Les pratiques combinées de téléconsultation et de télésurveillance médicale sont efficaces chez les patients hypertendus, les patients diabétiques et les patients atteints de polyarthrite rhumatoïde.

Les pratiques combinées de télémédecine chez les patients atteints de maladies chroniques sont peu connues. Nous les avons décrites dans un ouvrage récent (l'image du billet), en particulier en neurologie vasculaire et en néphrologie-dialyse. Une équipe chinoise de l'université de Changhai vient de réaliser une revue de la littérature internationale qui montre l'intérêt des pratiques combinées de télémédecine dans le suivi des patients atteints de maladies chroniques. L'avantage de cette étude est d'avoir intégré les études publiées en anglais et en chinois. 

Telemedicine application in patients with chronic disease: a systematic review and meta-analysis. Ma Y, Zhao C, Zhao Y, Lu J, Jiang H, Cao Y, Xu Y.BMC Med Inform Decis Mak. 2022 Apr 19;22(1):105. doi: 10.1186/s12911-022-01845-2.PMID: 35440082

CONTEXTE

Pendant la pandémie mondiale de la COVID-19, la télémédecine a fourni une solution pour maintenir la distanciation et réduire le risque de contamination, en particulier pour les soins de longue durée et l’autogestion des patients atteints de maladies chroniques. La télémédecine est une solution organisationnelle réalisable et fiable qui présente des avantages dans la prise en charge des patients atteints de  maladies chroniques, La télémédecine est définie par l’American Telemedicine Association (ATA) comme une solution électronique permettant de communiquer des informations  médicales et de connecter les patients avec les professionnels de santé à distance.

La technologie proprement dite comprend trois éléments de transmission et d'échange: la synchronicité des échanges, les fonctionnalités du réseau numérique et les caractéristiques de la connectivité.

La synchronicité des échanges en matière de santé est réalisée grâce à la vidéoconférence et à d’autres modes de communication interactive. Les fonctions du réseau numérique sont de publier et de partager les données de santé. La connectivité filaire et sans fil est toujours utilisée. Il existe plusieurs cas d'usage de la télémédecine : la téléconsultation, le télédiagnostic (par téléexpertise), le télémentorat et la télésurveillance médicale. Toutes  les méthodes visent à permettre la transmission d’informations médicales et à réaliser la communication entre les patients et  les professionnels de santé.

Les maladies chroniques  affectent  gravement la vie des personnes en raison des facteurs suivants : une diminution de la qualité de vie, une mobilité souvent réduite, la perte d'une vie émotionnelle, une augmentation de la charge économique et un taux de mortalité élevé. En 2012, aux États-Unis, la moitié des adultes avaient au moins une maladie chronique, et un Américain sur quatre en avait deux ou plus. Selon le rapport 2015 de l’Organisation mondiale de la santé (OMS),  les maladies chroniques représentent 38 millions de décès par an et sont devenues dans la plupart des pays un problème de santé publique.

L’hypertension, le diabète et la polyarthrite rhumatoïde sont des maladies chroniques courantes. Au moins un milliard de personnes souffre actuellement d’hypertension dans le monde, et il est prévu en 2025 1,56 milliard de personnes hypertendues (Gut-Brain Axis in Regulation of Blood Pressure. Yang T, Zubcevic J.Front Physiol. 2017 Oct 25;8:845. doi: 10.3389/fphys.2017.00845. eCollection 2017.PMID: 29118721). Selon les résultats d’une enquête épidémiologique, environ 180 millions de personnes dans le monde souffrent de diabète, et ce nombre pourrait doubler d’ici 2030 (Global prevalence of diabetes: estimates for the year 2000 and projections for 2030. Wild S, Roglic G, Green A, Sicree R, King H.Diabetes Care. 2004 May;27(5):1047-53. doi: 10.2337/diacare.27.5.1047.PMID: 15111519). L’incidence de la polyarthrite rhumatoïde chez les adultes dans le monde est de 0,5% et est devenue l’une des 10 principales maladies chroniques en Chine. Aux Etats-Unis, l'incidence varie de 0,5 à 1% (WHO for the 21st Century. Chan M.Sci Transl Med. 2014 Sep 10;6(253):253ed18. doi: 10.1126/scitranslmed.3009873.PMID: 25210059).  

Un nombre croissant d’études portent sur l’impact de la télémédecine dans l’évolution des maladies chroniques. Cependant, il n’y a pas encore de consensus sur ce sujet. L’objectif de cette étude est d’examiner et d’analyser l’impact de la  télémédecine sur la prise en charge des patients atteints d’hypertension, de diabète et de polyarthrite rhumatoïde à l’aide d’une revue systématique de la littérature médicale internationale et d’une méta-analyse.

METHODES

Sélection des études. Les critères d’inclusion étaient les suivants : 1) l’étude était un essai contrôlé randomisé (ECR) ; 2) la télémédecine était l’intervention évaluée dans l’étude; 3) la maladie était chronique; 4) seuls les articles publiés en anglais et en chinois étaient retenus.

Stratégie de la recherche. La recherche documentaire a été effectuée à l’aide des bases de données Cochrane, CINAHL, EBSCO, Medline, PubMed, EMBASE, Web of Science, JBI, NICE, SinoMed (base de données chinoise), CNKI (base de données chinoise), VIP (base de données chinoise) et WanFang (base de données chinoise). L’intervalle de la période de recherche pour chaque base de données allait de la création de la base de données au 31 décembre 2021.

Les mots clés utilisés pour la recherche documentaire étaient les suivants : (« Télémédecine » OU « Consultation à distance » OU « télésanté » OU « télésurveillance » OU « Web » OU « surveillance mobile » OU « santé mobile » OU « mentorat « OU » basé sur Internet » OU « diagnostic « OU « promotion de la surveillance « OU » Santé mobile » OU « télésoins ») ET (« maladie chronique » OU « hypertension » OU « polyarthrite rhumatoïde » OU « diabète » OU « diabète sucré ») ET (« gestion de la maladie » OU « gestion »). Des mots clés en chinois ont également été utilisés pour effectuer des recherches documentaires dans les bases de données chinoises.

Extraction des données. La littérature a été examinée par deux auteurs, et un troisième évaluateur a été consulté lorsqu’il y avait une incertitude quant à l’admissibilité d'un article dans l'étude. Les deux auteurs ont passé la littérature au crible de manière indépendante en utilisant les mots-clés anglais et chinois. Ils ont consulté les résumés et ont effectué la lecture en texte intégral. Toutes les données extraites concernaient les objectifs de l’étude.

Évaluation du risque de biais. La qualité des études a été évaluée à l’aide de l’outil d’évaluation du risque de biais (recommandation de l’ECR du Cochrane Handbook for Systematic Reviews of Interventions 5.0.2). L’évaluation a été faite de manière indépendante par les deux auteurs. S’ils avaient des opinions contradictoires après l’évaluation, le troisième auteur était invité à réévaluer la qualité des articles.

Synthèse des données. La méta-analyse a été réalisée à l’aide du logiciel Revman 5.3. Nous avons effectué une méta-analyse des articles qui rapportaient les mêmes indicateurs de résultats. Nous avons calculé un intervalle de confiance (IC) à 95 % et le niveau du test de méta-analyse a été fixé à P = 0,05. Les statistiques ont été utilisées pour évaluer l’hétérogénéité de l’ampleur de l’impact, et la statistique a été utilisée pour vérifier les incohérences éventuelles entre les études (I 2 = 0 % à 100 % ; plus de 50 % a été considéré comme une hétérogénéité statistique significative). L'évaluation les écarts de confiance (IC) à 95 % ainsi que les valeurs de P < 0.05.

RESULTATS

Quinze articles ont été inclus dans l' étude. Les résultats de la revue systématique ont indiqué que la téléconsultation et la télésurveillance sont les deux méthodes d’intervention les plus couramment utilisées, et de façon combinée. La télémédecine a été utile pour améliorer l’autogestion des patients atteints de polyarthrite rhumatoïde. Les résultats de la méta-analyse ont montré que l’indice d’hémoglobine glycosylée (HbA1c) des patients diabétiques s’est amélioré après 12 mois d’intervention (DM = -0,84 ;  IC à  95 % =  -1,53, -   0,16 ; Z = 2,42;  P   = 0,02), mais aucune  différence significative dans la glycémie à jeun (FBG)  n’était observée à 6 mois d’intervention (DM = -0,35 ; IC à 95 % = -0,75,06 ; Z = 1,69;  P = 0,09). Les résultats ont également montré que la pression artérielle systolique (DM = − 6,71; IC à 95% =  -11,40, -2,02; Z = 2,81;  P = 0,005) a été réduite significativement après 6 mois d’intervention.

CONCLUSIONS

La télémédecine a eu un impact positif  sur la prise en charge des patients atteints de diabète, d’hypertension artérielle et de la polyarthrite rhumatoïde, en particulier lorsque la téléconsultation et  la télésurveillance ont été utilisées de manière combinée.  Lorsque la télémédecine a été utilisée chez les patients diabétiques, le temps d’intervention pour observer un impact était de 12 mois. La télémédecine a amélioré la pression artérielle systolique chez les patients hypertendus au bout de 6 mois d'intervention. Enfin, elle a amélioré l’observance thérapeutique chez les patients atteints de  polyarthrite rhumatoïde.

COMMENTAIRES. Cette étude est intéressante sur plusieurs points. Tout d'abord c'est une vision chinoise des pratiques de télémédecine dans un pays où vivent 16% de l'humanité. Les précédentes revues de la littérature étaient limitées aux études publiées en anglais et concernaient souvent l'impact de la télésurveillance seule chez les malades atteints d'insuffisance cardiaque, de diabète et de BPCO (https://www.telemedaction.org/452274576) (https://www.telemedaction.org/448316348). Cette étude chinoise concerne trois pathologies chroniques, très fréquentes dans le monde et en Chine, que sont l'hypertension artérielle, le diabète et la polyarthrite rhumatoïde. L'inclusion des études chinoises a donc permis d'élargir le champ d'exploration de l'impact de la télémédecine chez les patients touchés par ces pathologies chroniques. 

L'étude chinoise aborde pour la première fois l'intérêt des pratiques combinées de télémédecine dans la prise en charge des patients atteints de maladies chroniques. La télésurveillance seule par un dispositif médical numérique (DMN) n'est pas toujours efficiente, comme l'ont montré de nombreuses études réalisées en Europe et aux Etats-Unis au cours des dix dernières années (https://www.telemedaction.org/429367907). La méthode d'évaluation peut être également en cause, en particulier lorsqu'elle n'intègre pas le vécu réel du patient dans les interventions (https://www.telemedaction.org/452564889)(https://www.telemedaction.org/452585514).

L'intérêt des pratiques combinées de télémédecine (téléconsultation, téléexpertise, télésurveillance médicale) et de télésoin (https://www.telemedaction.org/449968069) dans la prise en charge des patients atteints de maladies chroniques mériterait d'être mieux étudiée. Le programme de télésurveillance médicale qui sera financée dans le droit commun de la Sécurité sociale à partir du 1er août 2023 est limité dans les référentiels (https://www.telemedaction.org/450445207à l'usage des DMN. L'étude chinoise montre pour la première fois que l'usage combiné de la téléconsultation et de la télésurveillance médicale a un impact positif chez les patients atteints des trois pathologies chroniques étudiées.

21 octobre 2022