L'efficacité de la télémédecine dans la surveillance des patients atteints de maladies broncho-pulmonaires obstructives chroniques en Chine

Les maladies obstructives broncho-pulmonaires sont fréquentes en Chine. Elles sont en grande partie dues à la pollution de l'air.

Une excellente revue de la littérature internationale avec également une métanalyse des études chinoises vient d'être publiée par une équipe de chercheurs de l'Université de Jiangnan de la ville de Wuxi, proche de Shanghai. Nous nous proposons d'en rapporter l'essentiel et de la commenter.

Effectiveness of Telemedicine Intervention for Chronic Obstructive Pulmonary Disease in China: A Systematic Review and Meta-Analysis. Liu F, Jiang Y, Xu G, Ding Z.Telemed J E Health. 2020 Sep;26(9):1075-1092. doi: 10.1089/tmj.2019.0215. Epub 2020 Feb 18.PMID: 32069170.

CONTEXTE

Le "marché" de la télémédecine s'est rapidement développé en Chine. Cependant, aucune revue de ce développement rapide n'a été à ce jour publiée. De même, le bilan des solutions de télémédecine implantées pour lutter contre la maladie respiratoire chronique obstructive (BPCO) n'a jamais été fait jusqu'à présent. Ainsi, l'impact des interventions de télémédecine en Chine demeure encore mal connu.

En 2018, plus de 100 millions de citoyens chinois étaient atteints d'une BPCO. Bien que la prise en charge de cette maladie ait progressé, elle demeure en Chine la deuxième cause d'hospitalisation. En 2016, le marché de la télémédecine (comprenant la surveillance à distance, la téléréadaptation, la téléexpertise synchrone et la consultation en ligne) a  atteint environ 6,15 milliards de yuans (environ 800 millions d'euros). Il est prévu que ce marché dépasse les 23 milliards de yuans (3 milliards d'euros) en 2023.

MATERIEL et METHODES

Une recherche documentaire  a été  effectuée  par  deux  chercheurs de l'université en juillet 2018, sur Embase, Cochrane Library, PubMed, China National  Knowledge Infrastructure (CNKI), Wanfang data et China Science and Technology Journal  Database (CSTJ). Les essais cliniques menés en Chine et publiés en chinois ou en anglais ont été inclus. 

La télémédecine a été associée au programme de réadaptation fonctionnelle des patients atteints de BPCO. Tous les patients ont été inclus, quel que soit le niveau d'évolution de la maladie. Les indicateurs pris en compte sont le taux d'hospitalisation et la qualité de vie. Deux chercheurs indépendants ont évalué la qualité des études prubliées. Tout désaccord a été résolu par une discussion avec un troisième chercheur indépendant.

Les intervalles de confiance de 95 % (IC)  ont été utilisés pour caractériser la significativité des résultats.

RESULTATS

La recherche dans les bases de données a permis d’identifier 974 articles potentiellement pertinents pour notre étude. Les doublons ont ensuite été exclus, soit 470 articles. Après avoir lu le texte intégral, 45 autres études ont été exclues, 18 études n’étaient  pas randomisées et contrôlées et  27 études n’avaient pas pris en compte le taux d’hospitalisation. In fine, 27 études seulement ont été incluses dans la métanalyse, dont 4 études étrangères et 23 études chinoises.

Deux études ont été conduites à Taïwan et une à Hong Kong. Les autres ont été effectuées sur le continent chinois. Quatre études ont été réalisées dans des villes de premier niveau (province), six études dans des villes nouvelles, une étude dans des villes de deuxième niveau (préfecture), huit études dans des villes de troisième niveau (district), deux dans des villes de quatrième niveau (arrondissement). L’échantillon minimum était de 40 patients et l'échantillon maximum de 224 patients.

Les infirmiers et infirmières étaient les acteurs principaux des interventions de réadaptation respiratoire par télémédecine dans 16 études chinoises. Dans 2 études, médecins et infirmiers travaillaient ensemble. Quatre études ont été conduites par des médecins seuls. Les pharmaciens ont réalisé une étude. Les technologies de télémédecine étaient variées : visioconférence, téléphone, application mobile, chat, SMS, courriel. Les interventions de réhabilitation par télémédecine allaient de 2 à 12 mois.

La qualité des interventions était évaluée à trois niveaux : 5 études ont été classées de niveau A, 21 de niveau B et 1 de niveau C. L’intervention de réadaptation respiratoire par télémédecine a significativement amélioré la qualité de vie des patients atteints de BPCO (MD = −4,93 [IC à 95 %, −6,86 à −3,01], p  < 0,00001), mais l’hétérogénéité des études était élevée (II2 = 86 %,  p = 0,0001). L'impact était le même quel que soit la solution technologique utilisée.

L'usage de la télémédecine dans la réadaptation respiratoire des patients atteints de BPCO a réduit significativement le taux d’hospitalisation (OR = 0,24 [IC à 95 % 0,20–0,29], < 0,00001), avec une faible  hétérogénéité (I2 = 25 %,  p = 0,14). 

DISCUSSION et CONCLUSIONS

Sur la base des résultats de cette étude, nous pouvons conclure qu’une norme homogène n’a pas encore été créée en Chine pour la mise en œuvre de la télémédecine chez les patients atteints de BPCO. Les infirmiers et infirmières sont les principaux acteurs d’intervention de réadaptation respiratoire par télémédecine chez les patients atteints de BPCO.

Des études conduites dans d’autres pays ont également montré que les infirmiers et infirmières étaient les principaux acteurs dans le suivi des maladies chroniques. Par exemple, les infirmiers et infirmières intervenaient par télémédecine chez les patients diabétiques dans six zones rurales des États-Unis. L'intervention était jugée efficace et a changé le comportement des patients vis à vis de leur maladie chronique. 

De toute évidence, les infirmiers et infirmières sont devenus les principaux acteurs d’intervention par télémédecine dans le suivi des patients atteints de maladies chroniques. Plus les interventions par télémédecine s'intégreront aux soins continus, plus grand sera le nombre d’infirmiers et d'infirmières qui pratiqueront la télémédecine. Toutefois, la question de savoir si cela va entrer en conflit avec leur travail actuel et s'ils ou elles sont prêt(e)s à jouer ce rôle doit être étudié par d’autres études.

En résumé, notre étude montre que les interventions de réadaptation respiratoire par télémédecine en Chine chez les patients atteints de BPCO peuvent réduire le taux d’hospitalisation. En outre, notre étude a montré que l’intervention par télémédecine améliorait la qualité de vie des patients atteints de BPCO, ce qui diffère de résultats obtenus par d'autres études de la littérature médicale internationale.

COMMENTAIRES. Cette étude est intéressante pour au moins trois raisons.

Une première raison est la rigueur scientifique de cette métanalyse. Sur les 974 articles identifiés dans la littérature, les auteurs n'ont retenu que 27 études ayant une méthodologie scientifique solide. Les études devaient être randomisées et contrôlées.

Une deuxième raison est la démonstration du rôle des infirmiers et des infirmières dans la télé réadaptation respiratoire des patients atteints de BPCO. Il est vrai que notre système de santé en France et en Europe a une autre approche (http://www.telemedaction.org/445159803). Cependant avec le développement des infirmiers en pratique avancée (IPA) spécialisés dans le suivi des maladies chroniques, on peut penser que ces IPA à moyen terme pourraient jouer ce rôle en France. Toutefois, les organisations de parcours de soins donnent aux masseurs-kinésithérapeutes également ce rôle de réaliser la réadaptation fonctionnelle respiratoire à domicile ou en centre spécialisé. Pour les soins à distance réalisés par des auxiliaires médicaux, nous parlerons en France de télésoin et non de télémédecine (http://www.telemedaction.org/442726835).

Une troisième raison est la démonstration d'un impact signification de la télé réadaptation respiratoire sur la qualité de vie des patients atteints de BPCO, ainsi que sur le taux de réhospitalisation. Cette étude chinoise montre que les études en cours en France (art.51) sont totalement fondées.

18 novembre 2020