Influence de la télémédecine sur le fonctionnement des hôpitaux publics en Chine


La télémédecine peut-elle améliorer le fonctionnement des hôpitaux publics français ? Certaines autorités et agences sanitaires, notamment l'Agence Nationale d'Appui à la Performance (ANAP), pensent que les hôpitaux français qui développeraient une stratégie de développement de la télémédecine en leur sein, notamment les téléconsultations en alternance avec les consultations externes en présentiel, amélioreraient de manière significative leur fonctionnement, ainsi que leur situation financière.

Le ministère chinois de la Santé vient de publier un rapport montrant que l'usage de la télémédecine dans 35% de 8944 hôpitaux publics chinois, retenus dans cette étude, a significativement amélioré le fonctionnement de ces hôpitaux, ainsi que leur équilibre économique. Nous rapportons dans ce billet les points les plus importants de ce rapport publié en juin 2024.


Influence of telemedicine on the operation of public hospitals in China]. Ran K, Li Y, Feng W.Beijing Da Xue Xue Bao Yi Xue Ban. 2024 Jun 18;56(3):471-478. doi: 10.19723/j.issn.1671-167X.2024.03.014.


CONTEXTE


Les activités médicales et de santé en Chine sont en développement continue, mais il existe encore des problèmes tels que l'allocation inégale des ressources médicales et l'insuffisance des ressources financières. Avec la reconnaissance populaire de l'intérêt des technologies de l'information et de la communications (TICs), l'ancienne Commission nationale de la santé et de la planification familiale a promulgué en 2014 des avis sur la promotion des services de télémédecine dans les établissements de santé, proposant d'utiliser de tels services pour améliorer le niveau des hôpitaux de niveau 1, intégrer de nouvelles ressources médicales et viser l'équité entre les services médicaux et de santé des hôpitaux publics, en augmentant le volume de consultations externes  de ces hôpitaux de niveau 1 et par voie de conséquence les revenus financiers de ces hôpitaux afin qu'ils réalisent de meilleurs bilans économiques et sociaux.

Le service de télémédecine est une activité médicale dans laquelle un établissement de santé invite d'autres établissements à fournir un service clinique aux patients hospitalisés dans son propre établissement, grâce à l'utilisation des TICs.


Les études existantes ont largement confirmé que la télémédecine pouvait améliorer l'utilisation des ressources médicales en milieu rural,  améliorer l'activité des services cliniques grâce à la participation des ressources professionnelles et des services médicaux de niveau supérieur, apportant ainsi des avantages économiques aux hôpitaux de niveau 1. De plus, la télémédecine peut réduire les réadmissions hospitalières des patients et diminuer la charge financière pour les patients. La télémédecine a considérablement réduit le risque de transmission de la maladie infectieuse pendant l'épidémie du Covid-19, offrant ainsi aux patients des services cliniques plus accessibles et sans risque de contagion.


Lilly et al. (CU Telemedicine Program Financial Outcomes. Lilly CM, Motzkus C, Rincon T, Cody SE, Landry K, Irwin RS; UMass Memorial Critical Care Operations Group.Chest. 2017 Feb;151(2):286-297. doi: 10.1016/j.chest.2016.11.029. Epub 2016 Dec 6.PMID:2793205) ont montré que l'utilisation de la télémédecine peut augmenter le recrutement des patients dans les hôpitaux, améliorer l'accessibilité et l'utilisation des services cliniques, et avoir un effet positif sur la performance économique des hôpitaux.

D'autres ont constaté que la télémédecine peut non seulement apporter des avantages économiques directs et indirects, mais aussi promouvoir efficacement le développement des services cliniques dans l'ouest de la Chine, région essentiellement rurale. Bien qu'un grand nombre d'études se soient concentrées sur l'impact médical d'une application de la télémédecine, peu d'études ont utilisé les données nationales pour explorer le rôle spécifique du développement de la télémédecine sur les revenus hospitaliers et sur le fonctionnement des établissements.

Cette étude a utilisé les données des hôpitaux publics de 2021 afin d'étudier l'impact de la télémédecine sur le fonctionnement de l'hôpital public, en utilisant la méthode de régression linéaire multiple, l'appariement par score de propension dans le but d'améliorer la précision des résultats et l'hétérogénéité qui existe entre les hôpitaux de différents niveaux, et enfin de fournir une valeur de référence pour promouvoir davantage les services de télémédecine dans les hôpitaux


MÉTHODE


Sources de données

Les données de l'étude proviennent principalement des données du « Rapport des données statistiques sur l'informatisation de la santé publié en 2022 », en se concentrant sur les hôpitaux généraux publics, les hôpitaux de médecine traditionnelle chinoise et les hôpitaux spécialisés, soit 8 944 hôpitaux qui ont été inclus dans l'étude. Ont été exclus les hôpitaux dont les données étaient manquantes ou des données en double de variables de base, ainsi que les hôpitaux disposant d'un trop court délai d'expérience d'un service de télémédecine.


Sélection des variables

Variables dépendantes 

Les variables dépendantes sont de deux types: les revenus financiers des hôpitaux et la performance économique de ces hôpitaux.

Les revenus hospitaliers font référence au revenu annuel total de l'hôpital en 2021, c'est-à-dire la somme des revenus médicaux, de l'allocation financière, des revenus liés à des productions scientifiques et éducatives, etc.

La performance économique de l'hôpital prend en compte le nombre de diagnostics et de traitements et le nombre de sorties en 2021. Les sorties d'hôpital. Ces variables ont été incluses en tant que variables continues. Parce que la distribution des variables pouvait présenter un grand degré de dispersion, elles ont toutes été transformées en résultat logarithmique pour améliorer la normalité de ces données.

Variables indépendantes

Selon les Directives Techniques pour l'Application de la Construction de l'Informatisation Hospitalière (Édition 2017) publiées par l'ancienne Commission Nationale de la Santé et du Planning Familial, l'étude définit la télémédecine à travers le prisme de la collaboration médicale qu'elle induit. 9 points fonctionnels sont précisés : diagnostic et traitement collaboratifs pluridisciplinaires, recherche de dossiers médicaux, notamment de dossiers de santé électroniques, nombre de téléconsultations, nombre de diagnostics par télé-imagerie, diagnostics et traitements hiérarchisés liés aux niveaux des hôpitaux, orientation bidirectionnelle, partage d'images au niveau régionale, partage régional de pathologies et partage régional de tests biologiques. La présence ou l'absence de service de télémédecine a été prise en compte en tant que variable dichotomique, c'est-à-dire que l'hôpital qui a un service de télémédecine, quel que soit le type d'application a la valeur 1. En l'absence de service de télémédecine, la valeur est de zéro.

Variables de  contrôle

En s'appuyant sur la littérature existante, les caractéristiques hospitalières et régionales suivantes ont été utilisées comme variables de contrôle : nombre de lits, province d'implantation, catégorie d'hôpital (hôpital général/hôpital spécialisé/hôpital de médecine traditionnelle chinoise) et niveau de l'hôpital [ 3eme niveau / 2eme niveau / 1er niveau et moins], l'affiliation de l'hôpital (Directement sous l'autorité de la Commission nationale de la santé ou affilié à la province ou à la préfecture ou à la ville, au niveau d'un comté ou non), implantation géographique (Est/Centre/Ouest).


Analyse statistique

Les logiciels Stata 16.0 et SPSS 27.0 ont été utilisés pour l'analyse statistique. Le revenu financier total, la performance économique de l'établissement et les caractéristiques spécifiques de l'hôpital ont été analysés de manière descriptive, la moyenne ± l'écart-type a été utilisée pour les variables continues, et la fréquence (rapport de composition) a été utilisée pour les variables catégorielles.

Dans l'analyse univariée, le test t d'échantillons indépendants a été utilisé pour analyser la relation entre la télémédecine et le fonctionnement de l'hôpital. L'impact du nombre de lits sur le fonctionnement de l'hôpital a été analysé par régression univariée, et le test de Welch a été utilisé pour les différences entre les hôpitaux de différents niveaux, les différentes catégories et les différentes affiliations.

En utilisant la régression linéaire multiple pour analyser l'impact de chaque variable sur le revenu et la performance économique de l'hôpital, lorsque les hôpitaux ont décidé d'introduire ou non l'activité de télémédecine, ces variables sont souvent affectés d'autres facteurs tels que les politiques régionales et leurs propres conditions de fonctionnement, montrant ainsi une tendance à « l'auto-sélection » plutôt qu'un processus purement aléatoire. Cette auto-sélectivité peut entraîner un biais lors de l'utilisation directe de plusieurs modèles de régression linéaire pour l'estimation des paramètres. Pour résoudre ce problème, la méthode du score de propension a fourni un soutien théorique important, ainsi que des conseils pratiques.

En conséquence, les échantillons ont été divisés en deux catégories : l'une est le groupe de traitement, c'est-à-dire les hôpitaux qui ont ouvert un service de télémédecine, l'autre est le groupe témoin, c'est-à-dire les hôpitaux qui n'ont pas ouvert de service de télémédecine. Pour les caractéristiques de l'échantillon, le modèle Logit a été utilisé pour réduire la dimension de plusieurs variables de contrôle, puis le score de propension pour chaque hôpital qui a ouvert un service de télémédecine a été obtenu, et un groupe contrôle similaire avec score de propension a été trouvé pour chaque hôpital qui n'a pas de service de télémédecine. En fonction du score obtenu, il a été possible de réduire autant que possible le biais de sélectivité, et d'évaluer l'impact net d'un service de télémédecine sur le revenu et la performance économique de l'hôpital.

Enfin, la régression de groupe a été utilisée pour analyser les différences entre les groupes, afin d'explorer l'impact de la télémédecine sur le revenu et la performance économique des hôpitaux de différents niveaux. Le niveau de test α = 0,05.

Le score de propension en statistique est défini comme la probabilité qu'un hôpital ou un individu ait été affecté à un groupe de traitement particulier en fonction des caractéristiques de base observées. 


RÉSULTATS


Analyse descriptive

Les résultats de l'analyse descriptive sont les suivants : 35,51 % des hôpitaux publics chinois disposent d'un service de télémédecine. Dans la composition spécifique de l'étude, le nombre d'hôpitaux de niveau 2 était le plus important, avec 4 825 établissements, et le nombre d'hôpitaux municipaux et de comtés était respectivement de 2 231 et 2 729 établissements. En termes d'emplacement géographique, le nombre d'hôpitaux dans la partie orientale du pays était relativement important (3 470). Enfin, en termes de catégories d'hôpitaux, les hôpitaux généraux représentaient 59,07 % du parc hospitalier chinois.


Impact de la télémédecine sur le fonctionnement des hôpitaux

Le modèle de régression linéaire multiple a été utilisé pour estimer l'impact de la télémédecine sur les revenus financiers et la performance économique des hôpitaux.

Selon les résultats de la régression, l'ouverture d'un service de télémédecine augmente les revenus des hôpitaux de 0,14 unité (P < 0,01), augmente le nombre de diagnostics et de traitements de 0,136 unité (P < 0,01) et le nombre de sorties de l'hôpital, lequel a un impact plus significatif que le revenu et le nombre de diagnostics et de traitements, avec un coefficient de régression de 0,316 (P < 0,01).。

L'effet d'ajustement du modèle de régression était satisfaisant, et le R2 était respectivement de 0,662, 0,546 et 0,514, ce qui indique que le modèle peut mieux expliquer et prédire l'impact d'un service de télémédecine sur le fonctionnement hospitalier.

Les résultats de la régression de chaque variable de contrôle montraient qu'avec l'amélioration du niveau de l'hôpital (1, 2 ou 3), le revenu financier, le nombre de diagnostics et de traitements et les consultations ambulatoires des hôpitaux augmentaient de manière significative.

Par rapport aux hôpitaux publics spécialisés, la performance économique et les revenus hospitaliers des hôpitaux de médecine chinoise traditionnelle et des hôpitaux généraux disposant d'un service de télémédecine ont augmenté.

Les performances des hôpitaux dans les régions du Centre et de l'Ouest n'étaient pas aussi bonnes que celles de l'Est, ce qui peut être lié à des facteurs tels que le niveau de développement économique régional, la répartition inégale des ressources médicales et la répartition de la population, reflétant ainsi une répartition géographique inégale des services médicaux et de santé en Chine. Bien que le nombre de lits ait un effet significatif sur les variables dépendantes, le coefficient reste faible.


Impact de la télémédecine sur les revenus et la performance économique des hôpitaux.

Le score de propension

Avant l'analyse de ce score, il était nécessaire de vérifier que les hypothèses d'équilibre étaient satisfaites, et que le pourcentage de l'écart-type de la co-variable était inférieur à 20 % après appariement du score de propension. A l'exception de l'augmentation de la valeur absolue de l'écart-type selon la catégorie de l'hôpital, les valeurs d'écart-type des autres variables ont diminué de façon significative, et les valeurs absolues de la différence étaient inférieures à 5 %. Les valeurs de P, après appariement, étaient toutes supérieures à 0,05, ce qui indique qu'il n'y avait pas de différence significative dans les variables de contrôle entre les deux groupes (avec ou sans service de télémédecine) après appariement. Le problème de l'hétérogénéité a été ainsi mieux traité, et l'hypothèse de la tendance d'équilibre a été satisfaisante.


Impact moyen de l'activité de télémédecine

Différentes méthodes d'appariement entraînent des différences dans les résultats, mais si les résultats obtenus après l'application de plusieurs méthodes d'appariement sont similaires ou même cohérents, cela signifie que les résultats d'appariement sont robustes et que la validité de l'échantillon est bonne.  Par conséquent, pour améliorer la fiabilité des résultats, quatre méthodes d'appariement ont été utilisées pour évaluer l'impact moyen de l'activité de télémédecine.

La télémédecine a un impact positif significatif sur le revenu hospitalier, avec un effet net moyen de 0,191 (P < 0,01), ce qui indique que l'introduction de la télémédecine améliore considérablement le niveau de revenu des hôpitaux après prise en compte du biais de sélection de ces hôpitaux. En termes de nombre de consultations, le test du groupe télémédecine était de 0,216 (P < 0,01), ce qui indique que la télémédecine a significativement favorisé l'augmentation des consultations à l'hôpital après exclusion de l'influence d'autres facteurs. En ce qui concerne le nombre de sorties de l'hôpital, le test était de 0,353 (P < 0,01), ce qui confirme l'effet positif de la télémédecine sur l'augmentation du nombre de sorties de l'hôpital.


Hétérogénéité de la télémédecine sur les revenus hospitaliers et la performance économique

Les résultats confirment que l'introduction de la télémédecine a un impact positif significatif sur les revenus et la performance économique des hôpitaux, mais elle mesure seulement l'effet moyen, c'est-à-dire l'effet moyen du groupe télémédecine, et ne peut pas refléter les différences structurelles et de niveau des hôpitaux.

En fait, il y a souvent une hétérogénéité dans la distribution de l'impact de la télémédecine selon les différents niveaux d'hôpitaux, c'est pourquoi cette étude s'est penchée sur les différences internes par le biais d'une analyse des différences entre les deux groupes. L'ouverture d'un service de télémédecine a eu un impact positif significatif sur le revenu des hôpitaux de niveau 2, avec un coefficient de 0,088 (P < 0,05). Il peut y avoir aussi un impact positif sur quelques hôpitaux de niveau 3, mais il n'est pas significatif ; Il n'y a pas d'impact significatif sur le revenu des hôpitaux de niveau 3 de façon général, et le service de télémédecine peut même réduire leurs revenus financiers.

C'est la télémédecine qui a l'effet le plus significatif sur les hôpitaux de niveau 2 en favorisant l'augmentation des consultations à l'hôpital, avec un coefficient d'impact de 0,127 (P < 0,01), alors que pour les autres niveaux d'hôpitaux (1 ou 3), le rôle de la télémédecine sur le nombre de consultations n'est pas évident. Cela peut même avoir un effet réduit sur le nombre de consultations dans certains hôpitaux de niveau 3.

C'est la télémédecine qui a l'impact positif le plus fort sur le nombre de sorties des hôpitaux de niveau 1 et autres hôpitaux de niveau inférieur, avec un coefficient de 1,203 (P < 0,01), ce qui signifie qu'il n'existe pas d'impact significatif sur les sorties dans les autres hôpitaux de niveau 3.


DISCUSSION


Sur la base de données représentatives de l'ensemble du pays, cette étude explore l'impact de la télémédecine sur le fonctionnement des hôpitaux. Les résultats montrent que l'ouverture d'un service de télémédecine a un effet positif sur les revenus financiers, le nombre de diagnostics et de traitements, et le nombre de sorties dans les hôpitaux publics. Cet impact positif montre cependant des différences significatives entre les hôpitaux de différents niveaux.

Les résultats de cette étude montrent que la télémédecine a un impact significatif sur l'amélioration du niveau des revenus hospitaliers qui peuvent augmenter de manière significative tant par le nombre de diagnostics et de traitements réalisés que par le nombre de sorties des hôpitaux, ce qui est cohérent avec les conclusions des études précédentes dans la littérature médicale.

Des études antérieures ont suggéré que certains professionnels de soins primaires exerçant dans les hôpitaux de niveau 1  étaient sceptiques à l'égard de la télémédecine, craignant que son utilisation généralisée ne réduise la confiance des patients envers les prestations médicales de soins primaires, ce qui pourrait entraîner une déception des patients.  Cependant, notre étude révèle le grand potentiel de la télémédecine dans l'élargissement de l'accès aux soins pour les patients et dans l'impact sur les ressources médicales. La télémédecine a conduit à la croissance du nombre de patients ambulatoires et hospitalisés dans les hôpitaux grâce à la téléconsultation et au diagnostic par télé-imagerie, apportant ainsi des avantages économiques directs ou indirects à l'hôpital.

Cependant, il existe encore de nombreuses difficultés à promouvoir le développement de la télémédecine en Chine, comme l'achat d'équipements, la construction de plateformes de télémédecine, la maintenance du système et la formation du personnel, etc. Les hôpitaux publics peuvent donner la priorité à d'autres besoins des services cliniques plus urgents lorsque les ressources financières sont limitées. Par conséquent, les résultats de cette étude sont propices à changer la vision du personnel médical et à encourager les hôpitaux à augmenter encore le développement et l'investissement dans les services de télémédecine.

La télémédecine a montré aussi son rôle important dans la promotion des revenus financiers et de la performance économique des hôpitaux de niveaux 1 et 2, ce qui prouve que la télémédecine a un effet positif sur l'amélioration de la capacité de service de ces établissements de santé et l'amélioration du taux d'utilisation des ressources médicales, ce qui est cohérent avec l'objectif du développement de la télémédecine en Chine.

Grâce aux services de télémédecine, les établissements de soins primaires (hôpitaux de niveau 1 et 2) peuvent surmonter efficacement les limites de leurs ressources financières et améliorer ainsi la capacité de diagnostic et de traitement avec l'aide de ressources médicales de haute qualité et de conseils d'experts venant des hôpitaux de niveau plus élevé (niveau 2 ou 3). Ce mode d'organisation a rendu les patients atteints de maladies bénignes et courantes plus disposés à recevoir un traitement dans les établissements locaux de niveau 1 et a réduit le nombre de patients visitant les grands hôpitaux, notamment de niveau 3. Ainsi la télémédecine permet de mieux optimiser l'allocation des ressources entre les hôpitaux publics.

Cette coopération renforce non seulement l'équipement technique des hôpitaux de niveau 1, mais renforce également la confiance des patients dans ces hôpitaux, puisque la qualité des services des hôpitaux de niveau 1 est améliorée, grâce dans l'augmentation des revenus hospitaliers, des diagnostics et des traitements, ainsi que des hospitalisations. La télémédecine favorise donc le développement de services médicaux de soins primaires (de niveaux 1 et 2)

A l'avenir, nous devrions continuer à augmenter les investissements et la coopération en matière de télémédecine dans les établissements de soins primaires, renforcer la formation du personnel médical et promouvoir l'application généralisée de la télémédecine dans ces établissements.


Les résultats de cette étude montrent aussi que la télémédecine n'a pas d'effet significatif sur le fonctionnement des hôpitaux de niveau 3, ce qui peut être lié au mode de fonctionnement de la télémédecine en Chine. La Chine a soutenu le développement de la télémédecine dans les hôpitaux de niveau 3 sur le plan politique, comme la province du Guizhou et d'autres provinces, afin de permettre aux médecins d'utiliser la télémédecine pour répondre aux demandes de soins primaires dans les hôpitaux de niveau 1 et 2, ce qui peut réduire la pression sur les hôpitaux de niveau 3 et sur les citoyens grâce à l'investissement à long terme des médecins dans les services de soins primaires. Certaines études étrangères ont montré qu'une rémunération insuffisante de la télémédecine conduirait à une offre insuffisante de ces services et réduirait l'efficacité opérationnelle de la télémédecine. Il est donc nécessaire de garantir une rémunération de la télémédecine dans les hôpitaux de niveau 3 afin de fournir le soutien nécessaire aux soins primaires des hôpitaux de niveau 1 et 2, rôle que doit jouer pleinement la télémédecine.


Les limites de l'étude

Cette étude comporte certaines limites : (1) des données transversales sont utilisées pour l'analyse, et la relation causale entre les variables ne peut pas être entièrement déterminée ; (2) Dans l'analyse statistique, les facteurs d'influence potentiels tels que les caractéristiques hospitalières et régionales ont été contrôlés, mais il peut encore y avoir des variables manquantes qui sont difficiles à mesurer, telles que la demande des patients et la réputation de l'hôpital, qui peuvent affecter la stabilité des résultats. D'autres facteurs susceptibles d'affecter la relation entre l'utilisation de la télémédecine et le fonctionnement de l'hôpital devraient être inclus dans les recherches futures ; (3) Le coût de la mise en œuvre de la télémédecine n'est pas pris en compte, et le bénéfice net généré par celle-ci n'apparait pas dans l'analyse. Les méthodes de collecte et de traitement des données devraient être affinées à l'avenir afin d'évaluer plus pleinement les avantages économiques de la télémédecine.

À l'aide des données statistiques sur le développement des établissements de santé en Chine en 2021, cette étude se concentre seulement sur les hôpitaux publics, analyse l'impact positif de la télémédecine sur le fonctionnement de ces hôpitaux et discute des différences entre les niveaux d'hôpitaux publics. Par conséquent, dans le processus de promotion du développement de la télémédecine, la situation réelle et les besoins des hôpitaux de différents niveaux devraient être davantage pris en compte. Les stratégies de développement devraient être formulées en fonction des conditions locales, afin de tirer pleinement partie du potentiel de la télémédecine dans l'optimisation de l'allocation des ressources médicales et l'amélioration de la qualité des services médicaux.


CONCLUSIONS.


La télémédecine a eu un effet promotionnel significatif sur les revenus des hôpitaux, les consultations hospitalières et le nombre de sorties, et cet effet a été différent entre les hôpitaux publics de différents niveaux. Grâce au développement de la télémédecine, les hôpitaux de niveau 1 et 2 ont pu améliorer considérablement leur performance économique et leurs revenus financiers, ce qui a joué un rôle positif dans l'amélioration du fonctionnement de ces hôpitaux publics de soins primaires.


COMMENTAIRES. Celles et ceux qui souhaitent mieux connaître le système de santé chinois peuvent lire cet article publié en septembre 2021 par la revue Médecine Sciences (https://www.medecinesciences.org/en/articles/medsci/full_html/2021/09/msc200553/msc200553.html#:~:text=En%20Chine%2C%20acc%C3%A8s%20aux%20soins,des%20patients%20y%20sont%20admis.).

Le système hospitalier chinois ressemble beaucoup au système français avec ses trois niveaux d'hôpitaux publics : niveau 1 (moins de 100 lits); niveau 2 (de 100 à 500 lits), niveau 3 (plus de 500 lits, le plus souvent hôpitaux universitaires et de recherche). Le système de santé chinois est passé depuis le début des années 2000 d’un système universel d’accès aux soins à un marché des soins dont les prix sont davantage régis par la loi de l’offre et de la demande.

Aujourd’hui, les établissements publics chinois sont responsables de leurs pertes et de leurs dettes financières, mais, en compensation, ils conservent le potentiel d'un excédent généré par leur activité. L’hôpital public chinois a donc ceci de particulier qu’il reste de statut public tout en ayant une gestion de type privée. Il agit désormais comme une entreprise, maximisant son profit, fixant ses prix, définissant ses choix d’investissements, tout en ayant un mode de gouvernance traditionnelle d’institution publique.

L'étude qui vient d'être présentée montre que l'installation de services de télémédecine dans les hôpitaux publics chinois depuis 2014 améliore le fonctionnement des hôpitaux de proximité de niveau 1 et 2, ainsi que leur performance économique, grâce à une collaboration médicale graduée entre les trois niveaux d'hôpitaux permise par la télémédecine.

Les hôpitaux français se déclarent en grande difficulté financière depuis plusieurs années et la tarification T2A n'a fait qu'appauvrir les petites structures hospitalières qui doivent néanmoins conserver une mission de premier recours à proximité du domicile des citoyens. La France a choisi en 2016 une nouvelle organisation hospitalière avec la constitution de groupements hospitaliers de territoire (GHT) sur la base d'un projet médical gradué au sein du territoire de santé. L'étude chinoise révèle que l'usage de la télémédecine entre les hôpitaux de différents niveaux améliore le fonctionnement et les ressources financières des structures hospitalières de proximité qui ont cette mission de premier recours.

Nous sommes convaincus depuis plusieurs années, à la suite de l'excellent rapport Hubert-Martineau, (cf. notre billet de mars 2016 https://telemedaction.org/422016875/426181997) que l'adoption par les GHT d'une organisation de télémédecine (plateformes de téléconsultations et de téléexpertises, cf. le billet https://telemedaction.org/think-tank/webinaire-du-20-juin) peut améliorer le fonctionnement des établissements hospitaliers publics. L'étude chinoise montre que la télémédecine améliore aussi la performance économique de ces hôpitaux.


11 juillet 2024


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