aggravation de son état. Celle-ci demandera alors une téléconsultation dans la journée pour obtenir une conduite à suivre.

Après cette épidémie due au Covid-19, les épidémies virales saisonnières que les populations subissent chaque année ne pourraient-elles pas changer les pratiques médicales traditionnelles ?

Cette infection due à un nouveau coronavirus, qui angoisse les citoyens, leur fait aussi prendre conscience des vertus de nouveaux comportements comme le lavage fréquent des mains, la maitrise des éternuements, l'évitement de la poignée de mains et des embrassades, le port d'un masque simple lorsqu'on est grippé avec une rhinite, mais aussi le port d'un masque ffp2 pour les professionnels de santé qui reçoivent ou visitent ces patients atteints d'un syndrome grippal fébrile, etc.

Cette nouvelle infection virale ne pourrait-elle pas également conduire à de nouvelles pratiques médicales pour diminuer le risque de contagion chez les professionnels de santé ? La téléconsultation est un moyen parmi d'autres à une période où la ressource en professionnels ne doit pas diminuer.

Les personnes âgées, qu'elles soient autonomes à leur domicile ou qu'elles résident en Ehpad doivent être protégées des infections virales saisonnières, que ce soit le virus de la grippe ou celui de la gastro-entérite, et maintenant du Covid-19. Tous les résultats des dernières années fournis par l'institut de veille sanitaire montrent que la mortalité est très élevée au-dessus de 70 ans. On pourrait imaginer des mesures de prévention plus drastiques qu'aujourd'hui pour les protéger d'une contagion virale. La téléconsultation assistée par un professionnel de santé peut faire partie de ces mesures.

Ces téléconsultations doivent pouvoir être réalisées au domicile lorsque les personnes âgées sont confinées chez elles ou dans une officine de proximité équipée pour la téléconsultation lorsque le patient ne peut être assisté par un infirmier ou une infirmière libéral(e) à son domicile.

Il faut souligner que le cadre juridique et financier pour réaliser des téléconsultations assistées est désormais en place en France depuis quelques mois, bien avant la survenue de l'épidémie du Covid-19. Les pharmaciens d'officine sont rémunérés pour assister un patient en téléconsultation avec son médecin traitant depuis septembre 2019, et l'infirmier ou l'infirmière libéral(e) est rémunéré depuis le 1er janvier 2020.

Les médecins généralistes traitants devraient voir dans cette pratique nouvelle un moyen de les protéger de la contagion virale. De plus, la téléconsultation assistée leur permet de suivre au domicile les patients infectés avec des moyens tout à fait suffisants.

5 mars 2020